POLITIQUE-MALAWI: Le budget pris en otage par des parlementaires querelleurs

BLANTYRE, 4 sep (IPS) – Le budget national du Malawi, prévu pour être voté en juin, est tombé dans l'oubli suite à une impasse parlementaire — et il y a des craintes que les administrations publiques n'arrêtent de fonctionner par manque de fonds.

Les dépenses publiques ont été seulement couvertes le mois passé après que le parlement a autorisé le ministre des Finances à dépenser jusqu'à huit millions de dollars, et ce après que le gouvernement a demandé 32 millions de dollars pour financer la fonction publique pendant quatre mois. Il y a déjà la possibilité d'une pénurie de médicaments au plus grand hôpital de référence du pays, 'Queen Elizabeth Hospital' (Hôpital Reine Elisabeth), et ailleurs.

L'administrateur de l'hôpital, Thom Chisale, déclare que ce centre médical reçoit d'habitude les fonds du gouvernement dans la première semaine de chaque mois, mais que les difficultés avec l'examen du budget ont occasionné un retard dans l'allocation du mois d'août. Sans les fonds, des décisions ne peuvent pas être prises au sujet de l'approvisionnement en médicaments, indique-t-il : "La conséquence de cette situation sera une pénurie considérable de médicaments à travers le pays bientôt d'un moment à l'autre. Tous les services de l'hôpital en pâtiront. Si le budget n'est pas bientôt voté, une crise est imminente".

Les travailleurs de la fonction publique — le plus grand employeur du pays, avec 120.000 sur la liste de paie — sont préoccupés par la date à laquelle viendra le chèque de leur salaire de ce mois, si la crise du budget continue.

"Les dommages qui pourraient être causés si nous ne recevions pas nos salaires seraient inimaginables; nous avons beaucoup de factures à régler, y compris le loyer", explique Thomas Banda, président du Syndicat de la fonction publique, avertissant que les travailleurs du public intenteront un procès au gouvernement s'ils ne sont pas payés à la fin d'août. Le vote du budget de 1,2 milliard de dollars a été au départ retardé par la mort de la Première dame du Malawi, Ethel Mutharika, en mai.

Les débats sur le budget ont été ensuite avortés suite à une querelle politique provoquée par une décision de la Cour suprême du 15 juin, autorisant le président du parlement à exclure les députés qui ont quitté les partis auxquels ils appartenaient quand ils ont été élus en 2004 pour siéger à l'Assemblée nationale.

Le président Bingu wa Mutharika avait lui-même quitté le 'United Democratic Front'(UDF) après s'être brouillé avec son prédécesseur Bakili Muluzi, et a formé par la suite sa propre formation politique dénommée le 'Democratic Progressive Party' (DPP); ceci a eu lieu juste huit mois après son élection à la tête de l'Etat. Les actions de Mutharika ont effectivement transformé l'UDF de parti au pouvoir du Malawi en un parti d'opposition avec le 'Malawi Congress Party' (MCP), le plus grand groupe politique d'opposition à l'assemblée. Tandis que le fauteuil présidentiel de Mutharika ne sera pas menacé par cette décision, jusqu'à 60 députés qui sont entrés dans le DPP risquent de perdre leurs postes. La décision de la cour pourrait laisser le parti de Mutharika avec au plus cinq députés.

Yunus Mussa, l'un des députés touchés, a obtenu plus tard une ordonnance empêchant le président d'agir sur la base de la décision de la Cour suprême. Cette situation a mis en colère les députés de l'opposition qui ont actuellement une majorité dans la puissante institution de 193 membres : le leader du MCP John Tembo a refusé de participer aux débats sur le budget jusqu'à ce que l'ordonnance obtenue par Mussa soit annulée.

Cette impasse politique s'est approfondie le 24 juillet, quand le DPP a perdu une motion pour discuter et voter le budget pendant que les problèmes relatifs à l'ordonnance sont en train d'être résolus par les tribunaux. Ceci a conduit à une autre suspension des débats.

Le parlement s'est réuni à nouveau le 13 août après que Mutharika a écrit à son président Louis Chimango, l'avertissant de convoquer encore l'Assemblée nationale pour discuter du budget sinon toutes les affaires parlementaires risquent d'être fermées. Bien que les partis d'opposition aient soutenu que le président n'a aucun mandat pour imposer l'ordre du jour à l'assemblée, ils ont tenu compte de son appel et ont commencé par prendre part aux débats sur le budget. Pendant que le débat se poursuit encore, on ne sait pas si le budget sera approuvé d'un moment à l'autre. Les débats parlementaires continuent d'être gâchés par des batailles verbales entre les partis opposés, et le président Chimango a averti qu'il démissionnerait si les députés persistent dans leur comportement chahuteur. Beaucoup de Malawites, y compris les membres de la société civile, sont en colère contre la conduite de l'Assemblée nationale. L'activiste des droits Rafiq Hajat estime que la situation actuelle n'est pas nécessaire, et que les législateurs devraient rapidement résoudre les problèmes et voter le budget avant que le pays ne sombre dans un chaos économique. "Cette absence d'un budget militera inévitablement contre les entrées d'aide des donateurs", souligne-t-il. Le gouvernement britannique, le plus grand donateur bilatéral du Malawi, a déjà demandé aux forces politiques belligérantes de résoudre leurs différences. Londres donne à ce pays d'Afrique australe environ 141 millions de dollars par an. "Nous exhortons tous les leaders politiques à s'engager dans un dialogue constructif dans le but d'atteindre un compromis dès que possible", déclare Lewis Kulisewa, porte-parole du Haut commissariat de la Grande-Bretagne. Hajat affirme que le pays peut également voir la valeur de sa monnaie, le Kwacha, baisser sur les marchés internationaux, et que cette situation augmentera les prix des produits de base essentiels tels que les vivres, le carburant et l'engrais — un coup pour les nombreux citoyens qui luttent contre la pauvreté. Selon le Programme des Nations Unies pour le développement, 65 pour cent des 12 millions d'habitants du pays vivent en dessous du seuil de pauvreté avec moins d’un dollar par jour.

Des manifestations quotidiennes sont en train d'être organisées à travers le Malawi en protestation contre l'impasse, y compris une silencieuse de 24 heures par un groupe de 65 organisations non gouvernementales, tenue pendant un moment à côté du parlement. Le responsable de la manifestation, Undule Mwakasungula, accuse systématiquement les politiciens d'être "très arrogants et de ne pas avoir à cœur le bien-être de la population". Des membres du public font également du bruit chaque jour en utilisant des klaxons de voiture, des sonneries de bicyclette et des sifflets pendant 15 secondes à 7.30, 12.30 et 17.30, heure locale, pour protester contre l'échec du parlement de voter le budget national.

De plus, les étudiants de l'université préoccupés par le fait que les infrastructures scolaires peuvent être fermées si le budget n'est pas voté, organisent des protestations qui ont dégénéré le 6 août, un étudiant et trois députés de l'opposition ayant été blessés.