SANTE-AFRIQUE: Confrontée au SIDA, au paludisme en pleine fuite des cerveaux

JOHANNESBURG, 20 mars (IPS) – Comme s'ils n'avaient pas suffisamment affaire aux effets dévastateurs du VIH/SIDA et du paludisme, les pays africains doivent également lutter contre l'exode continuel d'agents de santé quittant le continent pour des cieux plus cléments.

Quelque 400 pasteurs anglicans venus des quatre coins du monde ont débattu de ces questions et de bien d'autres à une conférence d'une semaine (7-14 mars) intitulée "Témoignage prophétique, développement social et VIH/SIDA". L'église a organisé la conférence à Johannesburg pour examiner les progrès accomplis par l'Afrique en vue de la réalisation des Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) — des Nations Unies.

Rowan Williams, l'archevêque de Canterbury et chef d'une église forte de 77 millions d'âmes, y a également pris part. Des délégués ont exprimé des inquiétudes au sujet de la lenteur dans la réalisation des OMD. Ils recherchaient des voies et moyens pour l'Afrique d'atteindre les objectifs.

L'archevêque du Cap Njongonkulu Ndungane a déclaré à la conférence "qu'aujourd'hui, il y a 40 millions d'individus vivant avec le VIH/SIDA dans le monde entier. A peu près 25 millions de ces personnes vivent en Afrique subsaharienne. Et cette année, plus de trois millions seront infectées en Afrique". Il a été chargé de conduire la campagne VIH/SIDA de l'église.

"La tuberculose, qui si souvent profite des personnes vivant avec le SIDA, fera deux millions de morts — la grande majorité en Afrique. Le paludisme occasionnera plus d'un million de décès, 90 pour cent en Afrique, et la plupart de ces morts dans les rangs des enfants. Il y aura plus de 300 millions de cas graves de paludisme dans le monde entier cette année", a poursuivi Ndungane. "Et aujourd'hui en Afrique, nous entendons le cri de plus de 48 millions d'orphelins et le nombre augmente rapidement. Un quart est le résultat du VIH/SIDA", a-t-il souligné.

Visiblement, le mot "condom" a été à peine mentionné à la conférence. Le taux d'utilisation du condom est l'un des indicateurs de l'OMD-6 qui traite du VIH/SIDA et du paludisme. Seuls des communicateurs non-membres de l'église y ont vaguement fait allusion. Les hommes en soutane étaient apparemment réticents à parler du gadget qui sauve la vie. Plusieurs églises craignent que la promotion des condoms n'entraîne une plus grande promiscuité.

Nomusa Njoko, une chanteuse sud-africaine vivant avec le VIH, a déclaré à IPS "que l'église manque de compassion lorsqu'elle a affaire à des personnes vivant avec le VIH/SIDA. J'ai été renvoyée de l'église lorsqu'ils ont remarqué que j'étais porteuse du virus. Et tous mes amis m'ont abandonnée".

"Malheureusement, les pasteurs sont également devenus très difficiles d'accès. Il vous faut un rendez-vous pour voir votre pasteur local", a-t-elle indiqué.

Par rapport au paludisme, Peter McOdida de 'International Medical Corps' et président de l'organisation non gouvernementale (ONG) kényane 'Alliance contre le paludisme' a souligné à la conférence que c'est une question pressante qui continue d'être ignorée.

"Le paludisme est la première maladie meurtrière en Afrique. Toutes les 30 secondes, un enfant meurt de paludisme en Afrique. C'est la maladie des pauvres et des groupes les plus vulnérables. Mais elle ne reçoit pas autant d'attention parce qu'elle n'est pas directement infectieuse et est invisible", a-t-il dit.

La tuberculose et le VIH/SIDA sont plus visibles que le paludisme. "Le VIH/SIDA fait la une des journaux et domine les programmes de sensibilisation, mais le VIH/SIDA tue moins de gens que le paludisme en Afrique", a indiqué McOdida à la conférence. Ses affirmations sont confirmées dans un document publié par le Conseil des provinces anglicanes d'Afrique, qui affirme que le paludisme est l'une des principales causes de mortalité infantile en Afrique. "Chaque année, il y a environ 500 millions de nouvelles infections, qui occasionnent entre 700.000 et 2,7 millions de décès, la plupart d'entre eux parmi de jeunes enfants".

Selon le document, intitulé : "Plan stratégique intégré sur le VIH/SIDA, la tuberculose et le paludisme pour 2007-2011", les enfants âgés de moins de cinq ans représentent 82 pour cent de tous les décès dus au paludisme. Le paludisme est responsable d'un cinquième de tous les décès d'enfants en Afrique.

Par ailleurs, près de la moitié de toutes les demandes de traitement dans des cliniques et hôpitaux en Afrique sont pour le paludisme. Le paludisme a un effet néfaste sur les communautés africaines en réduisant le nombre de personnes capables de travailler effectivement.

A part les jeunes enfants, les femmes enceintes et les femmes indigentes ainsi que les communautés pauvres sont plus menacées et plus affectées par le paludisme, indique le document.

"Le paludisme coûte au continent 12 milliards de dollars US par an. Ceci absorbe une grande partie des taxes collectées en Afrique orientale et centrale chaque année et retarde les progrès en vue de la réalisation des OMD", a soutenu McOdida.

Réseaux pour la vie, une ONG internationale travaillant dans 16 pays africains, s'est lancée dans un programme ambitieux de distribution d'un million de moustiquaires imprégnées ainsi que la formation de 5.000 travailleurs dans le domaine du paludisme en Afrique.

Depuis le début de ses opérations en Afrique l'année dernière (2006), le groupe a distribué 19,8 pour cent des moustiquaires dans des pays comme l'Angola, le Kenya et le Burkina Faso, selon son directeur Afrique, Alexander Matondo.

Mais même des moustiquaires sont l'objet de légendes urbaines. Les participants à la conférence ont appris qu'au Kenya, on raconte que si vous dormez sous une moustiquaire imprégnée, vous ferez de terribles cauchemars. Les gens ont réagi à cela en vendant leurs moustiquaires.

A la conférence, un évêque de la Gambie a déploré le fait que le président de son pays, Yahya Jammeh, ait déclaré avoir le "pouvoir" de guérir le VIH/SIDA. Il est en train d'administrer des herbes aux personnes vivant avec le VIH/SIDA.

Seulement huit pays ont montré un engagement à arrêter et inverser l'incidence du VIH/SIDA et du paludisme d'ici à 2015 conformément aux OMD, a souligné Mamhla Mniki de 'African Monitor', une ONG créée par Ndungane pour suivre de près les OMD en Afrique. L'Afrique compte 53 pays.

Sept ans après l'adoption de la Déclaration du millénaire, seuls quelques pays africains devraient atteindre leurs OMD d'ici à la date fixée, 2015. D'après Mniki, seulement huit pays ont des chances de réduire de deux tiers leurs taux de mortalité des enfants âgés de moins de cinq ans d'ici à 2015. Seulement neuf pays pourraient réduire leur ratio de mortalité maternelle de trois quarts.

Et, par-dessus le marché, l'Afrique a été incapable de garder ses professionnels de la santé. En Zambie, à peu près seulement 50 des 600 médecins formés au cours des 40 dernières années restent aujourd'hui. D'ici à 2010, le Mozambique aura perdu 1.670 médecins et 3.900 infirmiers dans l'émigration. Le Zimbabwe a formé 1.200 médecins durant les années 1990, mais il reste seulement 360 dans le pays, selon un article paru dans l'édition janvier/février 2007 du journal universitaire "Foreign Affairs".