NAIROBI, 25 jan (IPS) – “Nous pouvons réaliser les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) si nous utilisons de manière appropriée tous les moyens mis à notre disposition”, estime l'économiste Jeffrey Sachs, responsable du Projet du millénaire pour l'ONU lors d'une récente visite au Kenya.
Pour ce faire, deux éléments sont indispensables, selon lui : “un partenariat durable entre les gouvernements et la société civile, et une contribution soutenue de la part des donateurs”.
Jusqu'à présent, les efforts des donateurs ont permis d'investir dans des domaines clés, comme l'agriculture, l'éducation, la lutte contre le SIDA ou la fourniture de soins de santé, et contribuer aux efforts en vue de la réalisation des OMD.
Toutefois, l'argent arrive encore trop lentement dans les pays pauvres, a-t-il dit, et ce malgré l'engagement des pays riches d'accorder 0,7 pour cent de leur revenu national brut à l'aide internationale. Jusqu'ici, l'ONU n'a reçu que 140 milliards des 240 milliards de dollars promis pour l'aide au développement des pays pauvres.
“La bourse de Wall Street à New York a versé en décembre dernier 24 milliards de dollars de primes de fin d'année. Imaginez qu'une infime partie de ce montant aurait pu être distribuée à des projets dans les pays pauvres et maintenir des gens en vie!”, a déclaré Sachs.
Les investissements en provenance des pays riches peuvent faire la différence, estime Sachs. Dans la lutte contre le paludisme, ils ont notamment permis la distribution gratuite de moustiquaires pour contrer la propagation de la maladie. Celle-ci est déjà sous contrôle en Tanzanie et dans d'autres régions d'Afrique, a indiqué l'éminent économiste. “La malaria a été éradiquée sur les îles Unguja et Pemba, dans l'archipel de Zanzibar. Alors qu'on y enregistrait chaque mois des centaines de cas, nous ne détectons presque plus aucun cas de paludisme dans cette région”, a-t-il dit. Les efforts des donateurs ont permis ces résultats, a-t-il souligné. La communauté internationale a facilité la distribution de lits protégés de moustiquaires imbibées d'insecticide. Ce matériel a été fourni gratuitement, comme les médicaments contre la maladie, a ajouté Sachs.
Un récent rapport du Fonds des Nations Unies pour l'enfance indique que la fourniture de lits équipés de moustiquaires a permis de réduire de 20 pour cent le nombre de cas détectés chez des enfants âgés de moins de cinq ans dans ce pays.
Pendant son voyage, Sachs a visité des villages du millénaire en Tanzanie et en Ouganda, en compagnie du directeur exécutif du Programme des Nations Unies pour l'environnement (PNUE), basé à Nairobi, Achim Steiner. Le Projet des villages du millénaire est le fruit d'une initiative conjointe du PNUE et de l'organisme de Sachs, l'Institut de la terre, basé à l'Université de Columbia, aux Etats-Unis. Douze villages de ce type existent dans dix pays d'Afrique. Leur objectif est de parvenir à mettre en place une approche globale en matière de développement, qui inclut divers secteurs, comme l'agriculture, la santé, l'énergie, la nutrition et les installations en eau potable. L'idée centrale du Projet des villages du millénaire est qu'il est possible d'atteindre les OMD avant 2015. En Tanzanie, le village du millénaire Mbola, situé à proximité de Tabora dans le centre-ouest, permet par exemple à 5.200 personnes de survivre dans l'une des régions les plus pauvres du pays grâce à l'agriculture. Mais les habitants souffrent toujours de maladies liées à une eau insalubre, et sont également victimes de la désertification qui attaque les terres fertiles.
Sachs souhaite que les donateurs investissent davantage dans l'agriculture des pays pauvres. Selon lui, fournir une aide alimentaire n'a aucun sens sans un appui aux récoltes locales, et il est beaucoup plus avantageux financièrement de lutter contre la famine en fournissant aux populations des semences et des fertilisants. Avec l'argent des donateurs, il est possible de doubler voire tripler le rendement des récoltes, explique Sachs, citant en exemple le Village du millénaire de Sauri, dans le nord-est du Kenya, qui a connu une hausse de 247 pour cent de ses récoltes de maïs en un an grâce aux petits producteurs.

