DEVELOPPEMENT: Trop d’attention de l’UE à l’Afrique centrale?

BRUXELLES, 19 mars (IPS) – Le Commissaire européen au développement, Louis Michel, accorde trop d’attention à l’Afrique centrale et ne respecte pas les règles d’attribution des aides du Fonds européen de développement (FED), estiment certaines organisations non gouvernementales (ONG).

Michel étudie actuellement la répartition des moyens encore disponibles pour la période 2000-2007. Des 400 millions d’euros (533 millions de dollars) déjà dégagés, un quart est allé à trois pays d’Afrique centrale : la République démocratique du Congo (RDC), le Rwanda et le Burundi, constatent plusieurs ONG. Elles estiment que le commissaire ne respecte pas les règles européennes selon lesquelles la priorité doit être donnée aux pays ayant fait preuve d’une bonne gestion de l’aide étrangère. “Il n’y a aucun rapport entre les pays qui gèrent convenablement cet argent et ceux qui reçoivent le plus”, déclare Rein Antonissen, représentant des ONG belges néerlandophones réunies sous la coupole de l’organisation 11.11.11. “Les procédures d’attribution ne sont pas transparentes. Certains pays, qui sont dans le collimateur de la Commission européenne (le bras exécutif de l’UE), reçoivent plus d’argent que d’autres”, explique Antonissen à IPS. Il dit qu'il ne remet pas en cause la nécessité d’accroître l’assistance à l’Afrique centrale, mais il plaide néanmoins pour davantage de transparence dans l’allocation des fonds. Créé en 1957, le FED est le principal instrument de coopération au développement entre l’Union européenne (UE) et ses anciennes colonies d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP). Pour la période allant de 2000 à 2007, il est doté de 13,5 milliards d’euros (18 milliards de dollars). Comme trois milliards d’euros (quatre milliards de dollars) mis à la disposition du fonds n’avaient pas été dépensés à la fin de 2005, une grande partie doit être encore allouée à certains pays. De 1999 à 2004, lorsqu’il était ministre des Affaires étrangères de la Belgique, Louis Michel avait déjà placé la région des Grands Lacs en tête de ses priorités. “La RDC est au cœur du continent africain, son potentiel de développement est énorme. Mais elle peut également très rapidement exporter la violence vers ses pays voisins”, rétorque son porte-parole Amadeu Altafaj. Il estime que l’Europe prend enfin ses responsabilités vis-à-vis d’un pays trop souvent ignoré par la communauté internationale. La guerre, qui a éclaté au Congo — une ancienne colonie belge — durant les années 1990, est supposée avoir tué environ quatre millions de personnes, faisant d’elle la plus meurtrière que le monde ait connue depuis les années 1940. Selon un document interne que IPS a pu consulter, 37 des 78 pays ACP témoignent d’une bonne gestion de l’aide au développement. Certains d’entre eux -– comme l’Ouganda, le Malawi, l’Angola, le Tchad, le Swaziland, le Botswana ou le Kenya –- n’ont toutefois pas encore bénéficié d’une nouvelle aide de la part du FED. Ils sont pourtant considérés comme faisant partie des pays ayant réalisé des performances. A plusieurs reprises, des membres du Parlement européen ont déploré le manque de transparence du Fonds européen de développement, dont ils ne peuvent pas examiner les comptes étant donné que ses moyens ne font pas partie du budget communautaire général. Certains parlementaires européens ont toutefois demandé à ce que 20 pour cent des montants alloués à l’aide au développement soient consacrés à l’éducation et à la santé.

Pour la période couvrant 2008-2013, ces deux secteurs devraient se voir attribuer chacun deux pour cent des 23 milliards d’euros (31 milliards de dollars) promis par les gouvernements des Etats membres au budget du fonds, indique Marta Monteso, représentante de l’ONG ActionAid. En 2000-2007, la part accordée à ces deux domaines atteignait encore quatre à cinq pour cent des moyens du FED, dit-t-elle. “La situation doit être analysée au cas par cas. Dans certains pays, l’éducation et la santé sont prioritaires, tandis que ce n’est peut-être pas le cas pour d’autres”, tempère Amadeu Altafaj. “En RDC, 165 millions d’euros (220 millions de dollars) ont été débloqués pour des actions à fort impact, dont nous voyons déjà les bénéfices en termes de démocratie, de santé ou d’accès à l’eau potable. Nous faisons notre maximum pour ne pas perdre un seul euro d’ici à fin 2007”, a-t-il ajouté.