BRUXELLES, 20 oct (IPS) – Comment offrir aux infirmières et aux médecins congolais résidant en Belgique l'occasion d'échanger durant plusieurs semaines ou quelques mois leur expérience avec leurs confrères en République démocratique du Congo (RDC)? La question était au centre d'une table ronde organisée mercredi à Bruxelles par l'Organisation internationale pour les migrations (OIM).
Le ministre belge de la Coopération au développement, Armand De Decker, le ministre congolais de la Santé, Dr Zacharie Kashongwe, et quatre experts en médecine de la diaspora congolaise en Belgique participaient à ce débat.
Ce tour de table a permis au ministre de la Coopération de réaffirmer son engagement à financer des programmes d'échanges, à l'OIM de garantir sa volonté de coordonner les projets et aux représentants de la diaspora de souligner leur manque d'informations.
Après des années de guerre et d'immobilisme économique, le secteur des soins de santé en RDC est en ruines. Sur 1.000 enfants, 245 n'atteignent pas l'âge de cinq ans. L'espérance de vie moyenne de la population est inférieure à 43 ans.
Pour le ministre de la Santé, la priorité doit être donnée à la reconstruction d'hôpitaux dans les anciennes zones de conflits, mais la lutte contre les épidémies, comme le choléra, la malaria, la tuberculose et la rougeole, est tout aussi urgente.
Vu la situation et les besoins, l'apport des Congolais de l'étranger qui bénéficient d'une formation en médecine est plus que le bienvenu, a expliqué Kashongwe, en particulier dans les campagnes, où l'expertise médicale fait souvent défaut. La plupart des programmes de formation qui existent actuellement consistent à envoyer des spécialistes de Kinshasa former, pendant quelques semaines, leurs confrères du reste du pays.
Les difficultés du Congo sont trop importantes pour négliger l'expertise des Congolais de la diaspora, estime De Decker. Concrètement, le ministre belge veut dresser un inventaire des experts médicaux congolais qui exercent au sein d'hôpitaux ou d'universités de Belgique. Il faudrait ensuite tout mettre en œuvre pour que les infirmières et médecins congolais puissent partir travailler quelques semaines en RDC, tout en conservant leur salaire en Belgique.
Le ministre ne s'est toutefois pas déclaré partisan d'un programme de discrimination positive pour le recrutement de Congolais désirant travailler comme coopérant. Il est favorable au renforcement des jumelages entre les grands hôpitaux congolais et les universités et établissements hospitaliers belges. La qualité des formations médicales varie encore d'une institution à une autre et de ce point de vue, la contribution de la diaspora congolaise peut apporter un peu de soulagement, a-t-il indiqué.
Il ne doit pas nécessairement toujours être question d'échange de personnes, une liaison Internet ou vidéo entre les hôpitaux pourrait déjà, dans certains cas spécifiques, permettre aux médecins congolais de bénéficier d'avis de leurs confrères en Belgique.
Dr Jim Ilunga, directeur médical des Cliniques de l'Europe à Bruxelles, a déjà organisé des échanges de savoir de ce type. Dans un premier temps, un médecin congolais vient se former auprès d'un confrère belge, qui sert alors de “parrain” dans un domaine médical spécialisé. Ensuite, le spécialiste belge se rend en RDC pour constater sur place la manière dont les connaissances acquises sont mises en pratique. L'association Tshela, représentée par Rachel Izizaw, coordonne de son côté des formations pour le personnel infirmier dans la capitale congolaise.
Lors de cette conférence, différents interlocuteurs de la diaspora ont mis en exergue l'insuffisance d'information à leur disposition, tant sur les besoins de la RDC que sur les possibilités au sein de la coopération belge au développement. Pour répondre à leurs préoccupations, De Decker leur a proposé de l'accompagner lors de son prochain voyage à Kinshasa, la capitale congolaise, pour une rencontre au ministère de la Santé.
Pour mieux coordonner les échanges d'informations entre les pouvoirs locaux et les Congolais de la diaspora, l'OIM a mis en place un programme baptisé Migrations pour le développement de l'Afrique (MIDA), dont l'un des objectifs consiste à répertorier des milliers d'experts des diasporas africaines. Il développe des mécanismes d'analyse des besoins en personnel, en experts et en matériel médical.
Le potentiel de coopération pourrait être encore plus vaste quand on sait que 100 millions d'Africains vivent à l'extérieur du continent. “En aucun cas, il n'est question d'organiser un retour en masse”, a expliqué à IPS, Ndioro Ndiaye, directrice générale adjointe de l'OIM. “Les Africains des diasporas, avec le pied dans deux cultures, sont les mieux placés pour transposer l'expérience acquise au Nord à leurs confrères du Sud”, a-t-elle ajouté.
Cette table ronde était organisée dans le cadre d'une série de conférences intitulées “24 heures de la Diaspora”, une initiative qui vise à encourager le dialogue entre les Africains vivant à l'étranger et les responsables de leurs pays d'origine.

