PORT LOUIS, 29 jan (IPS) – La réalisation du 8ème Objectif du millénaire pour le développement, qui vise à instaurer un partenariat global pour le développement dans une économie de plus en plus mondialisée, pose des difficultés d'envergure aux pays insulaires comme Maurice.
“Comment ouvrir le marché? A quel rythme? Quelles mesures un gouvernement peut-il prendre pour aider les entreprises locales à restructurer?”, se demande Amedée Darga, un consultant mauricien en commerce.
“La mondialisation engloutit les petits poissons”, estime Indur Fagoonee, le président de l'Université de l'Ile Maurice, lorsqu'il aborde les efforts entrepris par les pays insulaires en développement pour s'adapter à la frénésie du marché mondial.
Pour certains, le dépassement des frontières nationales, l'intégration de systèmes de production, la finance, le capital ou la libéralisation des marchés ont permis d'accroître les richesses et d'accélérer la croissance. Mais les petits Etats insulaires comme Maurice demeurent confrontés à de nombreux défis.
Fagoonee parle notamment du “cercle effrayant” de la mondialisation. Il l'illustre par les pressions exercées par les pays industrialisés sur les pays en développement au sein de l'Organisation mondiale du commerce (OMC). Non seulement les pays riches poussent les pays pauvres à ouvrir leurs marchés aux entreprises étrangères, mais ils exigent en plus qu'elles soient traitées à la même enseigne que les entreprises locales, indique Fagoonee.
L'économie mauricienne veut attirer les investissements étrangers. En septembre 2006, le gouvernement a décidé de libéraliser davantage l'économie de l'île. Or, le manque de ressources naturelles et les spécificités géographiques de Maurice rendent les choses difficiles. Les défis à relever se sont amplifiés depuis la fin de l'Accord multifibre qui permettait un accès privilégié des confections mauriciennes sur les marchés européen et américain. Depuis deux ans, date du démantèlement de cet accord, l'île — qui était devenue l'un des plus gros exportateurs de pull-overs — ne peut plus rivaliser avec des pays comme la Chine, l'Inde ou le Bangladesh.
La réforme du régime sucrier mise en place par l'Union européenne — qui a diminué de 36 pour cent le prix du sucre — a également contribué aux difficultés auxquelles Maurice doit faire face aujourd'hui. “Ces développements représentent un triple choc pour l'économie mauricienne”, explique le ministre des Affaires étrangères et du Commerce extérieur, Madan Dulloo. “Tant le sucre que le textile sont des piliers de notre économie. Nous dépendons de ces industries pour la création d'emplois et pour les revenus générés par les échanges avec l'étranger”, a-t-il souligné. Pour faire face à ces bouleversements, le gouvernement a mis en place un programme de réformes économiques destiné à restructurer les industries textiles et sucrières et à développer les produits issus de la mer. Les autorités encouragent également les secteurs liés aux technologies de l'information et des télécommunications. La date butoir pour la mise en œuvre de ces réformes est 2015.
Afin de remédier au taux de chômage, le gouvernement incite également la population, en particulier les jeunes, à créer des petites et moyennes entreprises (PME) dans le secteur agricole. Il offre par exemple conseils et subventions aux cultivateurs de fruits et légumes qui destinent leur production tant au marché local qu'international. Près de 6.000 PME ont été lancées au cours du second trimestre 2006.
Malgré ces efforts, le gouvernement mauricien tente toujours activement d'obtenir de la part des pays industrialisés un traitement préférentiel en matière de commerce. Il est aussi constamment à la recherche d'aides pour soutenir les domaines industriels en restructuration, comme le sucre ou le textile. “Sans assistance, le développement et la diversification ne seront pas possibles à Maurice. Les investisseurs étrangers se tourneront d'abord vers des pays ou des régions à bas coûts, limitant ainsi les capacités des Etats insulaires à participer activement au processus de libéralisation du commerce”, explique Dulloo.
“Maurice ne peut fabriquer et exporter sans capacités de production, sans technologies et sans matières premières. Nous avons besoin d'assistance pour y parvenir”, ajoute à IPS Assad Bhuglah, coordinateur au ministère du Commerce extérieur.
Pour Dulloo, Maurice est en quelque sorte victime de son succès et paie aujourd'hui le fait qu'elle ait été reconnue comme pays à revenu intermédiaire. Or, l'accès à un régime libre de quotas ou de douanes est réservé aux pays les moins développés. “Les pays industrialisés nous oublient ou estiment que l'île est riche et ne peut bénéficier d'un traitement spécial”, indique-t-il.

