ENVIRONNEMENT-SENEGAL: Feux de brousse trop fréquents, forêts en fumée

COTONOU, 13 fév (IPS) – Le Sénégal connaît chaque année, autour des mois de janvier et février, un pic des feux de brousse qui ravagent des centaines de milliers d'hectares de terres propices à l'agriculture. Ceux de 2006 ont détruit plus de 400.000 hectares de terres, d'où le cri d'alarme du Centre de suivi écologique (CSE).

Dans son rapport 2006 intitulé "Suivi des feux de brousse au Sénégal", le CSE indiquait que pendant chaque saison sèche, "les incendies ravagent une grande partie des écosystèmes sénégalais. La saison des feux s'étend en général d'octobre à mai. La répartition temporelle et spatiale des foyers n'est pas homogène et varie d'une année à une autre". L'essentiel des feux se propage dans les parties sud et sud-est du pays, notamment les régions de Tambacounda, Kolda, Ziguinchor, Louga et Matam. En revanche, il y a moins d'incendies dans la partie nord du Sénégal, en raison, entre autres, des mesures prises par les autorités en matière de sensibilisation et de mise en place des moyens humains et matériels. Cette mobilisation a permis de stopper la recrudescence des feux enregistrés au début de la saison où d'importantes superficies avaient brûlé. Par ailleurs, on note une quasi-absence des feux dans la frange ouest de ce pays d’Afrique de l’ouest. Cette absence s'expliquerait par deux facteurs : la localisation dans cette partie des grands centres urbains et la concentration des espaces agricoles. Le centre du pays, qui correspond au bassin arachidier, est faiblement atteint. Dans le bassin arachidier, zone fortement agricole, les feux sont de faible ampleur. Cette situation peut s'expliquer par l'importance des surfaces emblavées d'une part, et d'autre part par l'utilisation de résidus de récoltes comme fourrage, ce qui réduit ainsi les matériaux combustibles. "Il apparaît ainsi que les feux de brousse revêtent un caractère rural et affectent plus de la moitié du territoire national", souligne le CSE. Au total, la saison 2005-2006 des feux a été exceptionnelle avec de grands foyers à travers tout le pays. Les superficies brûlées dans le département de Linguère, dans le sud du pays, représentaient neuf pour cent de son étendue et 41 pour cent du total brûlé au plan national. Plus de neuf pour cent de la superficie du département de Bakel sont touchés par les feux de brousse où de nombreux cas de feux à superficies réduites ont également été enregistrés. Les incendies sont favorisés en partie par les quantités élevées de biomasse enregistrées dans ces zones suite à une saison de bonne pluviométrie, indique le CSE. En effet, dans les zones de grand incendie, la quantité de biomasse mesurée à l'hectare dépasse les six tonnes par endroits tandis qu'au nord, elle avoisine la tonne et demie dans des endroits où d'habitude, elle ne dépassait guère les 300 kilogrammes à l'hectare. Cette situation peut également s'expliquer par les mises à feu précoces le long des axes routiers et ferroviaires et aux alentours des villages dans la région de Tambacounda par le service des eaux et forêts et les parcs nationaux. En effet, les feux précoces, réalisés dans les règles, constituent un moyen de prévention des feux tardifs pour les forestiers. Malheureusement, le respect par les populations des meilleures conditions de leur mise en œuvre, laisse parfois à désirer et par conséquent, ces feux, qui étaient perçus comme moyen de limitation des dégâts, deviennent souvent de véritables incendies. D'autre part, la densité de la végétation dans la partie sud du territoire peut expliquer la fréquence et le caractère violent des incendies qui surviennent parfois lors des préparations agricoles. Ces dernières consistent à défricher les parties périphériques des forêts riveraines des terroirs villageois. Au cours de ces opérations, les populations mettent le feu pour la conquête de nouvelles terres en procédant à la reconversion d'une partie de la forêt en terres de cultures. Elles évitent ainsi des travaux laborieux de défrichement et ces actes restent souvent incontrôlés. Selon Papa Mawade Wade, un spécialiste des questions de désertification, depuis la grande sécheresse des années 1970 qui a frappé toute l'Afrique de l'ouest, le Sénégal perd chaque année, de façon irrémédiable, 80.000 hectares de son couvert forestier, et connaît par la même occasion une baisse de rendements de 25 pour cent de ses sols. C'est une raison supplémentaire pour laquelle ces feux de brousse sont une menace pour le pays d'autant plus que "depuis son indépendance en 1960, les superficies totales réservées au secteur agricole sont restées inchangées dans la mesure où les nouvelles terres de production ne font que remplacer celles qui sont perdues à cause de la baisse de fertilité des sols", indique l'agronome Mansour Fall. Fall précise que seuls 19 pour cent de la surface arable du Sénégal se prêtent à l'agriculture. Si en plus, les feux de brousse devraient encore chaque année réduire cette superficie, il en résulterait un gros déficit pour l'agriculture du pays. Afin de limiter ce phénomène qui ravage chaque année les forêts sénégalaises, le CSE recommande, pour les prochaines campagnes, l'identification des zones à haute production de biomasse avant la fin de la saison des pluies, la mobilisation des moyens humains et matériels dès le mois de septembre. Le CSE recommande également la création et l'équipement des comités de lutte dans les zones névralgiques, l'incitation des populations à la mise en place et au nettoyage des pare-feux à la fin du mois de septembre et l'encouragement de la mise à feu précoce dans les zones où cette pratique est bien adaptée. Le Sénégal a adopté son Programme d'action national de lutte contre la désertification (PANLCD) en octobre 1998. "Les pertes annuelles de surfaces forestières dues aux feux de brousse sont estimées à 350.000 hectares de forêts", selon le PANLCD.