COMMERCE: Le Rwanda, terre d'accueil des technologies de l'information

PARIS, 6 juil (IPS) – Treize ans après le génocide qui a fait près d'un million de victimes et détruit une grande partie des infrastructures socio-économiques du pays, le Rwanda pourrait devenir le premier centre d'activité des technologies de l'information et de la communication (TIC) en Afrique.

En quelques années, le secteur de la téléphonie fixe ou mobile, les réseaux en fibre optique, l'informatique ou l'Internet ont en effet engrangé d'importants investissements, tant publics que privés. De grands groupes internationaux, comme Microsoft, Nokia ou l'opérateur de télécommunications Terracom sont venus s'implanter dans ce pays des Grands Lacs. Grâce à un ambitieux programme de relance économique baptisé “Vision 2020”, le gouvernement rwandais veut hisser le pays au rang des nations à revenu moyen, en modernisant notamment son agriculture et son industrie et en développant le secteur des services, en particulier le tourisme et les technologies de l'information et de la communication.

Pour la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED), le Rwanda est déjà le numéro un des TIC d'Afrique de l'est. Ses experts ont consacré un guide aux différentes possibilités d'investissement dans le pays, mettant l'accent sur ce secteur clé pour son développement économique.

Aujourd'hui, la part du budget de l'Etat rwandais consacrée aux technologies de l'information s'élève à 1,6 pour cent, loin au-dessus de la moyenne africaine. Elle est presque identique à celle dédiée aux technologies de l'information par la plupart des Etats membres de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) qui regroupe les 30 pays les plus riches de la planète.

Des pays donateurs ont également décidé d'apporter leur pierre à l'édifice. Le mois dernier, le ministère britannique du Développement international (DFID) a annoncé qu'il débloquerait 700.000 livres sterling (1,4 million de dollars) pour le financement de projets dans le domaine des sciences et des technologies menés en partenariat avec les autorités rwandaises et la Banque mondiale. Pour le 'Rwanda Development Gateway' (RDG), un projet gouvernemental de portail Internet destiné à réduire le fossé numérique, les technologies de l'information devraient permettre au pays de passer une étape d'industrialisation, d'axer son économie sur l'information et les connaissances et d'œuvrer à la réconciliation nationale.

Jérome Gasana, responsable de projets au Centre régional de recherche et de formation en technologies de l'information et de la communication (RITC) à Kigali, y croit dur comme fer. L'an dernier, 25 anciens combattants démobilisés ont suivi sous sa responsabilité une formation en conception et en maintenance de logiciels informatiques. Ce projet a bénéficié du soutien de la 'Fondation Gateway Development', une organisation non gouvernementale basée à Washington. “L'objectif de la formation était de permettre à d'anciens soldats de décrocher un emploi comme consultant en ICT. Certains élèves se sont depuis associés à des sociétés spécialisées dans la vente de matériel informatique”, explique Gasana à IPS. D'autres initiatives se concentrent sur l'accès à la téléphonie et à Internet dans les zones rurales, la grande majorité des réseaux étant jusqu'à présent concentrée dans la capitale Kigali et ses environs. L'an dernier, le gouvernement rwandais a annoncé qu'il consacrerait un milliard de dollars à la création et au développement de télécentres afin de permettre l'accès au téléphone et à Internet aux populations rurales. La firme Nokia s'est également associée à la Fondation américaine Grameen pour la création de “villages phones”, des communautés rurales dotées d'une couverture téléphonique. L'objectif du groupe est d'offrir des communications à bas prix dans les campagnes. Cette initiative pourrait permettre la création de quelque 3.000 petites entreprises au cours des trois prochaines années, selon les deux partenaires. “Début juillet, 167 villages étaient déjà dotés d'une couverture. Notre objectif est d'atteindre 1.000 villages d'ici à la fin de l'année”, déclare à IPS, Yolanda Pineda, chargée des communications du groupe Nokia en Afrique et au Moyen Orient. De son côté, le gouvernement rwandais continue d'investir dans du matériel informatique pour les écoles et les universités. Environ 1.200 écoles primaires sont équipées d'ordinateurs et au moins 10 pour cent des écoles secondaires du Rwanda ont accès à Internet sans fil. Le RITC dispense des cours d'informatique à l’intention des enseignants des écoles secondaires en provenance toutes les provinces du pays. “Le but de la formation est de les aider à familiariser la jeune génération aux TIC”, ajoute Gasana.