SOUDAN-UE: Nouvelle alerte à la famine au Darfour

BRUXELLES, 12 juil (IPS) – La famine menace les populations civiles du Darfour, dans l'ouest du Soudan, en proie à la violence depuis quatre années, ont indiqué des parlementaires européens à leur retour d'une visite de plusieurs jours dans cette province soudanaise.

Le Parlement européen a voté ce jeudi une résolution demandant à l'Union européenne (UE) d'imposer des sanctions économiques et diplomatiques ciblées à l'encontre des auteurs des violences meurtrières commises dans cette région du Soudan, comme le gel des avoirs ou l'interdiction de voyager. Du 30 juin au 6 juillet, une délégation composée de cinq membres du Parlement européen s'est rendue au Darfour et au Tchad pour visiter les camps de déplacés et de réfugiés soudanais. A son retour, le député Frithjof Schmidt, membre du Groupe des Verts, a estimé que la violence et l'insécurité mettaient grandement en péril la distribution de l'aide alimentaire à plus de deux millions de déplacés. “Si la situation sur le terrain n'est pas rapidement stabilisée, les organisations humanitaires ne pourront plus acheminer les ravitaillements de base indispensables à la population. C'est une famine d'une ampleur dramatique qui menace la région”, a-t-il déclaré. Sur le terrain, l'insécurité rend la tâche des travailleurs humanitaires de plus en plus dangereuse. Le mois dernier, l'organisation 'Oxfam International' a annoncé qu'elle suspendait plusieurs de ses programmes à Gereida, l'un des plus importants camps de déplacés du Darfour, qui accueille près de 130.000 personnes.

“Les travailleurs et les opérations humanitaires sont de plus en plus ciblés. Presque chaque jour, des véhicules sont la cible de détournements et de vols, des travailleurs sont victimes d'attaques et d'intimidation dans l'exercice de leurs fonctions et des bureaux sont l'objet d'intrusion et de pillage. Alors que les groupes armés se scindent en factions de plus en plus petites, le Darfour est plus que jamais en proie à l'anarchie et à l'instabilité”, indique l'organisation sur son site Internet.

Le Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l'ONU (OCHA) estimait mercredi que le nombre d'attaques contre la communauté humanitaire au Darfour avait triplé au cours de l'année écoulée. “Le résultat de cette situation est que le nombre total de civils ayant besoin d'une assistance s'élève désormais à 4,2 millions de personnes”, a souligné l'OCHA dans un communiqué publié à New York. Pour le député Schmidt, le blocage de la situation est tant le fait des milices arabes Janjaouites, réputées proches de Khartoum, que des différents groupes rebelles opposés au gouvernement. “Le fractionnement des rebelles en 18 groupes concurrents entrave profondément l'acheminement de l'aide internationale. Il n'est à présent plus possible de conclure des accords concernant le passage des convois et les bandits sont en augmentation croissante”, a-t-il expliqué. Pour Schmidt, la situation risque encore d'empirer au cours des prochains mois. “Le déploiement d'une force hybride de maintien de la paix promise par la communauté internationale, et qui associera les troupes des Nations Unies et de l'Union africaine (UA), risque de prendre huit à 18 mois”, note-t-il. “Entre-temps, le mandat des soldats de l'Union africaine présents au Darfour devrait être modifié afin de protéger encore davantage les populations civiles”. La Mission de l'Union africaine au Soudan (AMIS) a bénéficié du soutien de l'Union européenne. En 2004-2006, les Etats membres ont débloqué environ 400 millions d'euros (550 millions de dollars) en faveur de l'AMIS. Pour le député allemand des Verts, la contribution européenne devrait cependant être assurée. Il engage donc l'UE à contribuer “de manière significative et à long terme” à son financement. Pour Josep Borrell, président de la Commission pour le développement du Parlement, qui dirigeait la délégation européenne au Darfour, la province est devenue un “panier de démons” que la mission de l'UA ne peut plus contenir. “Tout ce qu'elle peut faire, c'est rédiger des rapports”, a-t-il déclaré à son retour du Soudan. Selon Borrell, la seule option à l'heure actuelle est d'autoriser une autre force que celle de l'AMIS. “Il n'y a pas de panacée. On ne trouvera une solution que lorsque que quelqu'un sera capable de l'imposer”, a estimé le socialiste espagnol.

La résolution qui a été votée jeudi par les députés européens accuse notamment Khartoum de violations flagrantes de l'embargo sur les armes, décrété par l'ONU. Le texte engage également la Chine, le plus gros acheteur de pétrole soudanais (80 pour cent des exportations), à mettre un terme à ses ventes d'armes au Soudan et à user de son influence pour faire respecter les engagements pris par les différentes parties dans le cadre des accords de paix. Le document invite également le gouvernement soudanais à coopérer pleinement avec la Cour pénale internationale (CPI) dans le but de mettre un terme à l'impunité dans le pays. Le texte invite donc le gouvernement à arrêter le ministre des Affaires humanitaires Ahmed Mohammed Harun et le dirigeant des milices Janjaouites, Ali Kushayb, afin de les remettre à la CPI. En février, ces deux personnalités soudanaises avaient été accusées par le procureur de la CPI, Luis Moreno-Ocampo, de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité. Pour Lotte Leicht, qui dirige le bureau de l'organisation 'Human Rights Watch' à Bruxelles, l'UE se montre incapable d'imposer de véritables sanctions à l'encontre de Khartoum. “L'UE devrait identifier tous les avoirs que possèdent les autorités soudanaises en Europe et procéder à leur blocage”, a-t-elle dit, rappelant qu'il existait déjà un précédent, lorsque l'union avait entamé une enquête pour dresser la liste des avoirs que possédaient l'ancien président yougoslave Slobodan Milosevic et sa famille en Europe.

De son côté, le député français Thierry Cornillet a estimé que le plus important pour l'instant était de sauver des vies au Darfour. “Nous devons augmenter l'aide humanitaire européenne, tout en n'oubliant pas qu'une solution politique doit être trouvée en parallèle”, a-t-il indiqué. L'Union européenne est le principal donateur de l'aide aux populations civiles du Darfour. L'an dernier, elle a attribué 285 millions d'euros (393 millions de dollars) d'aide à cette région du Soudan.