AFRIQUE AUSTRALE: L'absence actuelle de ventes d'ivoire n'est pas une interdiction définitive

JOHANNESBURG, 25 oct (IPS) – Des groupes environnementaux sont toujours inquiets au sujet des ventes d'ivoire en Afrique australe — ceci après que la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction (CITES) a accordé au Japon un statut d'acheteur de stocks plus tôt ce mois.

L'initiative est intervenue malgré la décision de la CITES de rejeter une demande du Japon et de la Chine pour l'achat de 60 tonnes d'ivoire stockées au Botswana, en Namibie et en Afrique du Sud. Le secrétariat de la CITES — implanté à Genève, en Suisse — est administré par le Programme des Nations Unies pour l'environnement, basé à Nairobi.

"Nous sommes extrêmement préoccupés par le fait que la CITES ait accordé sa bénédiction au Japon", a déclaré à IPS, Jason Bell-Leask, directeur pour l'Afrique australe du Fonds international pour la protection des animaux (IFAW). "Il est difficile de faire la distinction entre l'ivoire légal et l'ivoire illégal au Japon…Nous ne croyons pas que le Japon ait fait assez pour empêcher le commerce (illégal) de l'ivoire".

Il aimerait plutôt voir les stocks d'ivoire être mis hors de portée de tous les acheteurs potentiels.

"Les stocks devraient être détruits…Ils ne devraient avoir aucune valeur commerciale. Cela encourage le braconnage", a noté Bell-Leask, demandant à l'Afrique australe de suivre l'exemple donné par l'ancien président kényan Daniel arap Moï dans les années 1990.

"Le président Moï les a brûlés (les stocks), et cela a réduit le braconnage et a accru le nombre de touristes à destination du Kenya".

Des craintes au sujet de la mise en vente de l'ivoire reflètent les conséquences d'une décision prise par la CITES en 1997 d'autoriser une vente de stocks d'ivoire du Botswana, de la Namibie et du Zimbabwe. Depuis lors, 13.333 défenses — un chiffre ne représentant que la partie visible de l'iceberg — ont été saisies, note l'IFAW.

"La précédente vente exceptionnelle au Japon a rendu incontrôlables les marchés de l'ivoire en Asie, indiquait dans un communiqué, Grace Ge Gabriel, directrice régionale de l'IFAW pour l'Asie, au début de ce mois. "Avec plus de 17 tonnes d'ivoire sous investigation, dont la totalité a été confisquée dans des ports asiatiques l'année dernière, il est ridicule d'envisager même l'autorisation d'une autre vente à un pays quelconque". Lawrence Anthony, fondateur de 'Earth Organisation' (Organisation Terre), une institution à but non lucratif basée en Afrique du Sud, a affirmé : "En Extrême-Orient, il y a un énorme marché pour l'ivoire; il y a des milliers d'entreprises qui vivent de l'ivoire. Elles ne vont pas fermer boutique de si tôt — elles vont essayer de rester dans l'affaire". Nombre de ces entreprises produisent des objets fabriqués en ivoire comme des sculptures, des bijoux et des gravures de noms. "Il y a trop d'ivoire illégal sur le marché. Regardez simplement le Congo où des milliers d'éléphants ont été tués durant la dernière décennie seule", a ajouté Anthony, en référence à la République démocratique du Congo (RDC), en proie à la guerre. "L'ivoire est une source de financement pour tous regroupements douteux, qui peuvent être des politiciens ou des militaires".

Spécialiste des éléphants africains, Anthony est également bien connu pour avoir sauvé des lions et un ours aveugle du zoo de Bagdad peu après l'invasion de l'Irak en 2003. Il vient juste de conclure un accord avec l'Armée de résistance du seigneur (LRA), un groupe rebelle ougandais, pour sauver quatre rhinocéros blancs du nord et d'autres importantes espèces menacées sous leur contrôle.

Les rhinocéros sont dans le Parc national Garamba de la RDC voisine, qui est occupé par la LRA. Le nombre de rhinocéros — dont les cornes sont également très demandées en Extrême et au Moyen-Orient — a baissé de plus de 30 têtes en 2004, selon l'Organisation Terre. La population a été décimée par des groupes armés parcourant l'est de la RDC, en proie à l'anarchie.

Les cornes de rhinocéros sont utilisées en Chine pour la médecine traditionnelle en vue de réduire la fièvre, et au Moyen-Orient pour les manches de poignards. Même si certaines parties en Afrique craignent les ventes d'ivoire, d'autres sont moins décidées sur cette question.

Toutefois, ne pas résoudre la question de manière satisfaisante n'augure rien de bon pour l'Afrique australe — et le reste du continent. "L'Afrique australe réunit 70 pour cent de la population totale d'éléphants du continent. L'Afrique compte quelque 450.000 éléphants. Avant les années 1980, la population était d'un million. Ils ont été tués par des braconniers pour leurs défenses", a souligné Bell-Leask.