POLITIQUE-KENYA: Des officiels corrompus pourraient échapper à la justice

NAIROBI, 7 août (IPS) – Le jugement rendu par la cour la semaine dernière, blanchissant l'ancien ministre de l'Education George Saitoti de toute faute dans le scandale de l'affaire Goldenberg au Kenya, suscite des craintes que d'autres gros suspects puissent suivre Saitoti et s'en sortir également.

Délivrant son jugement du 2 août qui fera date, la Haute Cour du Kénya a déclaré que Saitoti ne devrait pas être inculpé dans le scandale Goldenberg, la plus grande escroquerie financière du pays. Le Kenya a perdu près d'un milliard de dollars dans le scandale qui impliquait un plan d'exportations fictives d'or et de diamant par une compagnie appelée Goldenberg International. Saitoti a engagé une action en justice, visant à faire retirer son nom d'un rapport de la Commission d'enquête de Goldenberg, menant des investigations sur le scandale qui s'est produit au début des années 1990. Saitoti qui était vice-président et ministre des Finances au moment des faits, a été épinglé dans le rapport avec certains ses collègues haut placés dans le gouvernement. Le jugement dit que Saitoti a suivi la procédure lorsqu'il a approuvé un paiement au profit de Goldenbreg International. Il ajoute que l'avocat général Amos Wako a blanchi Saitoti dans une déclaration qu'il avait faite au parlement il y a plus de dix ans.

La cour a ordonné plus loin que tous les paragraphes défavorables à Saitoti soient retirés du rapport. “Comme des missiles guidés atteignent la cible seule, que cet ordre ait le même effet, en touchant seulement les paragraphes ciblés qui se réfèrent à (Saitoti)”, intime l'ordre du collectif des trois juges.

Constituée en 2003, la Commission d'enquête présidée par le juge Samuel Bosire, a déposé son rapport au gouvernement plus tôt cette année, après quoi Saitoti est allé devant la cour. Le rapport recommande, entre autres, la poursuite de ceux qui sont impliqués dans le scandale de corruption.

La sortie du rapport est suivie de la pression du public, poussant Saitoti à démissionner de son poste de ministre de l'Education dans le gouvernement actuel.

Le scandale de Goldenberg fait partie des cas de corruption massive qui ont mis le président sous la pression lui demandant d'honorer sa promesse de combattre les pots-de-vin. Il est venu au pouvoir en décembre 2002 sur une plate-forme anti-corruption.

Mais beaucoup voient la remise en cause du rapport comme un précédent dans la lutte contre la corruption, avec des craintes que d'autres personnes-clé indexées dans le rapport puissent suivre les pas de Saitoti et échapper à la justice.

“L'impact de ce jugement est très loin de porter ses fruits. Tout le monde dans le rapport va essayer d'aller à la cour. Le message que cela envoie est que des gens peuvent faire ce qu'ils veulent et rester impunis”, a dit à IPS, Maina Kiai, présidente de la Commission nationale des droits de l'Homme du Kenya, une institution indépendante — mise en place par le gouvernement, chargée de veiller au respect des droits humains.

“Le jugement aura absolument des ramifications sur d'autres cas relatifs à Goldenberg”, se préoccupe-t-il.

Déjà, Wilfred Koinange, ex-secrétaire permanent du Trésor, est allé devant la cour en vue d'être blanchi. Il était aussi cité dans le rapport.

Par ailleurs, Eric Kotut, ex-gouverneur de la Banque centrale, a tenté momentanément d'empêcher le gouvernement de l'arrêter dans le cadre de l'affaire Goldenberg.

A mesure que les craintes sur les implications du jugement de cette semaine se multiplient, le gouvernement dit qu'il est toujours en train d'étudier le verdict. Martha Karua, ministre de la Justice et des Affaires constitutionnelles, a indiqué le 1er août que l'avocat général Wako allait étudier le jugement avant de conseiller le gouvernement sur la ligne d'action à adopter.

Reste à voir comment le gouvernement va gérer l'affaire Goldenberg. Depuis, les groupes anti-corruption ne veulent pas discuter de cette affaire. “Je ne veux faire aucun commentaire sur cette affaire”, a déclaré à IPS, Nicholas Simani, le principal chargé des relations publiques à la Commission anti-corruption du Kenya. Son organisation enquête sur des affaires liées à la corruption.

Ce n'est pas la première fois que des recommandations faites par une commission d'enquête diligentée par le gouvernement, ont été contestées par une cour de justice.

Nicholas Biwott, un ex-ministre dans le régime de l'ancien président Daniel arap Moï, avait réussi à contester les recommandations d'une commission judiciaire chargée d'enquêter sur des heurts ethniques qui s'étaient produits respectivement en 1992 et 1997. Il avait obtenu que son nom soit retiré du rapport de la commission.

Présidée par le juge Akilano Akiwumi, la commission mise en place en 1998, avait remis son apport à Moï en 1999, mettant en cause Biwott.