BOTSWANA: Le chômage flambe dans un climat peu favorable aux investisseurs

GABORONE, 3 nov (IPS) – Le Botswana est souvent cité comme un modèle de réussite économique sur le continent africain, mais la flambée du chômage et la lente mise en œuvre des plans du gouvernement risquent d'inverser la tendance.

Ce pays d'Afrique australe, coincé entre l'Afrique du sud, la Namibie, la Zambie et le Zimbabwe, jouit en effet d'une bonne réputation en matière de respect de la démocratie, d'un bon climat d'investissement et d'un faible niveau de corruption.

Toutefois, le taux de chômage — qui était de 13,9 pour cent en 1991 — est aujourd'hui estimé à 23,8 pour cent. D'après la Banque du Botswana, les pertes d'emploi touchent principalement les secteurs de la construction, des transports et l'industrie des communications. Mais d'autres domaines d'activité, comme la confection, l'agriculture commerciale et l'enseignement, ne sont pas épargnés.

Ces pertes d'emplois vont de pair avec le déclin de la croissance économique des secteurs non miniers, qui a chuté de 5,5 pour cent en 2003-2004 à 1,9 pour cent en 2004-2005. Ces chiffres sont de mauvais augure pour le gouvernement, qui reconnaît cependant la nécessité de diversifier son économie dans un pays où les revenus issus de l'extraction de diamants génèrent toujours jusqu'à 80 pour cent des recettes des échanges extérieurs.

Pour la Fédération des syndicats du Botswana, la centrale du mouvement ouvrier, le plus inquiétant est la prédominance du taux d'inoccupation des jeunes, notamment des universitaires, car elle démontre une certaine inadéquation entre les compétences en présence et les demandes du marché du travail.

Pour faire face à ces difficultés, le gouvernement botswanais a décidé de revoir ses programmes destinés à attirer de nouveaux investisseurs, en favorisant davantage la croissance économique et la création d'emplois. Une étude, réalisée par l'Institut pour le développement d'analyse politique — mandaté par la section consultative en matière d'investissements étrangers de la Banque mondiale — a identifié plusieurs facteurs peu favorables aux investissements.

Elle note, par exemple, que le cadre législatif du pays pose problème, car il contrecarre les efforts de promotion des investissements et n'encourage pas les affaires. Ce constat a poussé le gouvernement à revoir sa politique et la législation en vigueur. Une nouvelle stratégie en matière d'investissements étrangers directs a donc été mise en œuvre.

Cependant, un an après que le président Festus Mogae a annoncé que cette nouvelle stratégie renforcerait l'afflux d'investissements étrangers directs, peu de progrès ont été réalisés sur le terrain.

Le ministère du Commerce et de l'Industrie a admis que les efforts pour attirer les investisseurs se heurtaient au retard pris en matière de délivrance des permis de travail et de résidence, mais aussi à une pénurie de services commerciaux et industriels sur la terre.

Keith Jefferis, ancien vice-gouverneur de la Banque du Botswana, estime que les perspectives d'investissements pourraient être moins sombres si le gouvernement assistait davantage les investisseurs étrangers. Il considère que des progrès doivent encore être faits pour assouplir les lourdes démarches administratives et les délais d'obtention des autorisations. Il note également que le manque de main-d'œuvre qualifiée est amplifié par les effets dévastateurs du VIH/SIDA.

“Nous devons encourager l’arrivée de travailleurs qualifiés au Botswana, et non la rendre plus difficile, comme nous le faisons aujourd'hui”, indique Jefferis. Selon lui, certaines mesures législatives prises par le gouvernement ont eu l'effet contraire à ce qui était attendu. “Obtenir un permis de travail est devenu encore plus difficile”.

Selon le Programme conjoint des Nations Unies sur le VIH/SIDA, la pandémie touche aujourd'hui 24 pour cent de la population adulte au Botswana.

Alwin D'Souza, patron de ‘WD Engineering’, une société spécialisée dans la fabrication de tuiles, a récemment importé des technologies de Russie, mais il ne parvient pas à engager du personnel qualifié à cause des problèmes d'obtention des permis de travail. Un ingénieur russe qu'il avait embauché pour mettre en œuvre ces nouvelles techniques a dû rentrer chez lui à cause de ces difficultés, a-t-il expliqué à IPS. Cet état de fait n'est qu'un exemple parmi d'autres.

Igbal Ibrahim, président de la Confédération du commerce, de l'industrie et de la main-d'œuvre au Botswana, estime que le gouvernement ne prend pas suffisamment en compte les doléances des entrepreneurs.

Selon lui, seulement un cinquième du budget destiné à supprimer les obstacles des entrepreneurs a été dépensé, alors que plus de huit mois de l'année fiscale se sont déjà écoulés. Lorsque les patrons font part de leurs griefs au gouvernement, ceux-ci s'entendent répondre qu'ils effrayent les investisseurs, affirme Ibrahim. Le rapport du Fonds monétaire international sur le Botswana pour l'année 2006 a également appelé le gouvernement à élargir ses réformes s'il veut maintenir ses performances économiques.

“Les réformes structurelles visant à développer le secteur privé national et attirer les investissements étrangers directs doivent être accélérées. Les efforts pour lutter contre le VIH/SIDA doivent être renforcés, pour maintenir la une croissance durable rapide, réduire également la pauvreté et renverser l'affaiblissement des indicateurs sociaux”, selon le rapport.

Entre-temps, le gouvernement étudie un autre rapport, dont les conclusions recommandent également d'accroître l'attractivité du pays pour les investisseurs étrangers.

En novembre dernier, le président Mogae a mis en place un Conseil consultatif chargé de présenter au gouvernement des propositions en matière de politique d'investissement. Son rapport est à présent terminé et est sur la table du gouvernement.