AFRIQUE AUSTRALE: La protection sociale n'est pas tant un luxe mais une nécessité

JOHANNESBURG, 16 oct (IPS) – La protection sociale apparaît comme une option politique au sein des gouvernements et donateurs en Afrique australe, comme la pauvreté et le chômage persistent malgré la croissance économique dans la région.

Des autorités au Malawi, au Lesotho et en Afrique du Sud se sont lancées dans des programmes de transfert d'argent pour aider les personnes les plus vulnérables aux chocs économiques, comme les vieillards et les enfants.

Des organisations non gouvernementales (ONG) affirment, à leur tour, que les réseaux de sécurité pour aider les gens à faire face aux difficultés économiques ne sont pas simplement des "choses bien pour les riches", mais font partie intégrante des droits des citoyens et d'une gouvernance responsable.

Toutefois, Stephen Devereux du Centre de protection sociale à l'Université de Sussex au Royaume-Uni note que la région a encore du chemin à faire sur cette question. Les "principes de prévisibilité des transferts et du droit à l'emploi qu'on peut réclamer à l'Etat" sont encore pour la plupart inconnus en Afrique australe, affirme-t-il.

Des ONG internationales et des donateurs déterminent en grande partie le plan, le financement et la mise en ouvre des transferts d'argent pour l'aide sociale. Toutefois, leur soutien aux transferts pourrait se révéler cyclique, ou simplement une mode passagère — quelque chose qui remet en cause le caractère durable de ces stratégies.

Les ONG insistent également sur le fait que les transferts d'argent sont un mécanisme transitoire qui devrait être accompagné d'efforts pour améliorer les conditions sous-jacentes qui perpétuent la pauvreté.

On pourrait dire que la question de la protection sociale a été négligée dans le Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique et le Plan des politiques, de l'intégration du commerce dans les stratégies de développement de la Communauté de développement de l'Afrique australe.

Les deux programmes insistent sur la croissance, mais ne proposent pas des politiques pouvant permettre aux populations de se remettre très vite lorsqu'elles sont affectées par les conséquences sociales éventuelles de la libéralisation économique, comme le chômage.

Les huit Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) — des Nations Unies — ont toutefois aidé à préparer le terrain pour un réexamen des priorités.

Abi Masefield, chargé de politique à l'organisation humanitaire Plan, au Royaume-Uni, a déclaré à IPS que le premier OMD, lié à l'éradication de l'extrême pauvreté et de la faim, ne devrait pas être vu comme séparé de la réalisation des autres OMD, mais comme une condition préalable.

Par exemple, l'octroi d'une subvention de base aux enfants peut permettre aux femmes d'échapper plus facilement à la violence domestique et de savoir se défendre elles-mêmes — ce qui est essentiel pour atteindre l'OMD sur l'égalité de genre. Il en est de même pour l'amélioration de la nutrition et l'accroissement de l'accès à l'éducation pour les enfants (le deuxième OMD se focalise sur la réalisation de l'éducation primaire universelle).

Des décideurs politiques ont fini par voir la protection sociale comme un investissement dans la capacité des personnes très pauvres à sortir de la pauvreté et à contribuer à une société plus productive, indique Masefield.

Selon Devereux, il y a eu un glissement du modèle de charité vers un modèle qui proclame la protection sociale comme un droit de citoyenneté.

L'Inde et le Brésil vont également dans cette direction. En Inde, le Plan de garantie de l'emploi a mené une campagne nationale sur le droit à l'emploi. Cela a débouché sur la Loi nationale de garantie de l'emploi rural, de 2005, qui assure à chaque ménage rural 100 jours d'emploi au salaire minimum.

Le Brésil a développé un système de transfert d'argent conditionnel qui comprend une subvention scolaire, une subvention alimentaire et un réchaud à gaz qui ont été tous combinés dans le programme “Bolsa Família” (subvention familiale). Ceci visait l'inclusion sociale et le soutien aux familles vulnérables, souligne Antonio de Oliveira du ministère brésilien du Développement social et de la Lutte contre la faim.

Bolsa Família se concentre à rompre la perpétuation de la pauvreté d'une génération à une autre à travers l'éducation et le soutien à la santé. Un individu classé comme vivant dans l'extrême pauvreté (une personne qui gagne moins de 30 dollars par mois) reçoit 32,5 dollars, tandis que quelqu'un qu'on considère comme pauvre reçoit plus de sept dollars. A ce jour, un peu plus de 11 millions de personnes en bénéficient à un coût de 2,85 milliards de dollars, soit 0,3 pour cent du produit intérieur brut annuel du Brésil.

Concernant l'accessibilité, Rebecca Holmes de l'Institut du Royaume-Uni pour le développement d'outre-mer, souligne que c'est plutôt une question de volonté politique. Après tout, les gouvernements décident de ce à quoi ils consacrent leurs budgets.