DROITS: Une fatwa sur les MGF fera-t-elle la différence?

LE CAIRE, 30 nov (IPS) – De hauts responsables musulmans ont appelé à bannir l'excision au motif que l'islam n'a jamais imposé les mutilations génitales féminines (MGF), dans une déclaration lors d'une conférence internationale qui s'est tenue au Caire, cette semaine.

Om Samar n'en revient pas. “Des leaders musulmans qui interdisent l'excision? Ce doit être une blague”, s'exclame-t-elle. Cette mère de quatre enfants, qui travaille comme femme de ménage dans des maisons, comptait faire exciser sa fille Shaimaa, qui a aujourd'hui cinq ans, lorsqu'elle aura huit ou neuf ans. “Je pensais que l'islam prescrivait l'excision”, explique-t-elle.

La conférence, intitulée “Eliminer les violations du corps des femmes”, est organisée, dans la capitale égyptienne, par un groupe allemand de défense des droits humains, baptisé 'Target', à l'initiative de hauts responsables musulmans. Elle a été financée par le gouvernement allemand.

Les participants sont venus d'Egypte, de Somalie, du Tchad, du Mali, de Mauritanie, d'Ethiopie, du Qatar, du Nigeria, de Djibouti, du Maroc, de Turquie, et même de Russie. Ils se sont pour la plupart opposés aux MGF, indiquant que celles-ci n'avaient jamais été prescrites par la religion. Dans la plupart de leurs pays, l'excision est une pratique fréquente. Dans le monde musulman, de nombreux parents pensent que l'excision préserve leurs filles pour leurs futurs maris. Ils établissent à tort un lien entre leurs propres croyances populaires et la chasteté prônée par l'islam, soulignent les associations qui dénoncent cette pratique.

Le grand imam Mohammed Sayyed Tantawi d'al-Azhar, la plus prestigieuse université islamique sunnite, au Caire, a expliqué au cours de cette conférence que “l'excision des filles n'est autre qu'une tradition culturelle et n'a aucun rapport avec l'enseignement de l'islam”.

“Au cours de mes études et de mes recherches sur l'islam, je n'ai rien trouvé qui puisse justifier l'excision des femmes”, a déclaré celui dont les fatwas et les édits religieux sont suivis par des millions de musulmans dans le monde.

Son opinion a été partagée par d'autres hauts représentants religieux, comme le grand mufti d'Egypte Ali Goma'a; le ministre égyptien des Affaires religieuses Hamdi Mahmoud Zakzouk; le sultan de Djibouti Abdelkader Mohamed Humad; et le sultan d'Ethiopie, Ali Mirah Hanfary.

Lors de son discours, la ministre allemande à la Coopération économique et au Développement, Heidemarie Wieczorek-Zeul, a salué la prise de position du dirigeant de l'Université al-Azhar. “On ne peut suffisamment estimer ce qu'elle signifie pour la politique religieuse ainsi que ses conséquences positives pour l'inviolabilité des filles et des jeunes femmes”, a-t-elle indiqué.

L'Organisation mondiale de la santé (OMS) estime qu'entre 100 et 140 millions de femmes dans le monde ont subi des mutilations génitales. Chaque année, deux millions d'adolescentes risquent de connaître pareil sort, selon l'OMS.

Ces MGF, qui datent parfois de plus de 5.000 ans, peuvent causer d'importantes hémorragies — voire fatales — provoquer des infections chroniques, entraîner la stérilité, mais également de sévères complications lors de l'accouchement.

L'ablation des organes génitaux féminins — des parties externes du clitoris ou des lèvres — est surtout pratiquée en Afrique, mais également dans certains pays d'Asie et du Moyen-Orient. Elle est souvent pratiquée sur des fillettes ou des adolescentes sans anesthésie et par du personnel médical peu qualifié.

En 2004, un rapport de l'Agence américaine pour le développement international indiquait que l'incidence de cette pratique était de 97 pour cent en Egypte, 45 pour cent en Côte d'Ivoire, 89 pour cent en Erythrée et 34 pour cent au Kenya.

Dans leur déclaration finale, les hauts responsables religieux ont indiqué que ces mutilations étaient effectuées “sans garantie ou sans preuve dans le Coran ou dans la tradition authentique du Prophète (Mahomet)”. Le livre sacré ainsi que les enseignements du Prophète et ses dires constituent les deux sources du droit islamique.

Les leaders religieux ont donc appelé les institutions internationales, les médias et les écoles à “expliquer les dommages et les effets négatifs de cette pratique sur les sociétés”.

L'excision a pourtant été formellement interdite en 1996 en Egypte, mais cette interdiction reste inefficace et les mutilations génitales sont encore pratiquées dans le pays.

“Une fatwa ou l'opinion des religieux ne changera pas les mentalités. Il faut changer les conditions sociales et économiques qui poussent encore les populations à croire en l'importance de l'excision”, estime Ahmed Abdallah, professeur de psychologie à l'Université de Zagazig.

“Les parents qui excisent leurs filles ne l'ont pas décidé parce qu'un édit religieux leur sommait d'y recourir, ils ne mettront donc pas fin à cette pratique parce qu'un responsable religieux le leur demande”, ajoute-t-il.

Pour Om Samar, “Toutes les femmes sont excisées et nous n'y voyons pas tant de problème. Personne ne peut mieux s'occuper de ma fille que moi. Je ferai ce qui est bien pour elle, et personne d'autre ne peut le savoir sauf moi”.