JOHANNESBURG, 12 mars (IPS) – La Journée internationale de la femme, commémorée jeudi (8 mars), s'est focalisée cette année sur comment obliger des personnes responsables d'abus contre des femmes et des filles à rendre des comptes. C'est un thème pertinent pour l'Afrique du Sud, où les deux défis de la lutte contre la violence familiale et la fin de l'impunité sont en tête des priorités des groupes de femmes depuis des années.
"La violence conjugale est répandue en Afrique du Sud", a déclaré Sindiswa Ngcongco de l'Institut Nisaa pour le développement des femmes, une organisation non gouvernementale (ONG) basée dans la capitale économique, Johannesburg, qui se focalise sur la maltraitance des femmes et des enfants.
"Sur le plan culturel, cela a été perçu comme la manière dont un mari disciplinerait la femme. Mais ce n'est pas seulement confiné au mari et à l'épouse; cela s'étend aux membres de la famille".
Ngcongco a dit à IPS que son organisation traitait en moyenne de 15 affaires de violence familiale par jour.
"La victime vient à nous pour des conseils…Si elle accepte d'intenter une action judiciaire, le conseiller l'aide en écrivant une lettre à la police. Une date est fixée pour l'audience. Tout ceci vise à combattre la violence domestique et à mettre fin à l'impunité".
Celles qui reçoivent l'assistance de l'Institut Nisaa font partie des victimes d'abus les plus chanceuses. Plusieurs autres femmes n'ont pas accès à l'information sur la manière de traiter de la violence domestique.
"Dans des communautés (pauvres), c'est encore un grand problème. Il y a encore beaucoup plus à faire", a déclaré Vanessa Padayachee, spécialiste de programme à l'Institut national pour la prévention de la criminalité et la réintégration des délinquants, basé dans la ville côtière du Cap. "Nous nous occupons de plus de 30.000 victimes, dont plus de 60 pour cent sont (victimes) de violence conjugale, chaque année", a-t-elle indiqué dans un entretien avec IPS. Les cibles de ces abus ont souffert d'une série de mauvais traitements, allant de la maltraitance émotionnelle et psychologique, jusqu'à la maltraitance économique et physique.
Comme des conseillers à l'Institut Nisaa, Padayachee aide des femmes battues à porter plainte contre leurs agresseurs.
Certaines femmes déplorent le fait que la police traite de la violence conjugale comme une dispute familiale, a-t-elle dit, ajoutant : "Ce n'est pas une tendance généralisée en Afrique du Sud. Mais cela ne veut pas dire que la violence conjugale a été éradiquée".
"Plusieurs policiers ont changé leurs mentalités sur des questions liées à la violence conjugale. Certains ne l'ont pas fait. Le défi est en train de changer la mentalité de la société".
L'élément clé, a noté Ngcongco, était que celles qui sont victimes d'abus continuent à se présenter. "La violence conjugale traite plus de l'attitude et des comportements. C'est quelque chose qui se passe à huis clos. Si les victimes ne se montrent pas, personne ne saura".
Dans un effort d'accroître la prise de conscience sur la violence domestique, l'Institut Nisaa organise en moyenne trois sessions de formation par mois. "Dans nombre de cas, les femmes nous demandent de venir à elles", a-t-elle souligné. "Parfois, nous organisons la formation ensemble avec la police".
Des inquiétudes au sujet des abus surviennent sur fond de profond malaise sur la criminalité en général, en Afrique du Sud.
Des statistiques de police de l'année dernière montrent que 54.926 viols — environ 151 par jour — avaient été commis en 2005/2006. Durant la même période, quelque 18.528 meurtres ont eu lieu. Les chiffres sur les violences sexuelles avec l'intention d'infliger un préjudice corporel grave s'élevaient à 226.942.
Toutefois, ces statistiques sont contestées dans certains cas.
L'année dernière, une ONG basée au Cap a écrit une lettre ouverte au président Thabo Mbeki pour mettre en doute l'exactitude des statistiques sur le viol : "…Nous craignons que les chiffres (officiels) cités ne soient probablement trop bas vu la définition extrêmement étroite du viol", a-t-elle souligné. Au milieu d'une pression publique croissante en faveur d'une action plus concertée contre la criminalité, le ministre des Finances, Trevor Manuel, a alloué une somme supplémentaire d'environ 334 millions de dollars dans le budget de cette année pour accroître l'effectif de la police et investir dans la technologie et l'équipement de médecine légale.
Manuel a également donné au ministère de la Justice quelque 209 millions de dollars de fonds additionnels pour les trois prochaines années "pour améliorer la capacité des tribunaux, réduire les retards dans le traitement des affaires et moderniser l'administration de la justice". "Notre gouvernement reconnaît la gravité de la criminalité et continuera à prendre les devants dans la lutte contre le crime", a-t-il noté.
"Mais, une lutte efficace contre la criminalité dépend des partenariats entre nos agences chargées de l'application de la loi et les communautés. A travers des forums de la police communautaire, tous les citoyens ont l'opportunité d'aider à rendre plus sûres leurs communautés. Ce faisant, chaque individu peut contribuer à la construction d'une société où la vie humaine a une valeur égale".

