ECONOMIE-MAURICE: Résistance aux travailleurs étrangers réclamant des droits

PORT LOUIS, 4 déc (IPS) – Quinze ans après leur première arrivée à Maurice, "des travailleurs invités" de la Chine, de l'Inde et du Bangladesh se heurtent toujours à une résistance dans leurs efforts pour améliorer les conditions difficiles dans lesquelles ils vivent et travaillent.

Quelque 30.000 ouvriers étrangers, dont plus de la moitié est constituée de femmes, travaillent à Maurice. Durant la période de plein-emploi qu'a connue le pays, dans les années 1990, le gouvernement a accepté que des employeurs du textile et des vêtements recrutent des travailleurs étrangers pour faire face aux pénuries de main-d'ouvre.

Ces travailleurs jouissent de très peu de protection légale conformément à la loi mauricienne, et ceux qui ont protesté contre leurs conditions de vie ont été simplement expulsés. Les ouvriers chinois sont contraints de faire des heures supplémentaires à cause d'un accord avec le gouvernement chinois stipulant que leurs salaires de base seraient envoyés intégralement au pays. La présence d'ouvriers étrangers a provoqué le mécontentement parmi des Mauriciens locaux, puisque 50.000 — soit 10 pour cent — des travailleurs sont au chômage. Les ouvriers étrangers sont allés dans d'autres secteurs, comme la production de fruits de mer, le transport, les boulangeries-pâtisseries et les restaurants.

Les mauvaises conditions de vie et de travail ont contraint les travailleurs étrangers à descendre dans la rue, conduisant à des affrontements avec la police. Leurs heures de travail quotidiennes vont de 08.30 jusqu'à 23 heures, avec seulement deux pauses de 30 minutes chacune. De retour à leurs quartiers de résidence, ils doivent faire la queue pour se laver.

Reeaz Chuttoo, un syndicaliste de la Fédération des syndicats progressistes (FPU), dit que les dortoirs des travailleurs étrangers sont si exigus qu'ils gardent leurs habits sous leur lit ou accrochés au mur.

"Les employeurs préfèrent recruter des ouvriers étrangers parce qu'ils sont vulnérables par rapport à leurs droits et revendications", souligne Chuttoo. En raison de la pression du secteur privé, le gouvernement n'a pas mis en place un cadre légal pour protéger les travailleurs étrangers.

Les ouvriers chinois et indiens qui s'organisent contre leurs employeurs ont été expulsés de l'île. Les soi-disant meneurs ont été pris pour cible, en particulier, ce qui a amené les travailleurs étrangers à devenir prudents lorsqu'il s'agit de revendiquer publiquement leurs droits.

Depuis mars 2005, l'ambassade chinoise a cessé de recueillir ses ressortissants qui prennent part aux manifestations. L'ambassade indienne a également cessé d'intervenir au nom des travailleurs indiens lorsqu'ils ont des problèmes avec leurs employeurs.

Il a été offert aux travailleurs chinois du secteur des vêtements et du textile un contrat de trois ans pour gagner 100 dollars le mois, le taux de l'industrie. L'intégralité de ce montant doit être envoyé au pays, suivant un accord avec le gouvernement chinois. Les ouvriers reçoivent une allocation pour l'alimentation de 40 dollars. Le système stipule qu'ils pourraient seulement garder l'argent obtenu des heures supplémentaires. Pour vivre, les travailleurs chinois n'ont d'autre choix que de faire des heures supplémentaires. Ce travail extra au service leur permet de recevoir des bonus pour efficacité et assiduité. Dans tous les cas, ils reçoivent en moyenne 200 dollars par mois, y compris leur salaire de base.

Si leur conduite est satisfaisante, leurs contrats sont renouvelés pour une autre année, encore une fois sans le droit de protester contre leurs conditions de travail.

Des travailleurs de l'Inde, du Sri Lanka et du Bangladesh reçoivent également le salaire mensuel de base de 100 dollars plus une allocation alimentaire de 20 dollars. Les employeurs paient leur logement, leurs factures d'électricité et d'eau, ainsi que leurs billets d'avion.

Des travailleurs indiens ont indiqué à IPS qu'ils ne jouissaient pas de bonnes conditions de vie et de travail à Maurice. "Nous sommes venus ici parce que nous sommes pauvres et nous avons trop de bouches à nourrir au pays", explique Kunal Gosawala, qui travaille dans une fabrique de tenues de plage.

Son ami, Dilip Motiwala, ajoute que "Nous ne savions pas comment cela se passerait. Nous avons payé beaucoup d'argent à un agent en Inde pour venir ici. Nous ne pouvons pas rentrer maintenant; nous avons besoin de travailler".

Selon un responsable au ministère du Travail et des Relations Patronat-Syndicats, il y a une unité spéciale de travailleurs migrants qui examine minutieusement tous les contrats d'emploi et fait des inspections sur les lieux de travail pour s'assurer que les contrats sont conformes.

L'unité envoie les plaintes des travailleurs étrangers au sujet du logement et des installations sanitaires aux autorités appropriées pour des mesures à prendre.

Le responsable a également souligné que les travailleurs étrangers reçoivent une aide sociale du fonds d'aide à la main-d'ouvre de la zone franche, financé par le gouvernement, un transport gratuit pour des excursions, et pourraient bénéficier du programme culturel et de loisirs, présenté le Jour des migrants.

Les travailleurs mauriciens critiquent les travailleurs étrangers parce qu'ils acceptent de bas salaires. "C'est pour cela que nos employeurs n'augmentent pas nos salaires. Sans les étrangers, ils auraient été obligés de payer plus aux locaux pour maintenir les machines en état de marche", affirme Goolam Feerbux, un ancien machiniste du textile.

Au niveau du gouvernement, le ministre du Travail et des Relations Patronat-Syndicats, Vasant Bunwaree, a déclaré au parlement début novembre que l'île Maurice avait besoin de travailleurs étrangers puisque les Mauriciens n'ont pas les aptitudes requises pour faire certains travaux.

Il a fait remarquer que le gouvernement "a accédé aux demandes des entreprises à condition qu'elles forment un Mauricien pour chaque travailleur étranger recruté. Mais elles n'ont pas tenu leur promesse".

Bunwaree a prévenu qu'aucune autre demande de recrutement de travailleurs étrangers ne serait reçue si les entreprises ne recrutent et ne forment pas des locaux.

A la lumière d'un boom attendu en raison de nouveaux projets touristiques, l'industrie de la construction veut recruter plus de travailleurs étrangers. Cette initiative rencontre une forte résistance du FPU. Ses membres ont organisé plusieurs manifestations devant le parlement et ont adressé une lettre de protestation au gouvernement.

Les conditions de travail des étrangers dans l'industrie de la construction sont atroces. Ils travaillent pendant de longues périodes, et ne reçoivent pas un équipement de protection dans certains cas. Certains ouvriers étrangers de la construction portent des tennis plutôt que des chaussures avec des bouts en acier, souligne Chuttoo.

Toutefois, une entreprise de textile — la Compagnie mauricienne de Textile — a amélioré les conditions de vie de ses 2.500 ouvriers invités dans son complexe, leur procurant des dortoirs spacieux, des cuisines, des salles munies de postes téléviseurs et une salle pour les malades.

Le directeur, François Woo, voit cela comme "un investissement humain. La main-d'ouvre étrangère est un problème partout, pas seulement à Maurice. Les travailleurs sont logés dans de petits compartiments et cela tourne au vinaigre. Nous n'avions pas d'argent à investir dans de telles structures. Nous l'avons fait maintenant afin de motiver les travailleurs".