BAMAKO, 10 avr (IPS) – En 1997, la quantité de bois convoyée vers Bamako était de 750.000 tonnes. Pour cette année 2007, la consommation estimée pour Bamako est de 900.000 tonnes. Pour l'ensemble du pays, elle est de sept millions de tonnes par an, indique le Rapport 2006 sur l'état de l'environnement.
Ce rapport indique que près de 600.000 tonnes de bois ont été acheminées vers Bamako en 1994, en provenance de la seule ville de Ségou, située à 220 kilomètres, dans le sud-ouest du pays.
“Si rien n'est fait pour inverser cette tendance, la balance entre l'offre et la demande de bois sera négative dès 2010”, prédit le rapport.
C'est dire que le Mali consomme plus de bois qu'il n'en produit, principalement pour ses besoins en énergie domestique.
“Les ressources forestières sont devenues une mine dans laquelle les populations rurales puisent de façon abusive et anarchique. Jusqu'ici, l'imaginaire populaire considère que les ressources forestières sont un don de Dieu dans lequel on peut puiser autant qu'on veut, et Dieu pourvoira à leur renouvellement”, déplore le sociologue Hamidou Coulibaly.
Cette conception empirique des populations et leur incivisme rendent difficile la mise en place d'une organisation et d'une exploitation forestière durables, regrette Coulibaly.
“Pour faire sa cuisine, la femme malienne brûle de grandes quantités de bois souvent coupé par des bûcherons qui n'ont que la vente de ce bois pour nourrir leur famille”, rapporte Awa Sow Cissé, directrice exécutive du Conseil de concertation et d'appui aux ONG (organisations non gouvernementales). Ce conseil regroupe 172 ONG, toutes engagées dans la lutte contre la désertification au Mali.
Ceci dénote de la complexité de la lutte contre les coupes abusives de bois car en dehors des femmes, dont le bois est la seule source d'énergie domestique, il y a également ces hommes, qui n'ont que la vente du bois comme seule source de revenu.
Selon Niarga Keita, coordinateur national du Programme environnemental d'appui à la lutte contre la désertification, les Maliens exercent cette forte pression sur les ressources de la terre, de la faune et de la flore parce qu'ils en dépendent à 80 ou 90 pour cent pour satisfaire leurs besoins quotidiens. “En fait, c'est toute l'économie du pays qui repose sur ces ressources naturelles”, dit Kéita.
Dans l'optique de mettre fin à cette dégradation continue des ressources naturelles et de l'environnement, les autorités maliennes ont organisé des campagnes de sensibilisation à l'endroit des femmes pour les inviter à préserver la nature.
Dans cet même élan, la secrétaire exécutive de la Coordination des associations et ONG féminines du Mali, Traoré Oumou Touré, a initié une campagne pour exhorter les femmes maliennes à beaucoup plus utiliser les foyers améliorés en lieu et place des foyers traditionnels à trois appuis qui, comme chacun le sait, consomment quatre à cinq fois plus de bois.
Elle les sensibilise également pour qu'elles mettent la pression sur leurs maris afin qu'ils arrêtent de couper du bois vert.
De son côté, le gouvernement malien se dit prêt à soutenir tout projet venant des femmes et qui visera à lutter contre la coupe abusive du bois, notamment le bois vert.
La réglementation en vigueur au Mali n'autorise dorénavant que la commercialisation du bois mort dont l'enlèvement contribue d'ailleurs à assainir les forêts.
Le gouvernement a également suspendu, depuis 2004, l'exportation du bois vert.
Mieux, l'article 17 de la loi 95-0004, qui date de juin 2004, fixant les conditions de gestion des ressources forestières, protège certaines espèces dites essences forestières contre les coupes abusives. C'est le cas, entre autres, du palmier à huile, du rônier, du gommier, du karité, du caïlcédrat, rapporte le directeur national de la conservation de la nature, Félix Dakouo.
Malheureusement, et en dépit de toutes ces mesures d'interdiction et de protection des forêts, le mal persiste. “Les exploitants forestiers ne sont intéressés que par le bois vert qui sert à faire, entre autres, du charbon de bois ou des meubles. Ce bois est abattu sans distinction des espèces”, déplore Dakouo.
“Nos écosystèmes ne sont plus respectés aujourd'hui. Ni Ségou, ni le Mali, ne méritent un tel traitement de la part de ses enfants”, a affirmé le ministre de l'Environnement, Nancouma Kéita, à l'ouverture d'un forum sur l'environnement récemment tenu à Ségou.

