JOURNEE MONDIALE DE LA POPULATION: Des hommes éclairés prescrits pour la santé maternelle

JOHANNESBURG, 11 juil (IPS) – Quel facteur commun garantit que les femmes ne se marieront pas très jeunes, qu'elles n'auront pas plus d'enfants dont elles ne pourront pas s'occuper, qu'elles ne mourront pas en accouchant — et qu'elles contracteront le VIH en nombres plus réduits? Des hommes.

Tel est le message de la Journée mondiale de la population de 2007, qui est célébrée ce mercredi sous le thème 'Des hommes comme partenaires dans la santé maternelle'. "L'expérience montre que l'implication et la participation des hommes peuvent faire toute la différence", affirme Thoraya Ahmed Obaid, directeur exécutif du Fonds des Nations Unies pour la population (FNUAP), dans une déclaration faite pour la Journée mondiale de la population. "En décourageant le mariage précoce, en promouvant l'éducation des filles, en favorisant des relations équitables et en soutenant la santé de la reproduction et les droits des femmes, le progrès est réalisé". Les difficultés pour briser les stéréotypes de genre afin de libérer les hommes pour qu'ils puissent jouer un rôle plus positif dans la vie de leurs partenaires sont bien connues. Mais, jusqu'à quel point les institutions sont-elles en train d'être réformées pour venir en aide aux hommes? Selon Bafana Khumalo, co-fondateur du Réseau pour la justice de genre de Sonke, une organisation non-gouvernementale (ONG) basée à Johannesburg, il y a du chemin à faire. "Quand vous parlez de la santé de la reproduction, par exemple, et que vous allez à l'hôpital, vous constatez que le système cible les femmes. L'environnement est hostile aux hommes. La majorité des infirmiers sont des femmes", a-t-il déclaré à IPS.

"Certains hommes en reviennent se plaignant du fait qu'ils ont été chassés par des infirmières. Ces dernières leur disent que ce n'est pas leur place".

Pour tenter d'améliorer les relations de genre, le réseau organise des ateliers réguliers à travers l'Afrique du Sud. "Nous encourageons les hommes à accompagner leurs femmes aux services de consultation prénatale. Nous leur disons de continuer le processus jusqu'à l'accouchement de leurs partenaires", a indiqué khumalo.

"Nous devons changer le système et la mentalité". Toutefois, les femmes, qui sont en première ligne pour changer les mentalités, peuvent rencontrer des obstacles, affirme Lisa Vetten, une chercheuse au Centre de plaidoyer juridique pour mettre fin à la violence contre les femmes, à Tshwaranang, basé également à Johannesburg, la capitale économique.

"C'est difficile de parler aux hommes, spécialement quand vous êtes une femme", a-t-elle dit à IPS. "Mais bien sûr, les hommes ne sont pas tous les mêmes. L'on peut parfois avoir du succès auprès des hommes plus âgés. Ceci, parce que ces derniers craignent de perdre leurs partenaires, leurs enfants et leur propriété". Ce progrès qui est en train d'être fait est montré par l'initiative du Réseau pour la justice de genre de Sonke dans la communauté rurale de Limpopo, une province située dans le nord. "Ils (les ouvriers agricoles) aident maintenant à faire la vaisselle. Ils nettoient la maison — et plus d'hommes veulent se joindre à leur groupe. En conséquence, des femmes de cette communauté nous appellent et nous demandent ce que nous avons fait à leurs hommes", a déclaré Khumalo en riant. Le réseau essaie également d'inclure des chefs traditionnels dans ses activités à travers l'invocation du concept de "ubuntu" — un terme utilisé dans un certain nombre de langues sud-africaines et qui peut être vaguement traduit comme "humanité". D'une manière plus générale, il fait allusion à une croyance traditionnelle selon laquelle l'humanité d'une personne est déterminée par le point jusqu'auquel l'humanité des autres est défendue.

Mais, l'ONG a estimé que le fait de s'approcher de ces chefs demande beaucoup de tact. "Vous ne commencez pas en critiquant leur mode de vie comme étant arriéré. Ils se désolidariseront et refuseront de vous parler. Il est prudent de parler aux aînés, par exemple, des problèmes des femmes qui ont été chassées à coups de pied de leurs foyers matrimoniaux. Chasser une femme à coups de pied va contre l'esprit de ubuntu", a ajouté Khumalo.

Le thème de la Journée mondiale de la population de cette année reprend celui du rapport annuel du FNUAP pour l'année 2005, sur 'l'Etat de la population mondiale', intitulé 'La Promesse de l'égalité' : l'Egalité de genre, la Santé de la reproduction et les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD)'. "Le partenariat avec les hommes est une stratégie importante pour promouvoir la santé reproductive et les droits, lesquels sont étroitement liés aux OMD", indique le document. "Des maris prennent souvent des décisions au sujet du planning familial, des activités économiques de leurs femmes et de l'usage des ressources du ménage, y compris des frais de santé et de scolarité. Ces décisions influencent le bien-être et les perspectives d'avenir de toute la famille", ajoute-t-il. "L'attention et le soutien d'un mari averti améliorent également l'aboutissement de la grossesse et de l'accouchement et peuvent faire la différence entre la vie et la mort en cas de complications, quand des femmes ont besoin de soins médicaux urgents". Selon le Rapport du développement humain de 2006, réalisé par le Programme des Nations Unies pour le développement, 84 pour cent des accouchements en Afrique du Sud interviennent en présence d'un personnel soignant qualifié — personnel qui peut assurer que les complications ne conduiront pas au décès maternel. Ce chiffre monte à 98 pour cent pour les accouchements dans les 20 pour cent de la population la plus riche — et tombe à 68 pour cent pour le cinquième le plus pauvre de la société. Le fait que beaucoup de femmes accouchent dans des conditions dangereuses se reflète dans les statistiques de la mortalité maternelle. Le Rapport sur le développement humain indique que 150 décès maternels sont rapportés annuellement pour les 100.000 naissances vivantes en Afrique du Sud — comparés à six pour la Norvège, l'Etat classé premier dans l'Indice du développement humain (IDH) du rapport.

L'IDH énumère des pays à travers le monde selon la manière dont ils parviennent à donner à leurs citoyens une longue vie et saine; le savoir — et un niveau de vie respectable. La prévalence des contraceptifs chez les femmes mariées sud-africaines âgées de 15 à 49 ans est de 56 pour cent, tandis qu'en Suisse, aux Pays-Bas et aux Etats-Unis — pays classés dans les 10 premiers de l'IDH — elle est respectivement de 82 pour cent, 79 pour cent et 76 pour cent. L'Afrique du Sud a été placée au 121ème rang sur les 177 pays évalués pour l'IDH de 2006. Toutefois, dans l'Indice de développement du rapport, lié au genre, où les classements de l'IDH sont ajustés pour refléter les inégalités entre les femmes et les hommes, l'Afrique du Sud vient en 92ème position.

Ceci n'apparaît pas comme une comparaison positive avec les chiffres publiés juste cinq ans auparavant.

Dans l'IDH de 2001, qui a énuméré 162 nations, l'Afrique du Sud était venue en 94ème position — et au 85ème rang sur l'Indice de développement lié au genre.

Des 5,3 millions d'adultes vivant avec le VIH/SISA dans le pays, plus de la moitié — 3,1 millions — sont des femmes, selon le Programme conjoint des Nations Unies sur le VIH/SIDA.