SANTE-AFRIQUE AUSTRALE: Le germe de la tuberculose''extrême'' exige une action rapide

JOHANNESBURG, 9 sep (IPS) – Pour la région la plus affectée par le SIDA au monde, c'est, le moins qu'on puisse dire, un développement fâcheux : une épidémie de tuberculose (TB) dans la province du sud-est de l'Afrique du Sud, le KwaZulu-Natal, causée par une variété de la maladie qui résiste à presque toutes les formes de traitement.

A ce jour, 52 des 53 malades connus pour avoir été infectés sont morts dans l'intervalle de 25 jours environ depuis l'apparition du premier cas suspect, indique un communiqué des délégués au cours d'une rencontre dans la capitale économique d'Afrique du Sud, Johannesburg, pour discuter de la meilleure manière de traiter de la résistance de la TB. La réunion de deux jours, qui a pris fin vendredi, a rassemblé des experts de la TB de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) et d'ailleurs.

"Ce taux de mortalité extrêmement élevé s'explique en partie par le fait que 44 patients testés sont séropositifs; 15 d'entre eux recevaient des ARV (médicaments anti-rétroviraux). Néanmoins tous ont succombé à la XDR-TB", souligne le communiqué.

La XDR-TB — 'Extensive or Extreme Drug Resistant TB' (TB très ou extrêmement résistante aux médicaments) — est une forme beaucoup plus sévère de la 'Multidrug Resistant TB' (TB résistante à plusieurs médicaments – MDR-TB). Alors que des variétés de MDR-TB sont résistantes à au moins deux des principaux médicaments utilisés pour traiter la TB dans la première phase, l'isoniazide et la rifampicine (connus comme "médicaments de première ligne), la XDR-TB est également résistante à divers médicaments de seconde ligne — les dernières armes contre la maladie.

Des formes ordinaires de TB étaient déjà connues comme étant d'une préoccupation particulière pour des personnes infectées par le VIH, dont les systèmes immunitaires sont trop faibles pour combattre la maladie. L'émergence de la XDR-TB expose les malades du SIDA à un risque beaucoup plus élevé.

"Une étude mondiale a rapporté plus tôt cette année que la XDR-TB est présente dans chaque région du monde. Toutefois, une récente épidémie dans la province du KwaZulu-Natal en Afrique du Sud a mis l'accent sur le risque de la XDR-TB pour des personnes infectées par le VIH", observe le communiqué.

Ces propos ont été repris en écho jeudi par Dr Karin Weyer, directrice de recherche sur la tuberculose au Conseil de recherche médicale d'Afrique du Sud, une organisation largement financée par le gouvernement.

"L'Afrique australe est l'épicentre du VIH et de la TB. Nous devons agir vite. Si la nouvelle variété de TB devient incontrôlable, cela constituera une grande menace pour la région et au-delà", a-t-elle déclaré à un point de presse donné en marge de la rencontre de Johannesburg.

"Le VIH a le potentiel de transformer rapidement la XDR-TB en une épidémie incontrôlable. Les précautions pour le contrôle de l'infection sont nécessaires maintenant, et doivent être accrues sans tarder dans les lieux où des malades de VIH sont mis en contact".

Ken Castro, directeur de la Division de l'élimination de la tuberculose dans les Centres de lutte et de prévention de la maladie du gouvernement américain, a ajouté : "La TB n'a pas de frontières. C'est pour cela que nous voulons l'enrayer de toute urgence".

Le Programme conjoint des Nations Unies sur le VIH/SIDA estime que l'Afrique australe abrite environ une personne sur trois vivant avec le VIH/SIDA (au plan mondial, 38,6 millions de personnes étaient séropositives l'année dernière, selon l'agence). Pour sa part, la Communauté de développement d'Afrique australe évalue le nombre de personnes vivant avec le VIH/SIDA dans la région à plus de 14 millions.

La TB devient résistante aux médicaments à travers divers facteurs, dont le fait pour les patients de manquer d'achever les séries de traitement anti-TB, la mauvaise prescription des médicaments, et la fourniture de médicaments de mauvaise qualité. "De nouveaux médicaments anti-TB sont extrêmement nécessaires pour traiter les malades de la XDR-TB", indique un document publié à la conférence sur la TB de Johannesburg.

Mais, "La recherche sur ces nouveaux agents n'a été relancée que récemment et malgré des médicaments prometteurs en cours de réalisation, ils ne seront pas disponibles pendant au moins cinq ans. Un investissement supplémentaire dans la recherche et le développement de nouveaux produits sera nécessaire pour assurer un nombre adéquat de médicaments efficaces".

Diagnostiquer simplement la XDR-TB en Afrique australe peut être problématique.

"En Afrique du Sud, nous avons six laboratoires. Dans la région, la plupart des pays ont seulement un laboratoire dans le principal hôpital dans la capitale", a déclaré Meyer.

Toutefois, l'Afrique du Sud n'est pas hors de problèmes à cet égard, a noté le professeur Willem Sturn de la Faculté de médecine Nelson Mandela à l'Université du KwaZulu-Natal.

"Nous sommes mieux nantis en Afrique du Sud que plusieurs autres pays africains", a-t-il dit aux journalistes. "Mais nos zones rurales sont dispersées, rendant difficile le contrôle de la maladie".

Pour le futur immédiat, des délégués à la rencontre de Johannesburg conseillent aux agents de santé de suivre un plan d'action en sept points qui stipule — entre autres — des études rapides de la XDR-TB, l'amélioration de la capacité des agents de santé à traiter des épidémies de la XDR-TB, la mise en place des précautions contre l'infection, et la promotion de l'accès de tous aux ARV".

Au niveau mondial, la TB fait 1,7 million de morts par an, selon l'OMS.