REYKJAVIK, 23 avr (IPS) – Lorsque l'Union européenne (UE) a interdit les exportations de poissons provenant du lac Victoria au cours des années 1990, cela a mis en lumière l'importance économique des exportations régionales de produits de pêche, mais également la difficulté que les pays africains peuvent avoir avec les normes sanitaires et sécuritaires européennes.
Pour l'Ouganda, où les exportations de produits de pêche constituent 6 pour cent du Produit intérieur brut (PIB), ce genre de barrière commercial peut entraver sérieusement le développement économique.
Au Mozambique, un pays célèbre pour ses importantes gambas de qualité à travers la région, l'exportation vers l'UE a été interrompue pour des raisons sanitaires.
Mais conjointement avec l'Université des Nations Unies, le gouvernement d'Islande a développé un programme de pêches pour aider des experts des pays en développement à s'attaquer aux questions sanitaires, de gestion et même commerciales avec un apprentissage pratique en Islande qu'ils peuvent appliquer de retour dans leur pays.
Selon Tumi Tomasson, directeur de cours pour le Programme de formation à la pêche de l'Université des Nations Unies (UNUFTP), environ 20 étudiants suivent par an le cours et à peu près 45 pour cent d'entre eux viennent d'Afrique.
"Nombre de nos amis africains viennent des pays entourant le lac Victoria. L'UE a interdit temporairement à la fin des années 1990 l'importation du poisson issu du lac Victoria à cause du mauvais contrôle de la qualité et de l'hygiène, et des facteurs de sécurité, même si l'interdiction a été maintenant levée", a déclaré à IPS, Thor Asgeirsson, le directeur adjoint du programme.
"Bon nombre de nos amis africains qui ont suivi notre cours, en particulier ceux qui ont pris le cours sur la gestion de la qualité, ont travaillé à améliorer les questions liées à la qualité du poisson dans leur région comme leur projet final", a-t-il indiqué.
Aborder les problèmes dans le lac Victoria a joué un grand rôle dans les projets qu'ont entrepris les étudiants au cours de leur année à l'UNUFTP. Des étudiants de Tanzanie, d'Ouganda, du Mozambique et de la Gambie constituent la majorité des participants africains.
Depuis que le cours a commencé en 1998, plusieurs Africains ont conduit des projets qui ont profité au commerce et à la situation économique locale dans leurs régions d'origine. Certains d'entre eux se sont spécifiquement concentrés sur la perche du Nil, un poisson local d'eau douce qui est apprécié en Europe comme une alternative pas chère à la morue et à la merluche. Deux étudiants ougandais, qui ont suivi le programme séparément, ont travaillé sur des questions du lac Victoria durant leurs études et travaillent maintenant tous deux sur des projets pour élaborer des politiques conjointes de pêche pour les trois pays autour du lac : Kenya, Tanzanie et Ouganda.
Alex Bambona à 'l'Uganda's Fisheries Training Institute' (Institut ougandais de formation à la pêche) a étudié des opportunités de marketing pour la perche du Nil ougandaise à l'UNUFTP en 2002 et travaille maintenant sur une stratégie pour trois pays en vue des exportations de poissons du lac Victoria vers l'UE, une politique qu'il a recommandée durant ses études.
"Le gouvernement (ougandais), conjointement avec ses partenaires au développement, est actuellement en train d'intensifier les efforts concernant la pisciculture et les opportunités pour une stratégie de marketing conjoint entre les trois pays d'Afrique de l'est", affirme Bambona.
Le Kenya, la Tanzanie et l'Ouganda se sont rapprochés ces dernières années sur la plupart des aspects du commerce et de l'économie et pourraient continuer à le faire. En septembre dernier, le fournisseur africain de téléphonie mobile Celtel a lancé le premier service mobile mondial sans frontière entre les trois pays. Plus de commerce et de coopération transfrontaliers sont attendus. Joyce Nyeko du département des ressources de pêche, sous le ministère de l'Agriculture, des Pêches et de l'Alimentation à Entebbe, en Ouganda, a également étudié les opportunités de la perche du Nil ougandaise à l'UNUFTP en 2004. Comme Bambona, elle travaille actuellement sur des stratégies de pêche conjointes pour la région, mais d'un point de vue de la gestion plutôt que du marketing, avec l'élaboration du 'Fisheries Management Plan for Lake Victoria' (Plan de gestion de la pêche pour le lac Victoria, financé par l'UE). Elle souligne que des études socio-économiques sont en train d'être menées pour obtenir des informations qui aideront à garantir les sources de revenus de ceux qui sont dans des communautés dépendant de la pêche, et favoriseront une gestion efficace de la pêche de la perche du Nil.
Du côté de la production et du marketing, il y a beaucoup plus à faire. Au cours de ses études, Bambona a constaté qu'il était possible aux transformateurs ougandais d'ajouter plus de valeur à leurs produits actuels en emballant, en vernissant et en distribuant les emballages de détail requis pour les consommateurs de l'UE.
Ajouter de la valeur aux produits plutôt que juste le commerce des matières premières, comme le poisson ou le coton, est l'un des objectifs des pays africains en développant une participation au commerce mondial. L'UE finance souvent des programmes de formation sur comment ajouter de la valeur aux produits.
"Certaines entreprises exportent maintenant des parties de poissons et les recettes ont augmenté au cours de ces dernières années — même au point de dépasser le café, qui a toujours été le principal pourvoyeur de recettes d'exportation", indique Bambona.

