RABAT, 27 avr (IPS) – Le mois d'avril pourrait être une date mémorable dans les annales de la question du Sahara occidental. La proposition d'autonomie de la région du Sahara, présentée par le Maroc au secrétaire général des Nations Unies Ban Ki-moon, invite au dialogue et à la négociation.
Ban a fait montre d'un pessimisme poussé lorsqu'il avait déclaré aux médias qu'il était “pessimiste quant à la possibilité de percer vers une solution”. Mais son rapport présenté récemment au Conseil de sécurité laisse entrevoir pourtant une percée à travers des négociations plurielles pour une solution mutuellement acceptable par les protagonistes du conflit du Sahara occidental.
Selon la proposition marocaine, Rabat s'engage à soumettre une initiative pour la négociation d'un statut d'autonomie de la région du Sahara, dans le cadre de la souveraineté du royaume et de son unité nationale. Aux termes de ce plan, les populations du Sahara, de l'intérieur comme de l'extérieur, devraient gérer, elles-mêmes, et démocratiquement leurs affaires à travers des organes législatif, exécutif et judiciaire dotés de compétences exclusives. Elles disposeront également des ressources financières nécessaires au développement de la région dans tous les domaines et participeront, de manière active, à la vie économique, sociale et culturelle du royaume, souligne la proposition marocaine.
Si les membres du Conseil royal consultatif pour les affaires sahariennes, un organe marocain composé uniquement de Sahraouis, approuvent ce plan d'autonomie qu'ils considèrent comme un point de départ pour des négociations, l'Algérie et le Front Polisario trouvent, en revanche, qu'il ne satisfait pas leur revendication du droit à l'autodétermination en faveur des populations sahraouies. “Le plus important dans ce projet d'autonomie est qu'il s'agit d'une base de départ pour une négociation avec nos frères au sud d'Algérie et avec les larges attributions qu'elle a, l'autonomie permettra certainement une viabilité au sein d'un Maroc fort et d'un Maghreb performant”, a déclaré à IPS, Abdelmajid Belghazal, journaliste et défenseur des droits de l'Homme, originaire de la région du Sahara.
Si l'on compare les attributions dont disposera l'autonomie aux niveaux des juridictions, de l'administration locale, du pouvoir exécutif et de l'organe législatif, et notamment pour ce qui concerne l'élection d'un chef de gouvernement élu par le parlement régional, l'on peut relever l'innovation d'une telle initiative, a-t-il affirmé. Mais, Mohamed Moutawakil, membre du Collectif des défenseurs sahraouis des droits de l'Homme, basé à Laâyoune, la capitale du Sahara occidental, ne partage pas la même opinion sur le plan d'autonomie. Selon lui, rien ne devrait remplacer le droit des Sahraouis à s'autodéterminer et à choisir leur sort, y compris celui de leur intégration au Maroc. Pour Moutawakil, le plan James Backer — du nom d'un ancien secrétaire d'Etat américain — qui consiste à passer, au terme de cinq années d'autonomie, à un référendum qui détermine définitivement le statut de la région, reste encore une base de départ pour une solution qui résout ce conflit vieux de plus de 30 ans. Et n'importe quel autre plan devrait comprendre ce droit à l'autodétermination. Interrogé par IPS sur la nature du référendum que stipule la proposition marocaine, Moutawakil a déclaré que la consultation proposée par le plan marocain pour l'autonomie restait partielle, puisqu'elle se déroule sous le plafond de la souveraineté marocaine. Les propos de Moutawakil rejoignent pour l'essentiel une contre-proposition soumise par le Front Polisario, ce mois, au secrétaire général de l'ONU. “Etant donné que le conflit du Sahara occidental est une question de colonisation, les efforts déployés dans ce sens visent à offrir l'opportunité aux populations de ce territoire de s'autodéterminer à travers un référendum libre et honnête”, indique le texte arabe de la proposition du Front Polisario.
Selon le texte, le Front Polisario “se déclare prêt à négocier directement, avec le Maroc, les modalités de sa mise en œuvre ainsi que celles de la tenue d'un référendum d'autodétermination authentique au Sahara occidental, en stricte conformité avec l'esprit et la lettre de la résolution 1514 (XV) de l'Assemblée générale de l’ONU à savoir, le choix entre l'indépendance, l'intégration au royaume du Maroc et l'autonomie”. Le Front s'engage également à accepter les résultats du référendum quels qu'ils soient.
Mhamed Khadad, membre de la direction du Front Polisario, a indiqué qu’il était temps, “pour le bien de la stabilité régionale et aussi pour le respect de la légalité internationale, que la parole soit enfin donnée au peuple sahraoui pour qu'il se prononce sans contrainte, en toute liberté et indépendance, et sous le contrôle des Nations Unies, sur son avenir à travers un référendum d'autodétermination”. Le problème du Sahara occidental demeure, a-t-il ajouté, une question de décolonisation, dont le cadre le plus adéquat, pour en discuter, reste l’ONU, représentée sur le territoire par une Mission des Nations Unies (MINURSO) depuis 1991. Mais, ce n’est pas la vision de Guejmoula Bent Abbi, ancien membre de la direction du Front Polisario, qui a rallié le Maroc et est actuellement parlementaire du Parti du progrès et du socialisme au Sahara occidental. Elle a déclaré à IPS au téléphone depuis Laâyoune, que le Maroc n'a jamais rejeté le principe de l'autodétermination. Selon elle, c'est sa mise en œuvre qui avait échoué du fait de difficultés pratiques relatives notamment à la phase de l'identification des populations sahraouies. Pour Abbi, le projet marocain d'autonomie pour le Sahara est une forme d'autodétermination dans son essence, puisqu'il prévoit que le statut d'autonomie — résultat des négociations — sera soumis à une consultation référendaire des populations concernées, conformément au principe de l'autodétermination et des dispositions de la Charte des Nations Unies.
Vantant les vertus du dialogue et de la négociation, Abbi estime que la nouvelle dynamique, qui résulte d'une volonté de résoudre ce conflit, devrait mener vers une sortie du blocage, car, dit-elle, "ce ne sont ni nos enfants ni encore nos femmes sahraouis qui pourront profiter de l'impasse actuelle".

