BONDOUKOU, Est de la Côte d’Ivoire, 28 fév (IPS) – Assis dans son champ, le regard figé, les yeux en larmes, Dua Kouadio pleure sur les cendres de ses trois hectares d’anacardes. Toute sa production d’anacardes de l’année vient d’être consumée par un feu de brousse allumé par un inconnu.
‘’C’est la seconde fois que cela m’arrive. L’année dernière déjà, des individus avait fait un feu qui a emporté mes ignames’’, raconte-il à IPS dans le champ d’anacardes fraîchement consumé par les flammes.
Kouadio, comme de nombreux habitants de la sous-préfecture de Bondoukou, est confronté chaque année aux affres des feux de brousse. Cette sous-préfecture est considérée par les agents des Eaux et forêts comme étant la plus ravagée par les feux de brousse.
‘’Il n’y a pas d’année où des cas de feux de brousse ne sont enregistrés dans cette partie du pays en dépit des menaces et des sensibilisations’’, indique à IPS le capitaine Madeleine Zio, chef du cantonnement des Eaux et forêts de Bondoukou.
Entre 1999 et 2006, 3.370 hectares de culture et 337 cases ont été emportées par les flammes, avec un bilan humain de 17 personnes tuées dans le seul département de Bondoukou, indique le Capitaine Zio.
Mais, ‘’Les feux de brousse ne sont pas une pratique exclusive à une partie du pays’’, affirme le Pr. Joseph Séka du ministère ivoirien de l’Environnement.
Selon les statistiques disponibles à ce jour, ce ministère a enregistré, entre 1983 et 2002, plus de 110.000 hectares de forêts détruits – dont 33.000 hectares de café et cacao – plus de 246 villages et campements partis en fumée et 122 pertes en vies humaines, rapporte Séka.
‘’A l’heure actuelle, c’est la saison des chasses dans ma préfecture, et ce sont des dizaines d’hectares de terre en jachère et de cultures qui brûlent chaque jour rien qu’à cause de la chasse’’, confie à IPS Djézou Konan, sous-préfet de la région voisine de Sorobango, toujours dans l’Est du pays.
Ce qui se passe en réalité est que l’utilisation du feu par les populations est une pratique traditionnelle pour préparer les terres agricoles, la chasse et les pâturages, explique le Pr. Séka. Les populations mettent donc volontairement le feu à la brousse, puis elles n’arrivent pas à en contrôler les limites, indique-t-il.
‘’Il est temps de sensibiliser nos populations des risques encourus car, la répression à notre avis, ne semble pas être la solution la plus efficace’’, soutient Séka.
Des comités de lutte contre les feux de brousse ont ainsi été créés dans les villages en vue de prévenir les départs d’incendies, de limiter leur extension et de rendre plus efficace la lutte.
Pourtant, les comités de lutte contre les feux de brousse sont devenus faibles et inefficaces parce que les victimes des feux de brousse refusent que les auteurs des feux soient sanctionnés.
‘’En fait nous nous retrouvons souvent dans des situations où, à chaque arrestation, nous avons l’intervention des parents et familles du mis en cause. Avec les supplications, nous sommes parfois obligés de libérer l’accusé, même si c’est un récidiviste notoire’’, lâche le capitaine Zio.
Selon le Pr. Séka, le risque de voir s’embraser toutes les forêts du pays est réel et il faudra agir vite comme le recommande également le Comité national de défense de la forêt contre les feux de brousse, une structure du ministère ivoirien de l’Environnement.
‘’Hier, c’était le Nord du pays, aujourd’hui, c’est le Centre et l’Est. Demain, nul doute que ce sera le Sud et nous n’aurons bientôt plus un seul hectare de forêt’’, alerte le Comité.
Ce comité, créé pour faire face aux dégâts occasionnés par les multiples incendies, a entrepris des actions de sensibilisation en vue de faire changer de comportement aux populations rurales et développer des mesures préventives.
Selon le Comité de défense des forêts, les forêts ivoiriennes qui faisaient neuf millions d’hectares en 1965, étaient réduites à trois millions d’hectares en 1991, puis à 2,5 millions d’hectares en 2006.
Le long de la route entre Bondoukou et Tanda, située à une quarantaine de kilomètres plus au nord, la végétation est presque inexistante. Les arbres, s’ils existent sont rabougris, lessivés par le feu. Les forêts d’autrefois ont laissé place à la savane.
Cette situation est imputable à l’agriculture extensive basée sur la technique des cultures itinérantes sur brûlis, la surexploitation de la forêt en bois d’œuvre et bois d’énergie et les feux de brousse, explique à IPS, Mélaire Bohui Kouassi de l’organisation non gouvernementale Ma forêt, basée à Bingerville, à 20 kilomètres d’Abidjan, dans le Sud du pays.
‘’Si nous voulons préserver ce qui reste et parvenir à retrouver ce qui était, nous devons penser au reboisement. La répression, ni tout autre chose, n’est pas la solution au problème’’, estime Bohui Kouassi.

