COMMERCE-OUGANDA: Les producteurs de café sont les plus gros perdants

KAMPALA, 31 août (IPS) – Les producteurs de café en Ouganda souffrent d'une relation commerciale injuste avec l'Europe, même si leurs grains produisent l'un des cafés de meilleure qualité au monde, déclare le Conseil d'administration de l'industrie du café ougandaise.

"Le plus gros perdant est la personne directement impliquée dans la production de grains de café", déclare Henry Ngabirano, directeur de l'Autorité de développement du café en Ouganda. De plus, les producteurs ougandais reçoivent une "part inégale du revenu généré par les grains de café". Mis ensemble, les producteurs et exportateurs ougandais reçoivent six pour cent du prix du produit fini, selon l'Autorité de développement du café en Ouganda. "Ceci montre le niveau d'exploitation qu'il y a", indique Ngabirano.

Les grains de café constituent la première culture commerciale de l'Ouganda et leur production représente à peu près la moitié de l'économie du pays. Le pays est devenu le principal producteur de Robusta depuis la crise politique qui s'est déclenchée en Côte d'Ivoire, l'ancien premier pays producteur. Les exportateurs ont dit que leurs revenus ont augmenté atteignant 65 pour cent, pour atteindre 17,9 millions de dollars en mai de cette année comparé à l'année dernière. Cette croissante est due aux prix plus élevés et au nombre plus élevé de consommateurs dans le Nord et en Asie qui achètent des cafés de qualité supérieure. Les pays africains ont l’avantage des altitudes élevées et des fermes plus petites, et de l’abondance naturelle d’un fermage biologique qui rend leurs grains de café plus attractifs sur le marché mondial. Selon Philip Gitao, directeur de 'East African Fine Coffees Association' (Association des bons cafés de l'Afrique de l'est), la demande des grains de café africain est forte à tout moment. Il dit que le café africain s'utilisait sans cesse pour moderniser des mélanges traditionnels afin d'être commercialisés tout seuls en tant que marques de spécialité. Les années 1990 en Ouganda ont vu une politique du gouvernement changer vers la production du café. Le marché a été libéralisé et des obstacles enlevés sur le chemin des producteurs de café. Le shilling ougandais est devenu totalement convertible avec toute autre monnaie et les contrôles de prix ont été supprimés. "Le gouvernement a perçu le café comme ayant un rôle dans l'éradication de la pauvreté", explique Ngabirano. Le nombre de producteurs de café a augmenté pendant cette période comme "les Ougandais ont commencé à voir le potentiel commercial du café". Mais les producteurs font face à un certain nombre de défis, comprenant l'indisponibilité des prêts bancaires ou des subventions du gouvernement pour relancer leur production. "Ce dont nous manquons en tant que producteurs ougandais est l'appui", déclare Ronald Buule, un producteur de grain de café dans le centre de l'Ouganda. Bien que les producteurs forment des associations locales pour négocier des prix plus justes pour leurs grains bruts par des intermédiaires, les profits qu'ils gagnent ne sont pas toujours suffisants pour assurer que les magasins de ravitaillement demeurent approvisionnés et qu'ils aient assez d’outils, affirme Buule. "Les agriculteurs travaillent beaucoup mais génèrent peu d'argent", déclare Buule. Beaucoup de producteurs de café sont obligés de diversifier fortement leurs fermes, en faisant d'autres cultures comme le cacao, le manioc, les bananes, les oranges et la vanille et même en faisant l'élevage de volaille. "C'est une honte, réellement" que les marques du café de détail n'appartiennent pas aux entreprises ougandaises, bien que la matière première soit achetée dans le pays, ajoute Ngabirano. Le président ougandais Yoweri Museveni a dit que son pays ne se développera que quand il fabriquera ses propres produits finis au lieu de vendre uniquement des matières premières. L'Accord de partenariat économique (APE) en suspens entre l'Union européenne (UE) et les pays en développement exploitera davantage les producteurs, affirme Ngabiramo. Les APE exigent que les 77 pays d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique offrent un accès au marché réciproque à leurs partenaires commerciaux de l'UE. "Les APE auraient été meilleurs si les pays européens avaient retiré les subventions sur leurs industries de café locales", indique Ngabirano, ajoutant que puisque l'Ouganda est un producteur bon marché, "il n'y aurait pas de concurrence". Il estime que "si l'UE est réellement en train de rationaliser le commerce, ils devraient aborder les questions de subventions". L'Ouganda a commencé la production du grain de café biologique il y a dix ans, et actuellement au moins 2.000 tonnes de grains de café biologique sont produites par an. "Nous produisons du café biologique dans cinq régions de l'Ouganda, deux Arabica et trois Robusta", indique à IPS Ngabirano, se référant aux différents types de grain. Les producteurs sont certifiés par divers offices européens chargés d'assurer la qualité biologique. "C'est une très longue histoire ", déclare Ngabirano au sujet du processus de certification biologique. Les producteurs ne devraient pas avoir utilisé des produits chimiques sur leurs lopins de terre pendant trois ans dans le but de passer de la production conventionnelle à la production biologique, une période qui est appelée phase transitoire. On leur a appris à éviter les produits chimiques à tout prix et comment substituer convenablement le fumier ordinaire avec le fumier biologique. Des analystes étrangers examinent la terre après la période des trois ans pour garantir que toutes les substances inorganiques se sont dégradées. Mais, selon Ngabirano, "dans la plupart des cas, ces matières inorganiques n'ont jamais été là, donc nous perdons du temps (étant obligés de passer par la phase transitoire)". Les engrais inorganiques et les produits chimiques sont soit indisponibles, soit trop coûteux dans plusieurs régions rurales. Par conséquent, sur un million de producteurs de café, la majorité est "biologique par défaut", bien que non certifiée, souligne Ngabirano. Quelque 15.000 producteurs sont officiellement certifiés en tant que producteurs biologiques. Mais les spécialistes du café ougandais se demandent si la production du grain de café organique est vraiment profitable. Il y a une prime de 20 à 30 pour cent au-dessus du prix normal, mais les producteurs connaissent une perte considérable dans le champ en n'utilisant pas des produits chimiques et des engrais sur leurs cultures. "Nous n'avons pas été en mesure d'établir en tant que telle laquelle méthode est meilleure", a ajouté Ngabirano. Pour compliquer les choses, l'Ouganda pourrait faire face aux barrières non tarifaires de la part de l'UE. Certains écologistes européens disent que le transport des produits par avion pour aller vendre dans d'autres pays augmente la pollution et est donc mauvais pour l'environnement. Une telle négociation pourrait empêcher l'Ouganda de passer pour une fois à la production de ses propres produits de café finis et de les envoyer à l'extérieur pour être vendus.