SANTE-AFRIQUE DU SUD: Une épidémie de tuberculose a été contenue

JOHANNESBURG, 10 avr (IPS) – L'Afrique du Sud semble avoir réussi à éviter qu'une épidémie de Tuberculose extrêmement résistante aux médicaments (XDR-TB) ne devienne incontrôlable et ne s'étende au-delà de ses frontières, au moins pour l'instant.

La XDR-TB est une forme plus grave de TB résistante aux médicaments multiples (MDR-TB). Alors que diverses variétés de MDR-TB peuvent résister au traitement par plusieurs "médicaments de première ligne" — des médicaments utilisés comme la première ligne de défense contre la maladie — la XDR-TB est également résistante à divers médicaments de deuxième ligne.

L'épidémie a éclaté pour la première fois l'année dernière dans la province du KwaZulu-Natal, dans le sud-est du pays. "Sur les 54 personnes infectées par la nouvelle variété, 53 sont mortes", a déclaré à IPS, Lihle Dlamini, coordonnateur au KwaZulu Natal pour la Campagne d'action pour le traitement (TAC). La TAC est un groupe de pression basé dans la ville côtière du Cap qui demande l'accès au traitement pour les personnes vivant avec le VIH/SIDA.

Les gens ayant contracté le VIH sont particulièrement vulnérables à la TB, tandis que la XDR-TB peut se révéler mortelle. Selon le Programme conjoint des Nations Unies sur le VIH/SIDA (ONUSIDA), la prévalence du VIH pour les adultes en Afrique du Sud est estimée à 18,8 pour cent.

A l'occasion de la Journée mondiale de la santé (7 avril), ces développements sont significatifs. Le thème de la journée de cette année est "Investir dans la santé, bâtir un avenir plus sûr". Il a été choisi pour mettre l'accent sur le fait que les menaces sanitaires s'étendent de plus en plus au-delà des frontières, et que la coopération mondiale est nécessaire pour les contrer.

Si la XDR-TB s'était installée au-delà du KwaZulu-Natal, cela aurait constitué une menace non seulement pour l'Afrique du Sud, mais pour la région en général — considérée comme l'épicentre de la pandémie du SIDA dans le monde entier. Les estimations de l'ONUSIDA indiquent qu'une personne sur trois ayant contracté le VIH vit en Afrique australe.

"A une ère de commerce et de voyage globalisés et à grande échelle, des maladies — nouvelles comme existantes — peuvent traverser les frontières nationales et menacer notre sécurité collective", a écrit Margaret Chan, directrice générale de l'Organisation mondiale de la santé, dans son message pour la Journée mondiale de la santé 2007.

"C'est seulement à travers une collaboration intense entre les pays développés et les pays en développement, ainsi qu'un accent plus accru sur le partage de l'information et le renforcement des systèmes de santé publique et de surveillance, que nous pouvons contenir leur propagation".

"En Afrique du Sud, une épidémie de XDR-TB se serait révélée très coûteuse, ce qui n'est pas un détail dans un pays où les besoins sont énormes. "Le gouvernement dépense au moins 400 rands (environ 55 dollars) par malade pour traiter la TB ordinaire. Pour la TB résistante aux médicaments multiples, le coût du traitement a augmenté considérablement, passant à 24.000 rands (3.288 dollars) par malade", a indiqué le ministre de la Santé par intérim, Jeff Radebe, dans un discours à l'occasion de la Journée mondiale de lutte contre la tuberculose, le 24 mars.

"En plus des ressources disponibles dans les provinces, nous avons alloué 3,6 millions de rands supplémentaires (environ 494 millions de dollars) pour achever des projets de rénovation du contrôle de l'infection, qui sont en cours dans plusieurs provinces", a-t-il ajouté.

Les efforts pour intensifier la lutte contre la TB sont focalisés sur un grand nombre de domaines.

"Les mesures de contrôle de l'infection visent à réduire la transmission par contact direct ou indirect en isolant les malades, en créant un espace pour des lits appropriés au sol et en améliorant la ventilation dans les pavillons", a noté Radebe.

"Ces hôpitaux sont en train d'être munis de ventilateurs et de filtres à rayons ultra violets qui enlèvent et tuent la bactérie circulant dans l'air, empêchant ainsi une infection croisée dans les centres de santé. Pour une protection supplémentaire, les masques à gaz sont fournis aux agents de santé, et aux visiteurs à l'hôpital et les patients reçoivent des masques chirurgicaux", a-t-il ajouté.

"Les unités de TB résistant aux médicaments sont également en train d'être améliorées sur l'ensemble du territoire afin de s'attaquer au contrôle de l'infection".

Plusieurs facteurs permettent à la TB de développer une résistance aux médicaments, y compris l'incapacité des malades à achever les séries de traitement antituberculeux. Une mauvaise prescription des médicaments et l'utilisation de médicaments de mauvaise qualité sont également à blâmer.

Il reste beaucoup à faire dans la lutte contre les diverses variétés de TB, comme le fait de s'attaquer aux traditions qui sapent un traitement efficace.

"Pour des raisons culturelles et la honte attachée à la maladie, certains malades de TB préfèrent aller voir d'abord le sorcier. Et lorsqu'ils sont trop malades, ils viennent à l'hôpital", a déclaré Dlamini. "A ce moment-là, ils sont déjà trop faibles et certains d'entre eux ne peuvent même plus marcher".

La XDR-TB reste également une menace.

"Même à l'heure actuelle, nous avons 200 cas dans la province (KwaZulu-Natal). Le nombre pourrait être plus élevé, mais nous n'en sommes pas sûrs parce que tout le monde n'est pas venu faire le test", a noté Dlamini. "La majorité de notre population vit dans des zones rurales où le dispensaire le plus proche peut être à cinq ou six kilomètres au loin. Toutefois, il existe une équipe spécifique se focalisant sur la TB dans la province".

Il y a également un besoin croissant de nouveaux médicaments pour traiter la XDR-TB.

"La recherche sur ces nouveaux agents n'a été relancée que récemment et malgré des médicaments prometteurs en cours de fabrication, ceux-ci ne seront pas disponibles avant au moins cinq ans. Un investissement supplémentaire dans la recherche et la mise au point de nouveaux médicaments sera nécessaire pour garantir un nombre suffisant de médicaments efficaces", souligne un communiqué des experts de l'OMS sur la TB et d'autres qui s'étaient réunis dans la capitale économique sud-africaine Johannesburg en septembre dernier. Leur rencontre avait débattu des stratégies pour faire face à la résistance de la TB.