POLITIQUE-RDC: ''L'enthousiasme du premier tour s'est refroidi'' à Kinshasa

BRUXELLES, 27 oct (IPS) – “On peut, à quelque chose près, parler d'indifférence”, estime Kris Berwouts, un expert belge du Congo, pour décrire l'atmosphère qui règne dans la capitale Kinshasa à l'approche du second tour de l'élection présidentielle prévue ce dimanche. L'enthousiasme du premier tour s'est refroidi.

Avec son collègue Marc Herman, il coordonne la centaine d'observateurs du Réseau européen pour l'Afrique centrale (EurAC) présents en République démocratique du Congo (RDC), dont 41 Belges.

“Notre personnel est en route vers les plus petites villes et les régions rurales où ils contrôleront le bon déroulement du scrutin”, explique Berwouts. L'organisation des élections dans un pays aussi vaste, où le réseau routier est en mauvais état, relève parfois du cauchemar logistique, et la mission d'observation doit improviser aussi. “J'ai appris que certaines personnes avaient raté leur vol intérieur, mais tout le monde devrait cependant être en poste à temps”, note-t-il. “C'est le propre du Congo, des difficultés pratiques surgissent d'un peu partout, mais en définitive, tout finit toujours par rentrer dans l'ordre”.

Selon Berwouts, qui travaille pour la coupole d'organisations non gouvernementales (ONG) flamandes 11.11.11, la situation dans la capitale congolaise est relativement calme et il n'est pas encore question de fièvre électorale. “L'enthousiasme du premier tour du 30 juillet n'est plus là. Les affrontements qui ont eu lieu entre le 20 et le 22 août ont réduit les attentes”, estime un collaborateur.

A l'annonce des résultats du premier scrutin, des affrontements meurtriers avaient éclaté pendant trois jours entre les partisans du président sortant Joseph Kabila et ceux du vice-président Jean-Pierre Bemba.

Le premier tour avait crédité Kabila de 44,8 pour cent des voix, contre 20 pour cent pour son challenger Bemba.

Mais jeudi, des incidents violents ont éclaté dans la province de l'Equateur (nord-ouest du pays), entre des partisans de Bemba et des hommes de Nzanga Mobutu — fils de l'ancien président Mobutu — qui a décidé de soutenir Kabila au second tour. Ces incidents ont fait cinq morts, selon un premier bilan publié par des médias locaux. Déjà la semaine dernière, plusieurs autres incidents entre les deux camps adverses ont été signalés à Lodja, Mbuji-Mayi, Kindu, dans le centre, et Lubumbashi, dans le sud-est. “Mais ceux-ci ne se sont pour le moment pas étendus à d'autres régions”, indique Berwouts. “On peut évidemment se demander si ce calme relatif va perdurer. Petit à petit, les partisans des deux camps descendent dans la rue. Mais le moment le plus critique sera sans doute aux alentours du 19 novembre, lorsque seront connus les résultats du second tour”.

A cette date, les observateurs de l'EurAC auront déjà quitté le pays. “Nous n'avons ni formation, ni moyens pour assurer le maintien de la paix”, explique Arnaud Gorgemans, directeur du Réseau européen pour l'Afrique centrale.

Lors du premier tour, Gorgemans était en RDC. “A l'annonce des résultats, l'animosité à l'égard des étrangers augmente. La population ne comprend pas que les résultats d'autres régions du pays peuvent complètement varier des résultats obtenus dans leur district électoral”, déclare-t-il.

De nombreux experts espèrent que les troupes européennes (Eufor), qui sont stationnées dans Kinshasa et au Gabon, prêtes à intervenir en cas d'affrontements, resteront plus longtemps que prévu. Le mandat de la mission de l'Eufor en RDC prend théoriquement fin le 30 novembre, mais selon plusieurs sources, l'ONU pourrait demander à l'Union européenne (UE) de prolonger sa présence dans le pays. Pour Gorgemans, ces troupes devraient rester jusqu'à la mi-janvier, le temps que le nouveau gouvernement congolais soit mis en place.

En attendant, des milliers d'observateurs congolais et leurs homologues étrangers se préparent à la tenue du scrutin et au contrôle du dépouillement. Lors du premier tour, ils étaient environ 1.700, presque autant que pour ce second tour, estime Gorgemans. Les délégations envoyées par l'UE et l'Afrique du Sud — impliquée dans le processus de paix — constituent les plus importants contingents d'observateurs sur place, suivi par les membres de l'EurAC qui regroupe des ONG d'une dizaine de pays européens.

La plupart de ces ONG financent la mission d'observation sur leurs fonds propres. Le ministère belge des Affaires étrangères a toutefois pris en charge les frais de 25 observateurs belges.