LUSAKA, 20 oct (IPS) – Les votes en faveur du candidat à l'élection présidentielle Michael Sata au cours de la récente élection suggèrent un mécontentement croissant parmi les Zambiens au sujet des effets de l'implication chinoise accrue dans leur pays.
Le président Levy Mwanawasa a remporté le scrutin du 28 septembre, mais Sata a obtenu une majorité écrasante de voix dans la capitale — Lusaka — et la Copperbelt (Ceinture du cuivre), deux zones où les commerçants et investisseurs chinois ont une forte présence dans l'économie.
Malgré les relations cordiales qui existent entre la Chine et la Zambie, le ressentiment à l'égard des hommes d'affaires chinois est répandu parmi les petits hommes d'affaires zambiens et les travailleurs mal payés.
Neo Simutanyi, un politologue à l'Université de Zambie, estime que le sentiment anti-Chine que Sata a soulevé dans la période précédant l'élection, l'a rendu populaire auprès de plusieurs électeurs à Lusaka et dans la Ceinture du cuivre.
Simutanyi croit que les pratiques des hommes d'affaires chinois, notamment dans le domaine du travail, ont poussé certaines personnes à voter pour Sata. Les Chinois sont fréquemment accusés d'être les principaux coupables dans l'utilisation de la main-d'œuvre temporaire, qui implique de bas salaires et l'absence de prestations sociales.
Selon l'ambassade chinoise, l'investissement de ses ressortissants dans l'économie zambienne s'élève à plus de 300 millions de dollars, répartis à travers 160 entreprises qui emploient plus de 10.000 Zambiens.
Sata, qui était le principal challenger de Mwanawasa, a fait de la présence de la Chine dans l'industrie du cuivre et les secteurs commerciaux de la Zambie un sujet de campagne. "Ils maltraitent nos frères et cela est inacceptable. Nous n'allons pas laisser faire des investisseurs exploiteurs. Ce pays appartient aux Zambiens", a déclaré Sata, en parlant des investisseurs chinois.
A un autre événement, il a dit que "les relations étrangères doivent bénéficier à toutes les parties concernées. Elles ne doivent pas être à sens unique. L'investissement chinois n'a apporté aucune valeur ajoutée à la vie des populations de la Zambie. Nous voulons des investisseurs — des investisseurs locaux, des investisseurs étrangers — qui apportent une valeur ajoutée".
Sata n'est pas seul. La Fédération des syndicats libres (FFTUZ) en Zambie a apporté tout son appui à sa campagne, et des leaders syndicaux ont fait des accusations similaires.
Mwanawasa a défendu les Chinois lorsque Sata a menacé pour la première fois de réviser les contrats de l'Etat s'il arrivait au pouvoir. Par la suite, Mwanawasa a approuvé la plainte générale relative à la qualité de l'investissement, estimant qu'il allait ordonner l'arrestation et des poursuites judiciaires contre des investisseurs dans les mines de cuivre, qui violent la législation du travail.
Même si le président n'a pas cité en particulier les Chinois, beaucoup de gens croient que c'est à eux qu'il faisait allusion, étant donné que les hommes d'affaires chinois ont été accusés de maltraiter les mineurs.
De tels sentiments sont devenus plus prononcés à la suite de la détérioration des conditions de travail dans des usines appartenant à des Chinois. Pour nombre d'habitants de la Ceinture du cuivre, où logent la plupart des mineurs en Zambie, l'explosion du BGRIMM qui a tué 40 ouvriers, est encore fraîche dans les mémoires.
L'usine du BGRIMM, qui fabriquait des explosifs, a sauté avec des ouvriers bloqués à l'intérieur. On s'est demandé pourquoi tous les ouvriers chinois avaient pu s'échapper. Les demandes d'indemnisation n'ont pas également avancé de manière satisfaisante.
Dans un autre incident, six travailleurs ont été abattus dans une mine gérée par des Chinois plus tôt cette année après avoir demandé une amélioration de leurs conditions de travail. La société ‘Zambia-China Mulungushi Textiles of Zambia’ (Textiles Mulungushi Zambie-Chine) s'est débattue malgré l'investissement chinois, fermant ses portes à plusieurs reprises.
Des commerçants zambiens à Lusaka sont également mécontents de leurs homologues chinois qui ont pris toutes les boutiques dans le marché de Kamwala, s'étendant à perte de vue. C'est le plus vieux lieu de négoce de la ville et il a été traditionnellement dominé par des autochtones zambiens.
Les commerçants disent que depuis que les Chinois ont fait leur apparition il y a quelques années, le commerce de textiles n'a plus jamais été le même. Les revendeurs chinois font rentrer dans le pays des vêtements à bas prix qui ont détourné les clients des commerçants zambiens.
"Depuis que les Chinois sont arrivés, la situation s'est aggravée pour nous. Auparavant, nous nous débrouillions bien", affirme Mwamba Chibesa, une commerçante à Kamwala.
Sa collègue, Charity Besa, est d'avis que les gens préfèrent maintenant acheter les vêtements chinois bon marché au lieu du "salaula" (friperie) qui était une industrie florissante pour les commerçants zambiens depuis 1991, année où le pays est passé à l'économie de marché.
Ce sont des gens comme Mwamba et Charity et les personnes qu'ils ont à charge — les jeunes sans emploi — que Sata a séduits. Les investisseurs chinois sont simplement devenus l'incarnation de tout ce qui menace les moyens de subsistance des Zambiens.
La présidente du FFTUZ, Joyce Nonde, en rejette la responsabilité sur le système légal complaisant du pays qui permet aux investisseurs d'abuser des travailleurs zambiens en toute impunité. Fackson Shamenda, directeur régional de 'Union Network International-Africa' et ancien président du Congrès des syndicats de Zambie (ZCTU), est d'avis qu'il est nécessaire de renforcer les lois sur l'investissement et le travail pour les rendre plus favorables au travailleur zambien.
Shamenda, qui a succédé au deuxième président de la Zambie — Frederick Chiluba — à la tête du ZCTU — estime que les lois devraient spécifier les postes qui peuvent être occupés par des étrangers dans une compagnie appartenant à un expatrié. A l'heure actuelle, les investisseurs font occuper ces postes par leur propre personnel même lorsque des Zambiens qualifiés sont disponibles.
Ironie du sort, ceci intervient dans un climat de renforcement des relations économiques entre la Zambie et la Chine datant de l'époque d'avant l’indépendance. La Chine a exprimé un intérêt à aider le pays à construire un stade omnisports de plusieurs millions de dollars. La Zambie doit abriter les Jeux africains en 2011, mais n'a pas de stade approprié pour cet événement.

