ECONOMIE-MAURICE: Maurice mise sur l'exportation de vêtements vers ses voisins

PORT LOUIS, 19 oct (IPS) – Pour relancer ses exportations de produits textiles, l'île Maurice lorgne vers de nouveaux marchés sur le continent africain, notamment l'Afrique du Sud, un pays qui devra limiter certaines importations chinoises en 2007.

La fin de l'Arrangement multi-fibre (AMF), qui accordait à certains pays en développement un accès privilégié aux marchés américain et européen de la confection, a entraîné sur l'île Maurice la fermeture de nombreux petits ateliers de confection et de quelques grandes usines textiles. Des milliers de personnes, principalement des femmes, se sont ainsi retrouvées sans emploi.

Aujourd'hui, pour relancer les exportations textiles, l'industrie veut se concentrer sur ses voisins africains, comme le Kenya, la Tanzanie, l'Ouganda, le Mozambique, l'Ethiopie, la Zambie ou encore Madagascar.

'Enterprise Mauritius' (EM), une agence gouvernementale qui appuie les petites entreprises, parie notamment sur l'Afrique du Sud et son important marché de t-shirts, pulls et pantalons. “Nous devrions faire en sorte d'être le premier choix après la Chine dans ce segment”, a déclaré à IPS l'un des responsable de l'agence. La décision de l'Afrique du Sud de limiter certaines importations chinoises à partir de janvier 2007 pourrait pousser les exportateurs mauriciens dans ce sens.

Maurice se tourne également vers l'Asie. L'île a en effet déjà obtenu un contingent d'un million de vêtements destinés au marché indien, et ce grâce à un accord commercial préférentiel conclu avec New Delhi. Des négociations sont également en cours avec les Etats-Unis et le Pakistan.

L'industrie textile mauricienne semble donc vivre une nouvelle jeunesse après la tornade provoquée par l'arrêt de l'AMF. De nouvelles usines ont été ouvertes et, cette année, quelque 60 millions de dollars ont déjà été investis dans le secteur.

“Ce qui est incroyable, c'est que l'activité reprend. Les industriels, qui ne parvenaient pas à dormir l'an dernier à cause du manque de commandes, ne parviennent à présent plus à dormir à cause de la quantité de commandes”, se réjouit le ministre de l'Industrie et du Commerce, Rajesh Jeetah.

En 2005, les exportations s'élevaient à 942 millions de dollars, contre 1,03 milliard un an auparavant. Au cours des six premiers mois de 2006, elles ont atteint un peu plus de 500 millions de dollars, ce qui laisse suggérer un retour au niveau atteint en 2004.

Pour le premier trimestre de l'année, la valeur nette des exportations a enregistré une hausse de 23 pour cent par rapport à la même période l'an dernier.

En suivant cette tendance, la valeur totale des exportations du secteur de la confection et du textile devrait être plus élevée que l'an dernier. L'économiste Eric Ng Ping Chung table d'ailleurs pour 2006 sur une croissance positive de l'ordre de 1,7 pour cent pour le secteur.

Le gouvernement mauricien a également pris différentes mesures, d'un coût avoisinant déjà 1,6 million de dollars, pour redresser l'industrie. L'objectif est de recentrer l'industrie mauricienne sur différents segments qui permettraient de relancer les exportations. Les usines, les marchés, les produits de développement et de logistique ont, tous, fait l'objet d'une restructuration.

Le gouvernement s'est également soucié de l'accès au financement et aux marchés. L'une des dernières mesures en faveur du secteur de la confection a été la création d'un Institut de la mode et du design, destiné à aider les créateurs à faire leurs premiers pas dans l'industrie, ce qui nécessite à la fois création, innovation, haute technologie, rapidité de la production et originalité pour permettre de différencier le produit.

L'agence 'Enterprise Mauritius' se concentre sur la stratégie d'action et la compétitivité des firmes, ainsi que sur les conditions opérationnelles des petites entreprises, afin de les aider à développer de nouveaux produits et à explorer de nouveaux marchés.

