DROITS-CONGO-BRAZZAVILLE: Un début de solution pour les enfants de la rue?

BRAZZAVILLE, 26 fév (IPS) – Bamanandoki Pitchou, 16 ans, est un enfant vivant à Kinsoundi, un quartier au sud de Brazzaville, la capitale congolaise, n'a pas encore fini son apprentissage de coiffeur, mais il a déjà un petit atelier de coiffure. Après sa formation, le matin, il s'occupe de ses clients l'après-midi.

“Il a totalement changé en un peu de temps, ce n'est plus cet enfant de la rue qu'on a récupéré il y a quelques mois avec des habits en lambeaux. Il se prend en charge et s'occupe de sa famille”, témoigne à IPS, Jean Didier Kibinda, chef du Projet de réintégration familiale des enfants de la rue. Gildas Okoungou, 19 ans, était, lui aussi, un enfant de la rue. Son passage au centre privé Espace Jarot de Brazzaville, qui récupère aussi des enfants de la rue, lui a rendu sa dignité. Avec l'appui financier du Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF) et de Don Bosco, une organisation d'action sociale catholique, Okoungou a ouvert son atelier de fabrication de chaussures avec des tissus jeans ou de sacs usés au marché Total, l'un des plus grands de Brazzaville. “Avant que les sœurs catholiques ne me récupèrent, je dormais sous le pont centenaire de Brazzaville. Je vivais de la mendicité, de quelques travaux, et parfois de vol. Aujourd'hui, je gagne environ 10 dollars par jour et je suis non seulement capable d'aider ma grand-mère, mais aussi certains enfants de la rue qui viennent mendier chez moi”, affirme Okoungou à IPS. Il est orphelin de père et de mère, tués pendant la guerre civile de 1997-1999, et élevé par sa grand-mère qui n'a pu assurer son éducation, faute de moyens financiers, explique-t-il. Officiellement, on compte plus de 3.000 enfants qui errent dans les rues des grands centres urbains comme Brazzaville, Pointe-Noire, une ville portuaire dans le sud du pays, et Dolisie, dans le sud-ouest. Interrogé par IPS, le directeur général de l'Action sociale, Florent Niama, indique que “chaque jour, la rue recrutait des enfants. La seule enquête menée il y a trois ans les estimait à 1.900. Aujourd'hui…, nous les estimons à 3.000 sinon plus, puisque le phénomène est croissant dans les villes”.

Selon Niama, qui est également coordonnateur de tous les programmes d'insertion, plusieurs enfants de la rue passés dans les centres d'accueil ont réussi. “Ils sont nombreux, et nous avons beaucoup de témoignages. Il y en a qui deviennent des taximen, des pâtissiers, des couturiers”. “Avec le soutien de l'UNESCO, nous avons, par exemple, soutenu 12 enfants qui ont tous aujourd'hui un métier sous les bras”, dit-il, ajoutant que le projet en cours devra avoir un nombre de professionnels plus important en formation — vingtaine qui sortira des ateliers en groupe l'année prochaine. L'histoire de chaque enfant est autant différente que les raisons qui les poussent dans la rue. “La raison fréquente, c'est que la plupart des enfants de la rue sont issus de couples divorcés, et puis les orphelins de guerre et de SIDA qui frappe sérieusement notre pays”, explique Kibinda à IPS. Le gouvernement a initié depuis 2004 deux programmes pour contenir le phénomène. Le Centre d'insertion et de réinsertion des enfants vulnérables (CIREV) accueille les enfants de la rue en leur proposant une prise en charge alimentaire, scolaire et professionnelle. “Actuellement, nous nous occupons de 84 enfants que nous avons récupérés dans la rue. Parmi eux, 32 externes qui vivent chez leurs parents, mais nous continuons à faire la prise en charge scolaire et professionnelle. S'ils ne passent pas au centre à midi, la nourriture les suivra à la maison le soir”, déclare à IPS, Martin Malanda, chef adjoint du CIREV. “En dehors des enfants que nous insérons ou réinsérons à l'école, nous en avons une vingtaine inscrits dans des ateliers d'apprentissage de petits métiers. Il y a, par exemple, six en maroquinerie, quatre en couture, quatre en pâtisserie”, affirme Malanda. “Il faut dire que ces enfants ayant moins de 18 ans ne peuvent aller travailler aussitôt, la loi nous l'interdit. Nous prolongeons alors jusqu'à trois ans la durée de leur formation”. Le CIREV ne reçoit que des garçons. Leur âge varie entre huit et 17 ans. Le centre a commencé avec un financement de l'UNESCO (Organisation des Nations Unies pour l'éducation, la science et la culture) d'environ 6.000 dollars en 2004. “Aujourd'hui, nous avons un budget de 84.000 dollars (2006). Mais, il faut dire que les mécanismes de décaissement de cet argent sont tellement difficiles que nous n'accédons pas à tous les fonds. Il y a comme un manque d'intérêt de la part des autorités”, indique Malanda. “S'il faut doubler le nombre d'enfants à réintégrer cette année, il faut aussi doubler l'enveloppe. C'est malheureusement le grand problème que nous avons. A côté des 135.000 dollars que nous avons reçus (en 2006) de notre bailleur (l'UNICEF), l'Etat n'a donné que 40.000 dollars”, souligne Niama à IPS. “C'est très en-deçà de ce que nous attendions. Nous sommes en train de frapper à d'autres portes pour voir comment nous allons mener correctement cette activité”. De son côté, le Projet de réintégration familiale des enfants de la rue a été lancé par le gouvernement en août 2005, grâce au même financement de l'UNICEF. “Notre but, c'est d'aller chercher les enfants dans leur 'ngunda' (refuge) pour les remettre à leurs parents, même celui (le parent) du 8ème degré, pourvu qu'il accepte de reprendre l'enfant”, explique Kibinda. “En phase pilote, nous avons réinséré 60 enfants dont 40 à Brazzaville et 20 à Pointe-Noire où nous avons un centre Caritas (une organisation humanitaire) qui assure le relais”. Toutefois, par manque de moyens pour le suivi, onze des enfants réintégrés sont repartis dans la rue. Avec l'arrivée des 40.000 dollars en 2006, quelque 40 autres enfants ont rejoint leurs familles. Parmi eux, certains vont à l'école et d'autres apprennent un métier dans des ateliers et garages de la ville qui passent des contrats avec le projet. “Pour les familles qui reçoivent les enfants de la rue réintégrés, nous leur apportons un appui financier (annuel) pour créer une activité génératrice de revenus afin d'être capables de soutenir le nouveau venu. Nous savons que les enfants dans la rue, c'est un signe de pauvreté”, souligne Kibinda. Le centre Espace Jarot de Brazzaville appuie également l'action du gouvernement dans la prise en charge des enfants de la rue. Les autorités ont appuyé ce centre dans le renforcement des capacités économiques de 60 familles ayant accueilli des enfants. “L'année dernière, nous avons travaillé avec un budget de 40.000 dollars. En 2007, nous projetons de passer à la phase d'échelle en réintégrant peut-être 400 enfants”, déclare Kibinda. “Le phénomène des enfants de la rue est important et fait la honte de notre pays considéré comme très riche à l'extérieur par rapport à son pétrole. Nous n'allons peut-être pas éradiquer ce phénomène, mais essayons de le réduire”.