NIAMEY, 7 avr (IPS) – Assise sur son lit d'hospitalisation, au centre d'hébergement des femmes fistuleuses à Niamey, la capitale du Niger, Maïmouna Samba, la tête dissimulée sous un foulard, tente de chasser une mouche ennuyeuse qui l'embête, à l'aide d'un torchon.
Agée d'environ 28 ans, Samba, qui attend sa programmation pour une intervention chirurgicale, a contracté une fistule suite à des complications lors de l'accouchement de son quatrième enfant, dans un petit village de la région de Tillabéri, dans l'ouest du Niger, un pays sahélien pauvre d'Afrique de l'ouest.
Selon Soumaïla Amadou de 'DIMOL', une organisation non gouvernementale locale spécialisée dans la santé de la reproduction basée à Niamey, la fistule est liée aux mariages précoces et aux accouchements rapprochés. (DIMOL est un nom lié à la maternité, la procréation, en Peul, une langue répandue en Afrique). “Elle survient généralement quand il n'y a pas une prise en charge médicale rapide des complications au moment de l'accouchement”, déclare Amadou à IPS. “Le centre de santé le plus proche, où Maïmouna pouvait être conduite, se trouve à une quarantaine de kilomètres de son village. Comme elle a accouché plusieurs fois déjà et à cause du coût du transport et du séjour là-bas, nous y avons renoncé”, explique à IPS, Binta Rouga, la tante de Samba. “Après l'accouchement de mon troisième enfant qui a été très difficile, la matrone du village m'a conseillée d'arrêter, mais mon mari n'était pas d'accord, estimant que c'est s'opposer à la volonté de Dieu”, confie Samba à IPS.
La voix cassée, elle ajoute : “Mon mari, qui ne voulait pas de la contraception, m'a abandonnée aussitôt que je suis tombée malade, prétextant ne pas supporter l'odeur des urines que je n'arrive plus à retenir. Si je suis aujourd'hui souffrante, c'est parce qu'il a voulu que je continue à faire des enfants”.
Malheureusement, elles sont nombreuses les femmes à endurer ce calvaire au Niger, à cause de l'ignorance, de certaines considérations socioculturelles et d'une mauvaise compréhension de l'islam, la religion dominante au Niger, selon les analystes.
“Dans beaucoup de foyers nigériens, le nombre d'enfants est déterminé par les hommes, qui sont malheureusement nombreux à considérer, aujourd'hui encore, les enfants comme des bras valides potentiels pour les travaux champêtres en milieu rural”, déclare à IPS, Abdourahamane Noma, un sociologue basé à Niamey. “Il y a aussi cette mauvaise compréhension de l'islam consistant à percevoir l'espacement des naissances par la contraception comme une offense à Dieu”, ajoute Noma, incriminant ces facteurs qui sont, selon lui, à l'origine de la flambée démographique au Niger.
Selon l'Institut national de la statistique à Niamey, le taux de croissance de la population nigérienne est d'environ 3,2 pour cent par an, et une femme nigérienne donne naissance actuellement à 7,2 enfants en moyenne dans sa vie féconde, un taux jugé très élevé comparé à ceux des autres pays de la sous-région.
Le taux de fécondité est de 5,7 enfants au Bénin et au Nigeria, 6,6 au Burkina Faso, et de 6,8 au Mali, selon l'Organisation mondiale de la santé. Une étude intitulée “Projections de la population du Niger de 2005 à 2050” réalisée en 2005 par le Bureau central du recensement, estime que la population du Niger est passée de 11 millions d'habitants en 2001 à quelque 13 millions en 2005, soit une augmentation d'environ deux millions d'habitants en quatre ans.
Selon des analystes, cette flambée démographique hypothèque les efforts menés par le gouvernement pour assurer une meilleure couverture sanitaire du pays et des soins de qualité aux populations.
“Le problème d'accès aux soins obstétricaux d'urgence est réel, et est lié à la faible disponibilité des structures, à l'insuffisance du personnel, au coût des prestations et à certaines pesanteurs socioculturelles”, confirme à IPS, Fatou Idi Moutari, directrice de l'organisation des soins au ministère de la Santé publique et de la Lutte contre les Endémies.
Selon la Direction de santé de la reproduction dans ce ministère, la couverture obstétricale nationale est estimée à 14 pour cent et le taux de prévalence contraceptive à quatre pour cent; et seuls 18 pour cent des accouchements sont assistés par un personnel qualifié au Niger.
“On a dirigé ma femme, qui avait des difficultés d'accouchement, sur Niamey, par manque de structure de prise en charge dans notre zone”, déclare Assouman Agali, un ressortissant de Bankilaré, une localité de l'ouest du Niger, interrogé par IPS, à la maternité Issaka Gazoby, dans la capitale. Pour les analystes, cette situation est à l'origine des forts taux de mortalité infanto-juvénile et maternelle du pays, estimés respectivement à 274 pour 1.000 et sept pour 1.000, selon une étude réalisée en 2006 par la Direction nationale de la population, basée à Niamey.
Devant ce drame, le gouvernement nigérien a adopté un programme de développement sanitaire pour 2005-2009, comportant une série de mesures visant l'amélioration de l'accès aux soins obstétricaux dans le pays.
“Parmi ces mesures, vous avez notamment la gratuité de la césarienne qui est effective depuis février 2006; la gratuité des consultations prénatales ainsi que celle des enfants de zéro à cinq ans. L'accès aux contraceptifs est également gratuit pour encourager la planification”, affirme Moutari.
Agali confirme : “L'admission de ma femme et l'intervention qu'elle a subie à la maternité ne m'ont rien coûté. J'ai juste payé notre transport et la nourriture que nous consommons durant notre séjour”.
Ravi des prestations, il ajoute : “En plus des soins gratuits, la sage-femme m'a prodigué des conseils sur les vertus de l'espacement des naissances et m'a offert un lot de produits contraceptifs”. Selon Moutari, “Cette politique a permis d'enregistrer 2.400 césariennes, de février à décembre 2006, au niveau de la seule maternité Gazoby qui ne faisait auparavant que 1.800 césariennes par an”. Chiffrant le coût d'une césarienne entre 100 et 160 dollars, elle a ajouté que le ministère, qui prend désormais en charge les frais, a déjà remboursé environ 338.000 dollars aux centres de santé, au titre des interventions chirurgicales de 2006.
Selon Moutari, “Il y a 23 nouveaux centres qui ont été équipés pour prendre en charge la césarienne. Mais, seuls 13 sont pour l'instant opérationnels par manque de personnel qualifié suffisant”.

