COMMERCE: Les doutes des petites nations au sujet de l'UE augmentent

BRUXELLES, 14 oct (IPS) – Une proposition du ministre sénégalais du Commerce, Mamadou Diop, de reporter la date limite de 2008 pour la signature des accords commerciaux avec l'Union européenne (UE) a obtenu beaucoup de soutien à une rencontre à Bruxelles jeudi.

La rencontre a enregistré la participation des ministres et ambassadeurs des pays du groupe Afrique, Caraïbes, Pacifique (ACP) en prélude aux discussions des ministres du Commerce et du Développement de l'UE la semaine prochaine.

Certains des leaders des nations du Pacifique au sein du groupe ACP – fort de 79 membres – ont déclaré qu'ils envisageaient de sortir des Accords de partenariat économique (APE) controversés entre les régions UE et ACP.

"Dans la région Pacifique, le climat est au pessimisme", a indiqué à la rencontre, Kaliopate Tavola, ministre du Commerce de Fiji. "Au début des négociations, nous attendions beaucoup de l'idée de transformation des APE en un outil de développement. Mais dans l'état actuel des choses, l'accord menace d'écraser nos économies fragiles. Certaines petites îles pourraient simplement se retirer complètement de l'accord".

Les négociations sur de nouveaux accords commerciaux entre l'UE et les 79 pays ACP ont commencé en 2002, et sont actuellement en train d'être passées en revue. Les accords devraient être prêts d'ici à la fin de 2007.

Mais les propositions de l'UE tout au long des discussions menacent de saper le développement plutôt que de le favoriser, ont convenu des ministres ACP et des organisations non gouvernementales (ONG) à la conférence. L'Europe devrait étudier des alternatives véritables durant la prochaine rencontre des ministres du Commerce et du Développement de l'UE, les 16 et 17 octobre, ont-ils souligné. Les pays ACP demandent que les APE figurent parmi les priorités de l'ordre du jour de l'UE.

Plusieurs pays ACP se sentent trahis par la direction qu'ont prise les négociations. En 2000, ils ont signé l'accord de Cotonou (au Bénin en Afrique de l'ouest), un cadre de coopération ACP-UE. Le texte de Cotonou dit que les APE devraient promouvoir le développement, contribuer à l'éradication de la pauvreté et favoriser l'intégration des pays ACP dans l'économie mondiale. Mais à l'heure actuelle, les choses ne semblent pas être ainsi.

"Dans les Caraïbes, on a le sentiment que l'UE est en train de négliger les problèmes des petits pays", a déclaré la ministre du Commerce de la Barbade, Dame Billie Mille. "Jusqu'à présent, nous n'avons vu qu'une offre limitée de soutien, liée au commerce. L'UE devrait investir beaucoup plus dans le renforcement des capacités et l'amélioration de la compétitivité avant l'ouverture du commerce".

On devrait également tenir plus compte des pertes de revenus liées aux APE, a-t-elle affirmé. "Un fort pourcentage de recettes des gouvernements dans les pays ACP à l'heure actuelle vient des taxes à l'importation. L'UE devrait compenser la perte de revenus lorsque les taxes disparaîtront". Les pays caribéens sont en train de proposer un mécanisme d'ajustement des APE pour un soutien financier rapide.

Miller a dit que les négociateurs de l'UE essayaient de faire passer à la hâte des accords sans tenir compte des particularités caribéennes. L'UE a divisé les 79 pays ACP en six régions pour conclure des accords régionaux séparés, mais les négociateurs adoptent souvent une approche 'd'une même dimension pour tous'.

"Nous sommes en train de mettre la charrue avant les boufs", a déclaré Diop, ministre sénégalais du Commerce. "Nous n'avons toujours pas une bonne étude d'impact des APE pour l'Afrique de l'ouest. Et nous ne connaissons toujours pas sur quelle flexibilité les pays ACP peuvent compter par rapport aux règles générales sur le commerce dans deux ans".

Au début des négociations des APE, les pays ACP espéraient qu'il y aurait un accord de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) sur la libéralisation du commerce en 2004 prévoyant un traitement spécial et flexible pour les pays pauvres. Mais les négociations de l'OMC sur la libéralisation du commerce sont au point mort, ce qui signifie que les règles commerciales actuelles, plus strictes, s'appliqueraient.

Les négociateurs européens doivent cesser d'imposer leur ordre du jour et commencer par se concentrer sur les questions de développement, a indiqué Diop. "Jusqu'à présent, nous ne voyons pas un engagement clair d'accroître la compétitivité et la capacité de production dans les pays ACP, ni de se mettre d'accord sur les périodes de transition qui sont assez longues".

Les propositions APE faites par les Européens suscitent des critiques de la part des fermiers et industries des pays ACP ainsi que des ONG depuis des années. Ces groupes s'opposent à l'idée de réciprocité qui sous-tend les négociations — réciprocité entre des acteurs qui ne sont guère égaux.

"Les APE dans leur état actuel seront un désastre pour les perspectives économiques de certains des peuples les plus pauvres du monde. Les APE ont besoin d'une réforme radicale", a indiqué Yash Tandon, directeur exécutif du 'South Centre' (Centre Sud) qui a organisé la conférence. Le 'South Centre' est une organisation inter-gouvernementale de pays en développement, basée à Genève.

"L'Europe devrait d'abord soutenir les pays ACP dans leur processus d'intégration régionale, et ensuite seulement commencer par voir si et comment les économies peuvent être ouvertes au niveau international", a souligné Marc Maes de l'ONG belge 11.11.11. "C'est la stratégie que l'UE suit actuellement en Amérique latine et centrale".