POLITIQUE-AFRIQUE: Graduellement, il se fera

ACCRA, 5 juil (IPS) – Une approche graduelle du gouvernement panafricain l'a emporté au sommet annuel de l'Union africaine (UA) qui s'est achevé mardi à Accra, la capitale ghanéenne, où un débat houleux sur cette question s'était poursuivi tard dans la nuit.

La mise en place d'un gouvernement à l'échelle continentale était le point principal à l'ordre du jour de la rencontre.

Ceux qui étaient pour une rapide intégration politique et économique étaient conduits par le dirigeant libyen Muammar Kaddafi, qui a dit que la proposition d'un gouvernement continental devrait passer au vote. "Nous demandons aux chefs d'Etat de procéder à un référendum pour qu'ils puissent voir que tout le monde veut un Etats-Unis d'Afrique", a-t-il déclaré dans un discours adressé à quelque 30 dirigeants présents au sommet. L'UA compte 53 Etats membres. La présidente libérienne Ellen Johnson-Sirleaf a supporté également la mise en place immédiate d'un gouvernement panafricain, comme l'ont fait le Tchad, l'Ethiopie et le Sénégal. "L'unité politique est importante pour l'Afrique. Si nous restons divisés dans nos petits Etats, nous resterons politiquement faibles", a affirmé le chef de l'Etat sénégalais, Abdoulaye Wade. Mais, la majorité des pays — y compris des poids lourds comme l'Afrique du Sud et le Nigeria — est restée dans le camp modéré pendant les trois jours de discussions.

Même si le président Kenyan Mwai Kibaki a reconnu qu'une Afrique unie disposerait de plus solides atouts dans les négociations internationales, il a souligné la nécessité de renforcer d'abord les regroupements régionaux, tels que la Communauté de l'Afrique de l'est (EAC). Ceux-ci, a-t-il ajouté, constitueraient les composantes du gouvernement continental. La EAC est en cours de création d'un marché commun; il y a également des projets de fédération politique d'ici à 2013. Cette communauté comprend le Kenya, l'Ouganda, la Tanzanie, le Rwanda et le Burundi. Le dirigeant ougandais Yoweri Museveni était encore plus circonspect. "Insister sur l'intégration politique au niveau continental mettra ensemble des liens incompatibles qui peuvent créer la tension plutôt que la cohésion", a-t-il déclaré. "Tel sera spécialement le cas si vous mettez ensemble des groupes qui veulent imposer leur identité aux autres. Je ne peux renoncer à mon identité pour rien". Le Lesotho a exprimé des préoccupations similaires. "L'intégration politique complète présuppose la renonciation totale à la souveraineté. Pour certains d'entre nous, ça peut être en réalité beaucoup demander", a souligné Pakalitha Mosisili, le Premier ministre de ce pays d'Afrique australe. L'UA doit maintenant mettre en place une équipe pour étudier davantage les étapes nécessaires à la réalisation de l'intégration et pour fixer un délai à ce processus. Un rapport de l'UA sur le gouvernement panafricain publié en 2006 et intitulé 'Un gouvernement de l'Union africaine : vers les Etats-Unis d'Afrique', a recommandé l'intégration graduelle dans le but de réaliser un gouvernement continental d'ici à 2015. Des Etats, pris individuellement, doivent également conduire des audiences publiques sur la question afin de s'assurer que leurs citoyens participent au débat sur l'unification de l'Afrique. Toutefois, la société civile poursuit déjà son travail en permettant aux ressortissants des pays de s'exprimer sur les discussions concernant le gouvernement panafricain. Une réunion tenue à Nairobi le mois dernier, par exemple, a rassemblé les points de vue des citoyens dans le but de les présenter au sommet à Accra — avec les opinions des ressortissants d'autres pays (voir : 'POLITIQUE-AFRIQUE : Un gouvernement continental d'ici à 2015?'). De plus, environ 150 organisations non gouvernementales représentant 30 Etats africains, étaient présentes à Accra pour faire pression sur l'UA à propos de l'intégration africaine. Elles ont demandé que les restrictions sur la circulation des Africains à travers le continent soient levées, indiquant dans un communiqué que "la citoyenneté continentale" était essentielle au "gouvernement continental" (voir : 'POLITIQUE : "Prendre le taureau par les cornes et aller vers un nouveau pays – l'Afrique"'). S’adressant au sommet, José Manuel Barroso — président de la Commission européenne, l'organe exécutif de l'Union européenne (UE) — a annoncé qu'une rencontre UE-UA se tiendrait tous les deux ans pour permettre à l'Europe de partager ses expériences en matière d'intégration. Le concept d'un gouvernement de l'UA remonte presque à un demi-siècle à la création du prédécesseur de l'union, l'Organisation de l'unité africaine. Ce regroupement a été formé en 1963, et l'UA lui a succédé en 2002.