BRUXELLES, 15 déc (IPS) – D'ici à 2030, environ 1,2 milliard de personnes dans des pays en développement appartiendront à une classe moyenne globale, une hausse par rapport aux 400 millions d'aujourd'hui, selon une prévision de la Banque mondiale.
L'augmentation de la richesse rendra beaucoup plus prononcée l'inégalité entre les revenus et les pressions sur l'environnement, prédit la Banque mondiale dans un rapport sur 'La gestion de la prochaine vague de mondialisation'.
Plusieurs organisations non gouvernementales (ONG) estiment que les avertissements de la banque ne sont pas conformes à sa position sur le libre-échange.
Dans les 25 prochaines années, la croissance dans l'économie mondiale sera de plus en plus propulsée par des pays en développement, notamment en Asie, affirme le rapport de la Banque mondiale. La production globale passera de 35 milliards de dollars en 2005 à 72 milliards de dollars en 2030. En tout, la part des pays en développement, dans la production mondiale, passera d'environ un cinquième de l'économie mondiale à un tiers pratiquement, prévoit le rapport.
Malgré une augmentation attendue de la population mondiale à huit milliards d'habitants d'ici à 2030, le nombre de personnes ayant un revenu inférieur à un dollar par jour tombera à 550 millions, de 1,1 milliard aujourd'hui. Comme beaucoup de personnes dans les pays en développement quitteront l'agriculture pour des emplois mieux rémunérés dans le domaine industriel et celui des services, les rangs des classes moyennes tripleront.
D'ici à 2030, 1,2 milliard de personnes dans des pays en développement gagneront entre 4.000 et 17.000 dollars par an. Ceci donnerait à des pays aussi variés que la Chine, le Mexique et la Turquie des niveaux de vie moyens comparables à ceux de l'Espagne aujourd'hui.
L'augmentation des richesses vient avec un coût, aussi bien sur le plan social que sur celui de l'environnement. L'Afrique sera probablement plus distancée à cause de sa fragilité politique et de sa vulnérabilité aux fluctuations des prix des matières premières.
Dans deux tiers des pays en développement, l'écart entre les revenus des riches et des pauvres va sûrement augmenter, prédit la Banque mondiale. C'est parce qu'une économie globale plus intégrée offre des opportunités aux personnes instruites, alors que des ouvriers non qualifiés doivent rivaliser plus âprement et gagner probablement moins pour conserver leurs emplois. Les pressions sur les marchés de l'emploi seront partiellement compensées par la soif d'énergie, de technologie et de biens d'investissement de l'Inde et de la Chine. Par conséquent, des investissements stratégiques dans la recherche, l'éducation et l'apprentissage continu prennent plus que jamais de l'importance comme une garantie dans une économie globale plus compétitive.
Le rapport propose une augmentation de l'aide au développement et l'abaissement des barrières douanières pour des produits en provenance des pays en développement, spécialement des produits agricoles et des produits manufacturés utilisant une main-d'œuvre abondante.
Pour Etienne De Belder de l'ONG Oxfam, les directives de principe de la Banque mondiale montrent un manque effroyable de logique. "Des pays, qui ont suivi le modèle de développement basé sur l'exportation que la banque propose, avaient été abandonnés avec un héritage social et économique. Regardez simplement la paupérisation en Afrique subsaharienne ou la déforestation en Indonésie".
La Banque mondiale n'est pas en train de tirer des leçons du passé et est mal placée pour donner des leçons pour l'avenir, a déclaré De Belder à IPS. "Vous ne pouvez pas avoir une libéralisation économique et au même moment demander plus de règles pour résoudre des problèmes écologiques et sociaux. Des entrepreneurs locaux en Afrique ne sont pas prêts à affronter la compétition globale. Aussi longtemps que les inégalités persisteront, il ne peut y avoir un libre-échange profitable entre des parties égales".
"Les succès enregistrés par l'Inde et la Chine dans l'accroissement des exportations et la réduction de la pauvreté sont principalement dus à leurs marchés internes énormes", a souligné De Belder. "Des pays en développement plus petits doivent chercher des stratégies différentes".

