SANTE-NIGER: Intensifier la lutte contre la dracunculose qui résiste

NIAMEY, 8 mars (IPS) – Le Niger a décidé d'intensifier la lutte pour arrêter, d'ici à la fin 2007, la transmission de la dracunculose (ver de Guinée), qui sévit encore dans certaines zones du pays, avec l'appui de certains partenaires au développement.

Parmi ces partenaires, figurent notamment le Centre Carter de l'ancien président américain Jimmy Carter — une représentation de la Fondation Carter basée à Niamey, la capitale nigérienne — ainsi que les bureaux du Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF) et de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) dans ce pays d'Afrique de l'ouest. Selon des spécialistes, cette maladie invalidante constitue un véritable problème de santé publique en milieu rural, où certaines populations boivent encore l'eau des mares pendant l'hivernage, faute de points d'eau potable. “La dracunculose est une infection débilitante et douloureuse causée par un ver, le 'Dracunculus medinensis', qui se contracte dans l'eau de mare souillée”, explique à IPS, Ousmane Boulama, coordonnateur adjoint du Programme national de lutte contre la dracunculose. “L'infection commence par la formation d'une vésicule, généralement sur la jambe, qui provoque des démangeaisons, de la fièvre, des gonflements et des sensations de brûlure au moment de l'irruption”. Les personnes touchées essaient de calmer la douleur en plongeant la partie infectée dans une source d'eau comme les mares et les puits peu profonds, stimulant ainsi le ver à sortir et à libérer des milliers de larves dans l'eau. Ces larves sont avalées par une puce d'eau (un cyclope), et se développent, devenant infectieuses.

“Lorsqu'une personne boit cette eau, le cyclope se dissout dans l'estomac, la larve s'active et pénètre la paroi intestinale où elle se développe et migre à travers les tissus sous-cutanés. Après un an environ, une vésicule se forme et le ver, qui mesure un mètre de long à sa maturité, essaie de sortir”, ajoute Boulama.

Natif de Namaro, un village de la région de Tillabéri, dans l’ouest du Niger, où quatre cas ont été recensés en 2006, Alhado Boubé, un malade guéri, témoigne à IPS : “C'est une terrible maladie qui vous empêche non seulement de travailler, mais surtout de fermer l'œil la nuit. Quand elle m'a terrassé en 2005, ma famille et moi étions devenus des assistés; je n'ai pas pu travailler pour assurer notre nourriture”. Mais, le Niger s'est engagé à éradiquer le ver de Guinée, mettant en place un Programme national de lutte contre la maladie qui a démarré ses activités depuis 1993.

Au début, cinq régions du pays notamment Tillabéri (ouest), Zinder (est), Tahoua (nord-est), Maradi (centre) et Dosso (sud), étaient endémiques. Mais, il ne reste plus que Tillabéri où la transmission se poursuit encore, avec 114 cas au total décelés en 2006 contre 183 cas en 2005, selon les statistiques du programme national de lutte, qui dépend du ministère de la Santé. “Nous avons mis en œuvre plusieurs plans d'action, qui ont permis de réduire le nombre des cas de 33.000 en 1993 à 183 cas en 2005, soit une réduction de 99 pour cent”, déclare à IPS, Dr Habi Gado, au bureau de l'OMS, à Niamey. “Nous avons décidé d'arrêter la transmission dans cette région d'ici à la fin 2007, à travers la sensibilisation des populations, la surveillance épidémiologique, l'archivage dans les zones nomades et celles entièrement blanchies, la distribution de filtres (à eau), la construction de points d'eau moderne…”, souligne Gado.

“Du début de nos activités à aujourd'hui, plusieurs dizaines de points d'eau modernes ont été construits dans les zones endémiques, grâce à l'appui de l'UNICEF, du Centre Carter, de Health Development International”, ajoute Boulama, chiffrant à 120.000 le nombre de filtres à eau distribués, en 2006, à Tillabéri. Selon Boulama, les villageois ne s’accommodent pas rapidement au filtre. Mais ceux qui ont déjà vu des cas de ver de Guinée l’utilisent couramment de crainte de contracter la maladie. “Cette année, nous allons poursuivre la vulgarisation des filtres, la surveillance épidémiologique, la sensibilisation, le traitement des mares au moyen de produits anti-bactériologiques, l'isolement des cas et l'approvisionnement des populations en eau potable”, affirme Gado.

Outre ces actions qui sont mises en œuvre par des agents communautaires, des animateurs et le personnel sanitaire des localités endémiques, il est également prévu le renforcement du système de récompense et la prise en charge médicale des cas identifiés.

“Le système de récompense que nous avons institué depuis 2005 consiste à donner 5.000 francs CFA (environ 10 dollars) à quiconque nous signale un cas de ver de Guinée. Outre le déclarant, le malade qui s'engage à ne plus rentrer dans l'eau de mare et l'agent communautaire bénéficient aussi, chacun, des 5.000 FCFA”, indique Boulama. Selon lui, ce système incitatif vise à amener les populations à s'impliquer davantage dans la lutte contre cette maladie aux conséquences sociales, économiques et sanitaires dramatiques.

“La guérison des ulcères peut prendre plusieurs semaines, si le malade n'a pas accès aux soins médicaux. Elle peut aussi être compliquée par une infection bactérienne, des raideurs articulaires, de l'arthrite et même des contractures des membres débilitantes et permanentes”, explique à IPS, Dr Balkissa Mahamadou, un médecin basé à Niamey.

Pour Mohamed Ousmane, un conseiller communal de Tillabéri, cette maladie est dangereuse parce qu'elle rend inaptes au travail les bras valides au plus fort moment des travaux agricoles. “Un chef de famille malade ne peut pas travailler la terre, il faut que la communauté lui vienne au secours sur le plan alimentaire. Et quand la victime est un élève, c'est sa scolarité qui est compromise”, dit-il à IPS.

“Ce qui complique notre tâche, c'est l'analphabétisme des populations. Elles mettent souvent du temps à accepter les conseils que nous leur prodiguons”, confie Harou Garba, un animateur communautaire interrogé à Namaro par IPS.

En dépit de cette situation, Gado, qui chiffre le montant injecté annuellement par l'OMS dans la lutte au Niger à environ 10.000 dollars, estime que le pays est sur la bonne voie. “Mais comme dans toute maladie, les derniers cas sont les plus difficiles à vaincre”, prévient-il. Selon Boulama, la lutte contre le ver de Guinée au Niger a coûté en 2006 environ 400.000 dollars mobilisés à hauteur de 65 pour cent par le Centre Carter. L’UNICEF intervient principalement dans la réalisation de points d’eau potable pour un coût estimés à plusieurs milliers de dollars.

Répandue dans de nombreux pays d'Afrique et d'Asie au début du 20ème siècle, la dracunculose ne circule plus aujourd'hui que dans 13 pays africains : Soudan, Nigeria, Ghana, Burkina Faso, Niger, Togo, Côte d'Ivoire, Mali, Bénin, Mauritanie, Tchad, Ethiopie, et Ouganda, selon l'OMS.