NAIROBI, 24 jan (IPS) – Même avec des dizaines de milliers d'activistes au Forum social mondial (FSM) dénonçant des injustices de tous genres, la question de la discrimination à l'égard des homosexuels se fait entendre au milieu du vacarme.
Au forum de cinq jours, qui a démarré le 20 janvier dans la capitale du Kenya, des lesbiennes et gays venant de toute l'Afrique sont sortis pour dire comment ils ont été maltraités par la société.
Dans la plupart des pays africains, l'homosexualité est taboue. Elle est perçue par certains comme étant satanique et non-africaine.
Toutefois, la Coalition des gays et lesbiennes du Kenya (GALCK), une grande organisation chapeautant des groupes de gays et lesbiennes, et qui a réuni des collègues venant des quatre coins du continent pour partager des expériences, espère qu'après le FSM, cette perception aura changé.
"Après le FSM, nous espérons que l'opinion des Kényans et de l'Afrique sera transformée pour toujours, et qu'ils nous verront d'un œil différent", a déclaré à IPS, Pauline Kimani de la GALCK.
"Nous affirmons que nous existons et que nous faisons partie de la société. Nous voulons être traités comme des personnes humaines parce que nous sommes des gens, nous sommes des êtres humains vivant dans le même monde", a-t-elle ajouté. "Mener une vie d'homosexuel au Kenya n'est pas difficile lorsque vous ne vous montrez pas au grand jour. Le problème se pose lorsque vous révélez publiquement ce que vous êtes. Lorsque les filles apprenaient que j'étais lesbienne, elles craignaient de s'asseoir à côté de moi; elles pensaient que j'allais les draguer"', se rappelle Kimani, une étudiante à Nairobi.
Dans d'autres pays, la discrimination s'est manifestée à travers la violence, y compris des lesbiennes et des gays qui auraient été tués pour leur sexualité. Parlant à IPS, Fikile Vilakazi, directrice de la Coalition des lesbiennes africaines, a cité l'exemple de Zoliswa Nkonyana, une lesbienne âgée de 19 ans qui a été tuée par une foule au Cap, en Afrique du Sud, au début de l'année dernière.
En dehors des meurtres, les lesbiennes font partie des femmes qui sont violées en Afrique du Sud, un pays ayant l'un des plus forts taux de viols sur le continent.
Vilakazi a également noté un cas au Zimbabwe dans lequel sept lesbiennes ont été sérieusement battues par une bande de voyous à la fin de l'année dernière.
En Ouganda, des lesbiennes, des bisexuels, des gays et des transsexuels (LGBT) n'ont pas non plus été épargnés. Ceux qui se battent pour les droits des LGBT ont continuellement été harcelés par la police, comme cela est arrivé à Juliet Victor Mukasa, présidente des Minorités sexuelles d'Ouganda.
"Ils ont effectué une descente sur ma maison et ont arrêté mon amie. Ils l'ont menottée et déshabillée pour s'assurer de son sexe et l'ont détenue pendant des heures. C'était humiliant. Par ailleurs, ils ont emporté les documents de l'organisation qui contenaient toutes les informations relatives à nos activités", a déclaré Mukasa à IPS.
Mukasa, qui avait dû se cacher parce qu'elle craignait pour sa vie est maintenant en train d'intenter un procès à l'Etat, après l'incident qui s'est produit en 2005. Je dois lutter pour la libération de mes collègues qui vivent dans la peur, qui perdent leurs maisons, leurs emplois et qui craignent d'être rejetés à cause de leur orientation sexuelle". Des histoires de peur parmi des personnes LGBT persécutées abondent également au Rwanda. "A cause de l'hostilité et des remarques négatives sur les homosexuels, nous opérons dans la clandestinité. Même notre organisation opère comme un groupe communautaire parce que nous craignons d'être découverts et arrêtés", a indiqué Brenda (qui a préféré être connue par son prénom seulement pour des raisons de sécurité).
Des analystes estiment que les lois dans la plupart des pays africains sont largement responsables de la criminalisation et de la discrimination à l'égard des homosexuels. Dans des nations à travers le continent, l'homosexualité est interdite, avec des peines strictes pour ceux qui sont déclarés coupables.
Au Kenya, par exemple, l'homosexualité est illégale et est passible d'une peine allant jusqu'à 14 ans d'emprisonnement. En Ouganda voisin, la peine maximum est l'emprisonnement à vie, tandis qu'au Rwanda, la peine de ceux qui sont déclarés coupables va de six ans à la prison à vie. Toutefois, des appels sont maintenant lancés pour que ces lois "archaïques" soit révisées.
"La plupart de ces lois sont de vieilles lois que nous avons héritées de précédents régimes coloniaux. Nous les utilisons encore dans nos pays, alors que les architectes des mêmes lois ont changé les lois dans leurs propres pays. Nous devons proposer une loi qui reconnaît l'homosexualité, de même qu'elle interdit la discrimination à l'égard de l'orientation sexuelle", a noté Judy Kaari, du GALCK.
Quelques pays comme l'Afrique du Sud ont des lois favorables à l'homosexualité, y compris une législation reconnaissant les mariages entre personnes du même sexe, votée l'année dernière.
Néanmoins, d'autres soutiennent que les lois favorables seules ne peuvent pas mettre fin à la discrimination et à la diabolisation des homosexuels. Les groupes de soutien et les campagnes de sensibilisation visant à aider la société à accepter la communauté homosexuelle sont également importants. Ces campagnes doivent cibler, entre autres, la communauté religieuse, selon Annika Rodriguez de 'Skeiv Solidaritet' (Solidarité lesbienne), une organisation de lesbiennes en Norvège. Le pays a des lois libérales sur l'homosexualité.
Elle souligne que les communautés religieuses ne savant pas comment s'y prendre avec des jeunes gens en manque de consolation. "Lorsque les jeunes vont chez les prêtres, ces derniers prient pour eux pour qu'ils soient guéris; l'homosexualité n'est pas une maladie. Les prêtres leur donnent le sentiment que leur vie ne vaut pas la peine d'être vécue. Plusieurs d'entre eux essaient de se suicider parce qu'ils ne peuvent simplement pas supporter cela", a ajouté Rodriguez.
Elle a mentionné une étude de 1997 menée en Norvège, qui révélait que 25 pour cent des adolescents gays et lesbiennes avaient tenté de se suicider.
Eduquer le public sur les différentes sortes d'orientation sexuelle, a souligné Vilakazi, reste un grand défi, mais "c'est la voie à suivre".
Plusieurs personnes LGBT participant au FSM espèrent que des solutions à leur lutte sortiront des discussions.
Le FSM est une réunion annuelle d'activistes sociaux cherchant à concevoir des moyens de contrer la domination des nations occidentales riches. Généralement, ce rassemblement de dizaines de milliers d'activistes se tient en janvier, comme un contrepoids au Forum économique mondial, une rencontre annuelle de puissants hommes d'affaires et de l'élite politique qui se déroule dans la station alpine suisse de Davos. Depuis 2001, les rencontres se sont déroulées au Brésil et en Inde. L'année dernière, c'était un forum polycentrique qui s'est déroulé en trois endroits : Bamako, Mali; Caracas, Venezuela; et Karachi, Pakistan. Au moins 50.000 personnes venant des quatre coins du monde sont présentes au forum de Nairobi.

