POLITIQUE-SOMALIE: Des balles voltigent autour des plans de réconciliation

NAIROBI, 6 avr (IPS) – Les chances d'une conférence nationale de réconciliation prévue pour la Somalie semblaient de plus en plus minces cette semaine, comme la capitale — Mogadiscio — a été ébranlée après des combats qui auraient été les plus violents en 15 ans.

Des centaines de personnes auraient été tuées et blessées dans les affrontements, qui ont opposé des forces du gouvernement intérimaire, soutenues par des troupes éthiopiennes, à l'Union des tribunaux islamiques (UIC) et à des membres du clan des Hawiye. Ce dernier constitue le principal clan dans la capitale.

L'UIC contrôlait de vastes parties du sud de la Somalie jusqu'en décembre 2006, quand elle a été évincée par des troupes éthiopiennes, avec le soutien présumé des Etats-Unis — qui accusent l'union d'avoir des liens avec al-Qaeda. Ceci est intervenu après des mois de tension entre le groupe islamique et le gouvernement fédéral de transition, qui n'avait pas réussi à étendre son influence au-delà de la ville de Baidoa, dans le sud du pays.

Mercredi, des officiels du gouvernement somalien ont essayé de faire bonne contenance sur les développements dans leur pays en briefant des journalistes dans la capitale kényane, Nairobi.

"Le gouvernement fait de son mieux pour arrêter les combats et ramener la paix en Somalie", a déclaré Mohammed Ali Nur, ambassadeur de la Somalie au Kenya.

"Nous croyons que les gens vont se réconcilier et que nous aurons la paix le plus tôt (que) possible. Nous sommes sûrs que la conférence aura un impact positif", a-t-il ajouté, en référence à la conférence de réconciliation nationale, prévue pour le 16 avril à Mogadiscio.

Nur a également dit aux journalistes que le Premier ministre Ali Mohammed Gedi devrait organiser une réunion d'urgence avec le président Abdullahi Yusuf, le cabinet et des leaders de clans pour élaborer un plan de sortie de la crise actuelle : "La rencontre, en particulier avec les leaders de clans, est importante. Les anciens des clans peuvent parler à leurs membres, pour faire observer la paix dans toute la Somalie".

Cette semaine, une trêve fragile a été décrétée pour permettre de dégager des rues les corps des personnes tuées.

Selon le bureau somalien de l'Office des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA), ces derniers jours ont vu des "obus de mortier et d'artillerie lourde pleuvoir sans distinction sur la ville, touchant des zones résidentielles et occasionnant un grand nombre de morts et de victimes dont on ne connaît pas encore le nombre exact".

Un soldat ougandais, qui faisait partie de la mission de maintien de paix de l'Union africaine (UA) en Somalie, AMISOM, a été tué dimanche, et cinq autres grièvement blessés. Les Etats de l'UA ont promis d'envoyer 8.000 soldats en Somalie; mais, à ce jour, seulement 1.500 soldats ougandais ont été déployés. Les troupes sont arrivées dans cette nation de la Corne de l'Afrique le mois dernier.

Le communiqué de l'OCHA a également souligné "qu'un hôpital recevant des malades et blessés aurait été touché le 30 mars, tuant une personne et blessant d'autres, tandis que d'autres centres de santé sont saturés de patients. Bloqués par les combats, plusieurs blessés n'ont pas pu avoir accès aux centres médicaux et sont restés sans soins dans les rues". Salad Jiimale, un habitant de Mogadiscio fait partie des personnes affectées par les combats. Sa maison a été touchée durant une attaque au mortier qui a tué un enfant, et blessé deux autres.

"Je les ai amenés à l'hôpital, mais ils ne pouvaient pas être admis à cause du manque d'espace. Ils étaient gardés et traités en dehors de l'hôpital avec une supervision minimale. Les médicaments et tout le soutien faisaient défaut et je ne savais quoi faire", a-t-il dit à IPS depuis la capitale somalienne.

La situation s'est détériorée au point que plusieurs sentent qu'ils ne peuvent rien faire d'autre que de fuir.

"Des milliers de gens fuient depuis que les combats intenses ont commencé. Des véhicules transportant ceux qui fuient quittent Mogadiscio; certaines personnes fuient à pieds et transportent leurs affaires sur la tête ou au dos, ou tirent des charrettes", a raconté un journaliste qui travaille pour une agence de presse étrangère à Mogadiscio.

"Quelques-uns ont pris des vols pour la Somaliland (nord-ouest de la Somalie). Aucun camp n'a été préparé par des agences (d'aide) pour les gens qui fuient; les quelques chanceux ont été hébergés dans des villes hors de Mogadiscio. Il y a des milliers qui vivent sous des arbres; une famille partage un arbre".

Selon l'OCHA, près de 100.000 personnes ont fui Mogadiscio depuis début-février. Et, "le nombre continue d'augmenter quotidiennement. Le manque d'accès à la ville et à ses environs, en raison des combats, a sérieusement empêché les partenaires humanitaires d'évaluer la réponse pour satisfaire les besoins énormes".

La Somalie est plongée dans un conflit depuis 1991, quand le dictateur Mohamed Siad Barre a été renversé. Les leaders de factions basées sur des clans ont combattu pour le contrôle du pays après son départ, découpant la Somalie en fiefs.

Plusieurs tentatives pour ramener l'ordre en Somalie ont échoué. Cependant, deux années de pourparlers au Kenya conduits, sous les auspices de l'Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD), ont débouché sur le gouvernement intérimaire, qui a été investi en 2004. Le soutien des forces éthiopiennes au gouvernement irrite plusieurs Somaliens, qui éprouvent une profonde méfiance vis-à-vis de cet Etat voisin. La Somalie et l'Ethiopie ont une histoire de différends.

Une rencontre du Groupe de contact international sur la Somalie, dans la capitale égyptienne, Le Caire, a décidé mardi d'apporter "un appui logistique et technique à l'UA et aux pays contributeurs de troupes pour faciliter le déploiement total de l'AMISOM en vue d'aboutir au retrait des troupes éthiopiennes en Somalie", entre autres.

Constitué en juin dernier, le groupe comprend des représentants de divers pays africains et européens, et des Etats-Unis — ainsi que ceux de l'ONU, l'UA, l'Union européenne, l'IGAD, et la Ligue des Etats arabes.