SANTE-GHANA: Des trous artésiens qui témoignent d'une survie ayant un coût

ACCRA, 4 sep (IPS) – Demandez aux gens d'énumérer les causes du jaunissement des dents et ils peuvent mentionner le fait de chiquer du tabac, ou trop de tasses de café par jour. Posez toutefois cette question aux habitants de Nayorigo, un village dans le nord du Ghana, et quelqu'un pourrait répondre : la désertification.

Selon une étude de 2002-2005, au moins 90 pour cent des enfants vivant à Nayorigo, un village dans le district de Bongo, souffrent de la fluorose. Cette maladie amène des dents mouchetées de blanc ou, plus gravement, des dents tachées et trouées. Elle se développe chez les enfants d'environ huit ans et chez les plus jeunes qui consomment trop de fluorure, et affecte l'émail des dents permanentes au fur et à mesure qu'elles poussent en dessous des gencives. (L'enquête a été réalisée par l'hôpital régional de Bolgatanga, la capitale de la région de 'Upper East' où Bongo est situé). "Le problème à Bongo a commencé dans les années 1970 quand le gouvernement a procédé à ce moment au creusement de trous artésiens dans le but de fournir de l'eau potable à la population, du fait des conditions désertiques qui avaient entraîné le dessèchement de l'eau de surface", déclare Donatus Akanmugri qui représente Nayorigo dans l'assemblée du district de Bongo. Ce que les dirigeants ne savaient pas était que l'eau du trou artésien contenait de fortes concentrations de fluorure. Tom Dankwa, dentiste à Accra, la capitale ghanéenne, dit qu'on a découvert que le niveau de fluorure dans les trous artésiens de Bongo était d'environ 30 pour cent plus élevé que le 1,5 milligramme par litre recommandé par l'Organisation mondiale de la santé. En quantité normale, le fluorure peut aider à prévenir des caries. Ainsi, ajoute Akanmugri, des gens buvaient "sans savoir quel mal ils se faisaient". Lorsqu'un certain nombre de villages ont été affectés par la fluorose, Nayorigo a été "le plus touché" comme il n'avait d'autre alternative que l'eau de trou artésien, indique Albert Abongo, député de Bongo. Mais, avec les effets de la fluorose qui sont visibles pendant plusieurs années maintenant, pourquoi des mesures ne sont-elles pas prises pour protéger les enfants, peut-être en amenant l'eau par canalisation vers les régions affectées? Lorsque la maladie n'est pas liée à une carie dentaire, elle peut être à l'origine de grands ennuis.

Le ministère de la Santé n'aimerait pas faire à IPS de commentaire à ce sujet.

Toutefois, pour Alidu Seidu, "Ceci est une preuve de la négligence des régions du nord". "C'est le fossé entre le sud et le nord dans la manière ghanéenne de faire les choses. Aucun district du sud ne souffrirait d'une affection pendant cette longue durée", affirme Seidu, coordinateur du projet 'Social Alert' (Alerte sociale), une organisation non gouvernementale qui dirige l'éducation civique dans la région de 'Upper East'. Alhaji Adam Mahama, maître de conférences à l'Université du Ghana, déclare que le fossé date du temps de la colonisation britannique. Les autorités coloniales ont simplement utilisé le nord comme un "réservoir de main-d'œuvre" pour les mines et les régions de production du cacao du sud, a-t-il déclaré à IPS : "Sans instruction, cette région est depuis lors laissée sous-développée'. La désertification continue également de poser un problème au Ghana, ce qui a conduit à l'établissement d'un plan d'action national pour aborder ce problème. Toutefois, Kingsley Ekow Gurah-Sey – un haut responsable de programme au Conseil de la protection de l'environnement (EPC), appartenant à l'Etat, — indique qu'une étude doit encore être faite pour déterminer la portée exacte du problème : "Nous sommes actuellement en négociation avec l'Agence canadienne pour le développement international pour financer une évaluation adéquate de la situation et savoir comment elle pourrait être mieux réglée…" Selon Roxanne Robert, deuxième secrétaire en charge de la coopération internationale au Haut-commissariat du Canada à Accra, "le Canada donnera huit millions de dollars canadiens (environ 7,5 millions de dollars US) sur les cinq prochaines années pour renforcer les institutions et les communautés rurales à aider à arrêter la dégradation des terres et les tendances de désertification". Ce qui est connu, ajoute Ekow Gurah-Sey, est que les régions du nord, de 'Upper West' et de 'Upper East' sont les plus menacées. (La région de 'Upper West' se trouve également dans le nord du Ghana.) "Nous avons… constaté que l'eau de surface et les réservoirs d'eau souterraine ont diminué et les ruisseaux se dessèchent plus rapidement…", dit-il. "Dans le district de Bongo, qui est le plus affecté par la désertification, aucune culture ne peut se faire et les gens ont beaucoup souffert".

L'EPC indique que la pratique consistant à mettre le feu à la brousse pour préparer la terre pour la culture est l'une des causes principales de la désertification, comme est l'abattage des arbres pour le chauffage. Il y a également des signes qui prouvent que les régions côtières du sud sont en train de succomber à la désertification. "Juste comme la manière dont le feu de brousse et l'abattage d'arbres non contrôlé ont été autorisés sans surveillance dans les régions du nord, certaines régions dans le sud ont également souffert de la désertification à cause de la même mauvaise utilisation de la terre", souligne George Awudi, coordinateur du programme sur la désertification pour la section ghanéenne des 'Friends of the Earth' (Amis de la terre), un groupe international de protection de l'environnement.

Il indique qu'il y a eu des tentatives pour combattre la désertification au Ghana, telles que la plantation d'arbres. "Malheureusement, il y a certains défis qui rendent ces efforts très difficiles", ajoute Awudi, citant une croyance dans le district de Bongo selon laquelle toute personne qui plante un arbre mourra dès que l'arbre pousse et la dépasse.

"Par conséquent, les arbres qui auraient pu régler le problème des tempêtes de vent dans la zone ne peuvent pas être plantés. Toutefois, nous essayons d'éduquer les gens sur ce qu'il faut faire". L'usage du charbon, produit par le bois brûlé, est interdit à Bongo.

De plus, selon Damma Mumuni, responsable au service de l'urbanisme de Bongo, le 'White Volta Basin Board' (le Conseil du bassin de la Volta blanche) une institution gouvernementale, est en train de prendre des mesures pour empêcher le fleuve Volta de se dessécher en saison sèche. Ce fleuve constitue la principale voie navigable du Ghana; la partie haute du fleuve, la 'White Volta' (la Volta blanche), traverse les régions du nord touchées par la désertification. En outre, les agriculteurs de Bongo sont en train d'être aidés par le conseil.

"Dans le but de compenser les difficultés rencontrées par les agriculteurs qui ont perdu leurs gagne-pain parce qu'ils ne peuvent pas cultiver dans cette région, le conseil a — ensemble avec le ministère des Pêches et de l'Agriculture — commencé par leur accorder de petits prêts dans le cadre d'un 'Projet de conservation des terres et de réhabilitation des petits propriétaires", souligne Mumuni. Ces prêts sont destinés à aider les agriculteurs à trouver d'autres formes d'emploi.