LISBONNE, 5 déc (IPS) – Le petit archipel de Sao Tomé et Principe, situé sur les côtes ouest-africaines en face du Gabon, est l'un des 30 pays les plus pauvres au monde, mais il pourrait améliorer considérablement les conditions de vie de sa population grâce à ses ressources pétrolifères.
L'archipel pourrait quitter cette liste et devenir une sorte de "Koweït africain".
Selon le Fonds monétaire international (FMI), la production de pétrole dans les eaux profondes du Golfe de Guinée qui entourent l'archipel pourrait atteindre 30.000 barils de brut par jour d'ici à 2013. Cette manne pétrolière génèrerait environ 92 millions de dollars de revenus annuels pour ce pays de 150.000 habitants, dont la superficie totale est d'un peu plus de 1.000 kilomètres carrés, et qui a déjà vu un quart de sa population émigrer vers le Portugal, l'ancien colonisateur.
Les estimations du FMI, publiées en octobre, sont toutefois jugées relativement modestes par différents analystes économiques, y compris au Portugal.
La course à l'exploitation du pétrole off-shore de Sao Tomé et Principe, découvert début 2003, a d'abord été dominée par le Nigeria et le géant anglo-néerlandais Shell, qui a de gros intérêts dans ce dernier. Ils ont ensuite été rejoints par des compagnies américaine, norvégienne et portugaise; la dernière en date sur le marché étant la société angolaise d'hydrocarbures, la Sonangol.
L'Angola est en passe de supplanter le Nigeria en tant que premier producteur de brut en Afrique. Au cours d'une récente visite en Angola, le Premier ministre de Sao Tomé et Principe, Tomé de Vera Cruz, a annoncé que l'Angola exploiterait du pétrole dans la Zone économique exclusive, au même titre que le Nigeria et Sao Tomé et Principe, grâce à des partenariats entre leurs entreprises d'état respectives.
“Nous avons signé un protocole d'accord dans le secteur pétrolier et établi un mémorandum entre notre compagnie nationale et la Sonangol, mais nous voulons voir plus loin, de manière à ce que, grâce à la conclusion de partenariats, nous puissions travailler ensemble à forer du pétrole”, a indiqué Vera Cruz.
Le gouvernement de Sao Tomé et Principe semble donc ne pas vouloir dépendre exclusivement des compagnies pétrolières des pays industrialisés et souhaiter une plus large coopération avec l'Angola et le Nigeria.
L'archipel paradisiaque de Sao Tomé et Principe, constitué de deux îles principales et une dizaine d'îlots, a été découvert par les Portugais en 1471 et ne sera indépendant qu'en 1975, après cinq siècles de colonisation portugaise. Aux 16ème et 17ème siècles, la culture de la canne à sucre, du café et du cacao l'ont rendu prospère, mais à la fin du 17ème, de nombreux propriétaires de plantations (les “fazendeiros”) ont traversé l'océan Atlantique pour rejoindre le Brésil — la plus importante colonie portugaise de l'époque –, parce que l'agriculture y était florissante. Après le déclin de son activité agricole, l'archipel s'est transformé en camp d'esclaves que les marchands allaient vendre au Brésil, mais aussi aux Anglais, aux Espagnols, aux Français et aux Allemands pour leurs colonies installées en Amérique. L'esclavage sera aboli en 1876, mais durant cette époque tous les revenus de ce que produisait l'archipel finissaient soit au Brésil, soit au Portugal.
Les prévisions du FMI concernant la production pétrolière de Sao Tomé et Principe sont basées sur des projections jugées cependant relativement modestes par différents analystes. Ils notent tout d'abord qu'elles ne sont établies que sur un seul des six blocs de la zone de développement conjointe avec le Nigeria, une zone pourtant déjà considérée comme commercialement viable. De plus, le FMI s'appuie sur un prix de 30 dollars le baril, alors que le prix du brut sur le marché international tourne aujourd'hui autour des 60 dollars, indiquent-ils.
Des résidents au Portugal de la Communauté des pays de langue portugaise (CPLP) — qui regroupe des pays lusophones comme l'Angola, le Brésil, le Cap-Vert, le Timor Oriental, la Guinée-Bissau, le Mozambique et Sao Tome et Principe – estime que si la participation de Sao Tome et Principe à la production de la zone conjointe avec le Nigeria s'élève à 80.000 barils par jour, les revenus de l'archipel pourraient atteindre le triple de ce que prédit le FMI.
Pour le FMI, le défi du président Fradique de Menezes et du Premier ministre Vera Cruz sera d'adapter les demandes de la population en matière d'augmentation des revenus à la réalité budgétaire, et de permettre une répartition plus équitable des richesses grâce à la mise en ouvre de programmes sociaux.
“Dans un futur proche, la consolidation budgétaire devra faire la part des choses entre les attentes de la population — qui a l'espoir de voir le gouvernement augmenter les dépenses prioritaires sous l'ère du pétrole — et les ressources budgétaires disponibles”, indique le FMI.
Sans toutefois citer le mot “corruption”, le Fonds monétaire international estime que “l'une des principales tâches à court et moyen terme sera de mettre en place des institutions solides qui assureront une gestion efficace, transparente et responsable des revenus pétroliers” dans l'économie du pays. Le FMI recommande l'utilisation des bénéfices issus de l'exploitation pétrolière à la mise en ouvre des Objectifs du millénaire pour le développement (OMD), parmi lesquels figure la réduction de moitié de l'extrême pauvreté et du nombre d'individus vivant avec moins d'un dollar par jour.
“Les autorités de l'archipel doivent utiliser les revenus pétroliers pour garantir l'exécution de programmes visant à réduire la pauvreté, renforcer les secteurs qui ne dépendent pas du pétrole et soutenir la réalisation des OMD”, encourage le FMI.