Le renouveau de l'industrie textile a toutefois lieu dans un contexte économique de pression sur les prix, indique le vice-président de l'Association des zones franches de Maurice, Ahmed Parker.

“Les acheteurs européens et américains sont habitués aux bas prix pratiqués par la Chine. Maurice devra suivre cette tendance, tout en maintenant une certaine qualité des produits, le respect des délais de livraison et le service à la clientèle”, dit-il.

L'industrie textile est l'un des quatre piliers économiques de l'Ile Maurice, avec le sucre, le tourisme et les services financiers. On pouvait anticiper l'effondrement de ce secteur avec la fin de l'AMF. Il a en effet chuté de six pour cent en 2002 et 2003, 6,8 pour cent en 2004 et huit pour cent en 2005.

Présentement, 250 usines textiles sont actives sur l'île. Elles emploient quelque 55.000 travailleurs locaux et 13.000 travailleurs étrangers. En 1999, environ 91.000 personnes travaillaient encore dans le secteur, avant de chuter à 77.500 en 2003 et à 66.300 en 2005. Près des deux-tiers de ces employés sont des femmes.

Si l'industrie a pu bénéficier de l'aide du gouvernement, le sort des travailleurs ayant perdu leur emploi n'a pas toujours été pris en compte.

Certains d'entre eux ont pu bénéficier de crédits — entre 162 et 194 dollars — du gouvernement pour démarrer des micro-projets, mais des milliers d'autres attendent toujours d'être indemnisés, malgré plusieurs actions de protestations menées dans les rues de la capitale, Port Louis.

Take Basdeo Jhingree et Sweta Bassant sont deux travailleurs licenciés l'an dernier. “Notre situation est plus difficile car nous devons rembourser des prêts pour notre maison”, souligne Bassant.

“Les enfants doivent aller à l'école, nous nous battons toujours pour retrouver du travail, mais avec si peu de travail dans les environs, ce n'est vraiment pas facile de trouver un emploi ailleurs, en particulier pour ceux qui sont plus âgés”.

Comme nombre d'autres sans emploi, ils font des ménages dans des maisons ou vendent des marchandises dans la rue. Certains ont été formés à l'aviculture dans une ferme tenue par l'organisation non gouvernementale “Mouvement autosuffisance alimentaire (MAA)”.

“Beaucoup de femmes qui ont perdu leur emploi ont démarré de petites activités liées à l'alimentation… D'autres ont commencé à élever de la volaille et à vendre des oeufs dans leur voisinage pour se faire un peu d'argent”, explique Eric Mangar, directeur du MAA.

Pour Jane Ragoo, de la Fédération des syndicats progressistes, les travailleurs n'ont pas été en mesure de bénéficier des réformes entreprises dans les grands segments de l'industrie.

“Lorsque les usines se modernisent, doit-on considérer uniquement l'équipement technique ou bien également le salaire et les conditions de travail?”, demande-t-elle.

Les bas salaires et le manque de bénéfices constituent toujours un problème. Les ouvriers travaillent toujours 55 heures par semaine pour moins de 90 dollars, sans sécurité d'emploi et sans retraite à l'âge de 60 ans, comme c'est le cas dans d'autres secteurs — et des femmes âgées ne sont pas employées, souligne Ragoo.

Elle dénonce également ces patrons qui estiment que les travailleurs locaux sont trop paresseux et qui font dès lors appel à des travailleurs étrangers bon marché.

Le déclin de l'industrie textile mauricienne s'explique par plusieurs raisons : la libéralisation du commerce, la compétition mondiale et la production à moindre coût mises en application par des pays émergents comme la Chine, l'Inde, le Bangladesh et le Sri Lanka. Plusieurs faiblesses ont également contribué à sa vulnérabilité, comme les charges patronales couplées d'un faible niveau de productivité, ou le manque de travailleurs qualifiés qui signifiait une disparité entre la demande et l'offre sur le marché du travail.