TORONTO, 17 août (IPS) – La découverte d'un vaccin ou d'un médicament contre le SIDA étant de plus en plus rejetée aux calendes grecques, les chercheurs et les donateurs fondent davantage leurs espoirs sur une technologie plus sûre et plus rapide : les microbicides.
"La découverte d'un vaccin contre le VIH est un projet à long terme. Voilà pourquoi nous devons accélérer les recherches sur d'autres outils de prévention qui peuvent être disponibles très bientôt", a déclaré Melinda Gates, épouse du milliardaire américain et patron de Microsoft, Bill Gates, dont la fondation investit beaucoup dans la recherche contre le virus du SIDA. Le couple Gates est présent à la 16ème Conférence internationale sur le SIDA qui se déroule cette semaine à Toronto, au Canada, avec plus de 20.000 participants, comprenant des chercheurs et des associations de lutte contre le VIH/SIDA. La fondation, qui porte leur nom 'Bill and Melinda Gates Foundation', a donc décidé de mettre une partie de leur énorme fortune acquise dans l'informatique, au service de la recherche sur le SIDA. "Nous croyons que le raccourci le plus prometteur qui pourrait être disponible très bientôt, ce sont les microbicides ou un médicament oral de prévention", a dit Melinda Gates. "Les microbicides sont des produits vaginaux conçus pour réduire les risques de transmission du VIH lors des rapports sexuels", indique un organisme de recherches scientifiques, appelé Partenariat international pour les microbicides (IPM, en anglais). L'IPM, basé dans l'Etat du Maryland, aux Etats-Unis, a été créé en 2002, fruit d'un partenariat public-privé, pour répondre de manière urgente et efficace à un problème mondial de santé publique : le SIDA. Les microbicides peuvent prendre la forme d'un gel, d'une crème, d'un film, d'un suppositoire ou d'une éponge, mais peuvent également être contenus dans un anneau qui, intégré dans le vagin de la femme, va progressivement libérer son composant actif, selon l'IPM. Produit d'application vaginale, le microbicide réduirait le risque de transmission du virus du SIDA lors de l'acte sexuel. "Les microbicides pourraient très bien aussi se présenter sous une forme toute nouvelle et être utilisés d'une façon qui reste à inventer, puisque les recherches, quoique prometteuses, sont toujours en cours", explique Martin Methot, directeur exécutif du développement des ressources et communications de l'IPM. Les microbicides sont une option de prévention du VIH/SIDA dont le contrôle revient à la femme, qui représente les deux tiers des personnes infectées par le virus dans les pays en développement, selon différents rapports présentés à la conférence de Toronto.
Parmi les microbicides actuellement en développement, certains tuent ou paralysent le virus, d'autres forment une barrière entre lui et le tissu vaginal; certains encore augmentent les défenses naturelles du vagin contre le VIH tandis que d'autres empêchent le virus de se répliquer lorsqu'il entre dans une cellule humaine, selon l'IPM. Et déjà, des personnalités de réputation mondiale ont adopté et soutenu le développement des microbicides. "Si j'avais un bâton magique pour accélérer quelque chose, ce serait les microbicides", a déclaré Bill Gates, immédiatement appuyé par un autre Bill, Clinton, ancien président des Etats-Unis, qui ajoute : "Si nous voulons mettre fin au SIDA, nous devons continuer à travailler sur le vaccin, les microbicides et d'autres stratégies de prévention". Pour sa part, Dr Peter Piot, directeur exécutif du Programme conjoint des Nations Unies sur le SIDA, exprime son étonnement : "Très franchement, je trouve extraordinaire que les recherches pour un microbicide vaginal sain et effectif aient progressé si lentement, particulièrement lorsque nous savons que les microbicides sont une possibilité réelle de prévention du SIDA". Anandi Yuvaraj, une activiste indienne de l'Alliance VIH/SIDA, estime que "rendre les microbicides disponibles, accessibles et pas cher aux femmes, est l'une des plus grandes et plus significatives contributions que le monde pourrait apporter aux femmes pour leur permettre de se protéger contre l'infection à VIH". De son côté, Graça Machel, épouse de l'ancien président sud-africain, Nelson Mandela, présidente de 'Foundation for Community Development', a déclaré que les femmes africaines, soumises à un risque énorme d'infection à VIH, ont besoin de cette méthode de prévention. "Les microbicides mettront la prévention contre le VIH dans leurs mains". En 2005, la communauté internationale a dépensé quelque 160 millions de dollars pour la recherche sur les microbicides. Mais l'IPM estime qu'il faut environ 300 millions de dollars chaque année pour aboutir à la découverte du produit. Si les efforts actuels se poursuivent sur le plan de la recherche scientifique, avec des financements adéquats, une volonté politique bien affirmée de part et d'autre, et un esprit de collaboration entre les différents chercheurs, les microbicides pourront être disponibles sur le marché dans les cinq ou sept années à venir, selon Methot de l'IPM.

