OUAGADOUGOU, 13 mars (IPS) – Assis devant son impressionnante production de patate douce, igname, chou, concombre, carotte et tomate, Amadou Diallo savoure son succès qu'il attribue à la proximité de ses terres avec une retenue d'eau. Au Burkina Faso, le succès d'une exploitation agricole commence d'abord par la maîtrise de l'eau.
Diallo exploite, avec d'autres producteurs, une terre de six hectares à Dori, localité située au nord du pays, à 260 km de Ouagadougou, la capitale. Le secret de leur succès, dit-il, est une retenue d'eau qu'ils ont fait construire à proximité de leurs terres.
“Grâce à la proximité de ce point d'eau, nous faisons un chiffre d'affaires de cinq à six millions de francs CFA par an (10 à 12.000 dollars). Mais nous aurions pu produire beaucoup plus si nous avions plusieurs réservoirs d'eau car nous avons des terres disponibles, des hommes aussi”, confie Diallo.
Selon Issa Martin Bikienga, secrétaire général du Comité permanent inter-Etats de lutte contre la sécheresse dans le Sahel (CILSS), le Burkina Faso a, depuis toujours, mené une politique de grands barrages et, plus récemment, de petites irrigations villageoises.
Dans ce pays sahélien de l'Afrique de l'Ouest, on dénombre plus de 1.500 bassins de rétention d'eau, indique Bikienga.
La réalisation des petites irrigations villageoises est devenue une politique nationale grâce à la création, en 1998, d'une direction chargée de la petite irrigation, au ministère de l'Agriculture.
Grâce à l'encadrement de cette direction, qui fournit du matériel subventionné aux paysans et les aide à réaliser les retenues d'eau, beaucoup de paysans burkinabé font aujourd'hui deux récoltes par an en dépit de l'unique saison pluvieuse que connaît le pays.
Parallèlement à la politique de petites irrigations villageoises, le gouvernement burkinabé développe également une politique des grands barrages hydro-électriques pour venir en appui à l'irrigation villageoise.
Dans cette optique, il a inauguré, en février 2007, le plus grand barrage du Sahel, à Yakouta, au nord du pays. Il est qualifié de “miracle du Sahel” par les populations.
D'un coût de plus huit millions de dollars — financé par Taiwan — le barrage de Yakouta est d'une longueur de 21 kilomètres, avec une capacité de stockage de 26,5 millions de mètres cubes d'eau sur une superficie de 1.600 hectares.
Les neuf pays du CILSS (Cap vert, Burkina Faso, Tchad, Gambie, Guinée Bissau, Mali, Mauritanie, Niger et Sénégal) ne comptent que 20 grands barrages sur les 110 recensés dans les 16 pays de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l'Ouest, selon le CILSS.
En raison de sa grande capacité de retenue d’eau, le barrage de Yakouta contribuera à l’irrigation des terres agricoles de la région et aidera à la croissance d’une végétation indispensable à la lutte contre la désertification.
Il sera d’autant plus utile qu’il est implanté dans une région, la région du Sahel, qui se trouve être la moins arrosée de toutes les régions du Burkina. Elle recueille moins de 300 millimètres d’eau par an.
“Nous faisons tout notre possible pour développer la politique des retenues d’eau dans notre région afin de pouvoir faire des cultures en toute saison, surtout en l’absence de pluie”, confie Bila Dipama, gouverneur de la région du Sahel.
Cette région fait 36.166 kilomètres carrés et représente 13,2 pour cent du territoire burkinabé. Sa population est estimée à 900.000 habitants.
Déjà, le ministère de l’Agriculture du Burkina fait des prévisions de rendement bien supérieures à la moyenne. Pour les 20 hectares de cultures en expérimentation, le ministère prévoit un rendement de 20 tonnes à l’hectare, ce qui est plutôt exceptionnel pour une zone sahélienne.
Le résultat de toutes ces actions de conquête de l’eau entreprises depuis plusieurs années au Burkina Faso, selon Bikienga, est qu’”il existe aujourd’hui des îlots de forêts dans le Sahel”, c’est-à-dire des zones suffisamment reboisées pour s’apparenter à des zones de forêt.
Bikienga appelle les pays du Sahel à constituer un front pour freiner l’avancée du désert “car c’est par eux que le désert progresse jusqu’à atteindre les pays du sud”.
Il conseille aux autres pays sahéliens confrontés à des problèmes d’eau de s’inspirer de l’exemple burkinabé en matière de maîtrise de l’eau.
Alain Edouard Traoré, secrétaire permanent du Conseil national de l’environnement et du développement durable, cite en exemple Israël qui est parvenue à exploiter utilement ses surfaces désertiques. “C’est un exemple dont l’Afrique doit s’inspirer dans sa lutte contre le désert”, estime-t-il.
Il cite également l’Algérie qui compte aujourd’hui des sites totalement reverdis bien que situés au cœur du désert.
“Il faut que l’Afrique sorte de la logique du reboisement défensif, qui vise à empêcher le désert d’avancer, pour entrer dans une logique offensive, qui vise plutôt à créer des forêts dans le désert”, conseille Traoré.

