TZANEEN, nord de l'Afrique du Sud, 16 août (IPS) – Si une remarque faite par le ministre sud-africain des Affaires foncières doit être prise au pied de la lettre, le pays pourrait commencer par exproprier les propriétaires blancs de leurs fermes au début de l'année prochaine.
“Nous avons donné six mois pour des négociations.
Si cela échoue, nous allons commencer par exproprier les terres”, a déclaré Lulu Xingwana aux journalistes le 11 août à Polokwane — la capitale de la province septentrionale du Limpopo.
“Le président m'a donné mandat de finir la restitution des terres vers 2008”, a-t-elle ajouté. “Nos populations ont attendu pendant 12 ans (depuis l'avènement de la démocratie en 1994). Ils ne peuvent attendre plus longtemps”.
Sous l'apartheid, les Noirs ont été dépossédés de leurs terres; le gouvernement a maintenant l'intention de leur retourner cette propriété, ou de les dédommager pour cela.
Les autorités se sont engagées à réaffecter 30 pour cent des fermes commerciales aux Noirs vers 2014. Cependant, une étude réalisée en 2005 par le Centre de développement et de l'entreprise — un groupe de réflexion basé à Johannesburg — montre qu'entre 1994 et 2004, seulement 4,3 pour cent de ces terres a été transféré.
La remarque impromptue de Xingwana a suivi le lancement du rapport annuel de la Commission des réclamations des terres. A la date d'aujourd'hui, le gouvernement a favorisé une politique de “acheteur et vendeur consentants” pour aborder le problème des déséquilibres raciaux en matière de possession de terre.
Le ministre a attribué les retards observés dans la ré-affectation des terres à un nombre de facteurs, dont le manque de productivité dans les services mandatés pour traiter le problème n'est pas des moindres : “Les gens sont peut-être en train de dormir sur les dossiers ou bien ils prennent des congés de maladie. Je veux leur dire que s'ils ne sont pas intéressés par le travail, nous allons engager d'autres qui peuvent le faire”. Les personnes dont les terres étaient prises pendant l'apartheid ont été autorisées à soumettre des réclamations pour leur restitution de 1995 à 1998. Dans le Limpopo, 3.654 réclamations ont été enregistrées dont environ les trois-quarts ont été satisfaites.
L'une des zones réaffectées — Mamahlola, qui comprend 14 fermes — a été rétrocédée à l'Association de la propriété communale de Mamahlola en 2001.
“A un moment donné, Mamahlola était au bord du gouffre”, a noté Xingwana.
Toutefois, les efforts fournis par le Management des fermes de l'Afrique du Sud (SAFM) — un groupe local qui entraîne des fermiers noirs et leur fournit assistance — ont depuis lors tenté de gérer les richesses de cette propriété à d'autres fins.
“A travers des interventions stratégiques (Mamahlola) est de nouveau en selle et est en train de prospérer. Nous avons besoin d'émuler de telles interventions réussies et nous assurer que la passation des terres ne rime pas avec l'échec”, a indiqué Xingwana.
Mamahlola se vante aujourd'hui de manguiers et avocatiers luxuriants — produisant également des bananes, des lychees, des pacanes et d'autres cultures agricoles.
Le SAFM a sept projets similaires en cours, ailleurs dans le Limpopo, et la province voisine de Mpumulanga.
“Nous avons investi 10 millions de rand (environ 1,5 million de dollars) dans ce projet (Mamahlola). En tout, nous avons mis 100 millions de rand (15 millions de dollars) dans les deux provinces”, a déclaré à IPS, Henry Wolff, directeur de développement des affaires de SAFM.
Maintenant, le souci majeur de Mamahlola est l'eau; alors qu'elle reçoit ses provisions de la rivière Letsitele, ce cours d'eau ne peut pas satisfaire tous ses besoins — notamment pendant la saison sèche.
“Nous avons besoin d'un barrage. Nous espérons que le ministre parlera à son homologue du département des Affaires hydrauliques de nous aider avec un barrage”, a dit Charles Boyes, le directeur général de SAFM, dans un entretien avec IPS.
Des inquiétudes relatives à la réforme agraire ont été aggravées par les événements au Zimbabwe, où des milliers de fermiers blancs ont perdu leurs propriétés durant les invasions des terres qui avaient eu lieu en 2000 — et dans un programme ultérieur de redistribution ultrarapide des terres.
Certains craignent que l'Afrique du Sud ne suive son voisin du nord. La ré-affectation des terres est vue comme ayant contribué à accentuer le déclin économique au Zimbabwe, qui souffre actuellement d'une inflation à trois chiffres, d'un manque cruel de produits de première nécessité et d'une famine répandue.
Mais, indique Xingwana, “Nous ne chassons pas les Blancs de ce pays. Ils peuvent y venir en tant que partenaires stratégiques comme le SAFM, donnant des formations et d'autres appuis techniques”.
“Leur appui peut propulser la production agricole à de nouveaux sommets”, a-t-elle ajouté. “Nous voulons devenir le grenier de la SADEC et de l'Afrique”.
La SADEC est la Communauté de développement de l'Afrique Australe, forte de 14 nations.
L'étude du Centre de développement et de l'entreprise montre également que l'agriculture joue un rôle plus faible dans l'économie sud-africaine qu'au Zimbabwe, et que la plupart des Noirs sud-africains ne veulent pas cultiver la terre — aspirant plutôt aux emplois et aux logements.
“L'Afrique du Sud n'est plus majoritairement une société rurale.
L'importance économique de l'agriculture a décliné de façon spectaculaire, de 23 pour cent du PIB (produit intérieur brut) en 1920, à 3,4 pour cent en 2002″, note le rapport.
“L'agriculture peut offrir de bonnes conditions de vie à un nombre relativement faible de gens de plus en plus qualifiés, mais dans une Afrique du Sud aride, de libre échange, cela ne peut simplement pas être une porte de sortie de la pauvreté pour des millions de gens”.

