GENEVE, 4 oct (IPS) – L'eau potable est plus vitale que la nourriture, mais aucun texte ne définit clairement comment garantir son accès. Une poignée de pays lance un projet en cette fin de session du Conseil des droits de l'Homme des Nations Unies, en cours à Genève.
Les représentants de l'Espagne et de l'Allemagne, à l'origine de cette initiative, ont présenté, mardi, leur texte aux délégations qui voulaient bien la commenter. Ce sont les balbutiements d'un processus qui pourrait déboucher, dans quelques années, sur une convention garantissant “l'accès à l'eau”. Le sujet est théoriquement simple, le texte présenté aussi : il demande au Haut commissaire de l’ONU pour les droits de l’Homme, Louise Arbour, de “conduire une étude détaillée” sur les obligations relatives au droit à l'eau, et sur les outils disponibles pour le mettre en œuvre. Selon Joaquim de Aristegui, qui présente le projet pour l'Espagne, il s'agit, d'”explorer un territoire inconnu” qui vise à incorporer la question de l'eau dans l'agenda du Conseil des droits de l'Homme de l’ONU.
Le territoire n'est pas totalement vierge, puisqu'une brochette de textes des Nations Unies fait référence à l'eau, notamment l'Agenda 21 (1992) ou le droit au développement. Mais curieusement, rien ne traite de l'accès à l'eau à proprement parler. A tel point que, lorsqu'il a reçu son mandat de rapporteur sur l'alimentation, Jean Ziegler a demandé de pouvoir incorporer le précieux liquide. Un chapitre de son rapport sur le Liban, qui devrait être présenté mercredi, est consacré à l'eau.
La sous-commission des droits de l'Homme, elle-même, avait planché sur le sujet, tout en reconnaissant qu'elle voulait avant tout “aider à la mise en œuvre du droit à l'eau potable” et non “donner une définition juridique exhaustive du droit à l'eau”. Car aussi banal que le sujet paraisse, il recèle son pesant de subtilités que seuls des négociateurs onusiens aguerris savent débusquer.
Ainsi, parmi les remarques faites aux initiateurs du projet, celle de considérer non pas l'”accès à l'eau”, mais “un accès équitable à l'eau potable” ou encore “un accès à de l'eau saine, en suffisance et abordable”. La différence serait élémentaire pour certains : dans le premier cas, la question touche à la politique de chaque pays; et dans le second, il s'agit de droits de l'Homme. D'autres interprétations sont évidemment possibles, les initiateurs cherchant à garder la porte le plus largement ouverte pour ne pas préjuger de l'étude qu'ils demandent.
Le projet était soutenu par 23 pays, dont la Suisse. S'il trouve suffisamment de soutien, il fera son chemin au fil des sessions du conseil. Lundi en fin de journée, l'Espagne et l'Allemagne avaient pu déposer leur projet de résolution. Pour Christophe Golay, assistant de Ziegler dans son travail de rapporteur, “ce serait une bonne chose que la question de l'eau sorte du mandat de l'alimentation pour devenir un sujet à part entière, cela lui donnerait une plus grande visibilité”.
*(Michel Bührer est journaliste à InfoSud, une agence de presse suisse basée à Genève. Cet article est publié en vertu d'un accord de coopération entre InfoSud et IPS).

