DEVELOPPEMENT-AFRIQUE DE L'OUEST: Gérer ensemble les ressources du bassin de la Volta

LOME, 4 août (IPS) – Plusieurs pays d'Afrique de l'ouest souffrent d'une insuffisance d'énergie électrique qui se manifeste chaque année par des délestages affectant la vie économique de ces Etats, notamment entre avril et juin.

Face aux difficultés énergétiques et de gestion des ressources en eau en Afrique de l'ouest, les ministres de l'Energie et de l'Eau de six pays de la sous-région — Bénin, Burkina Faso, Ghana, Côte d'Ivoire, Mali et Togo — ont créé, le mois dernier à Lomé au Togo, 'l'Autorité du bassin de la Volta'. C'est une structure chargée de gérer les ressources du bassin de la Volta, un fleuve long de 1.600 kilomètres, dont ils se partagent les eaux ou celles de ses affluents.

“L'initiative de la mise en place de l'Autorité du bassin de la Volta s'inscrit dans la logique de la recherche de meilleures conditions de vie en faveur de nos populations”, a déclaré Kokou Agbémadon, le ministre togolais des Mines, Energie et Eau.

Selon Agbémadon, une organisation rationnelle de cet espace de plus de 400.000 kilomètres carrés, et sa meilleure gestion apporteront des retombées positives importantes aussi bien sur le vécu quotidien des populations que sur les économies des différents pays et de toute la communauté des Etats qui se partagent le bassin de la Volta. “Nous subissons chaque année les effets d'un délestage électrique lié au manque d'énergie”, déplore Isidore Otodjo, commerçant à Lomé, la capitale togolaise. Il indique à IPS qu'il espère que la création de l'autorité du bassin soulagera les populations des pays concernés. Selon des spécialistes, le bassin de la Volta était marqué, il y a quelque temps, par une anarchie quasi-généralisée, avec une multiplicité d'initiatives pas toujours profitables pour tous les Etats.

“Il y a bien longtemps que chacun de nos pays se bat pour trouver de nouvelles sources de richesse en vue de promouvoir son propre développement et pour offrir de nouvelles conditions de vie à ses habitants”, souligne Agbémadon qui reconnaît les échecs auxquels les Etats sont confrontés dans la plupart des initiatives mises en œuvre à cet effet.

Pour Agbémadon, les regroupements socio-économiques et politiques n'ont pas donné de grands résultats, certes, mais on comprend de plus en plus qu'aucun pays ne peut plus évoluer en vase clos et qu'ils ont plus que jamais besoin d'avancer en se serrant les coudes, en se concertant et en recherchant des solutions d'ensemble dans une vision communautaire. Pour sa part, Salif Diallo, le ministre burkinabé de l'Agriculture, de l'Hydraulique et des Ressources halieutiques, estime que l'Autorité du bassin de la Volta sera une agence intergouvernementale pour la gestion du bassin du fleuve Volta. Elle assurera la promotion, le développement et la planification stratégique des ressources en eau, a-t-il affirmé.

“Nous allons nous atteler à faire un diagnostic complet des potentialités, des problèmes de toute sorte qui dérangent le bassin; ensuite nous allons mettre en branle un plan de développement”, a expliqué Diallo. Selon lui, ce plan de développement portera sur des domaines comme l'exploitation hydroélectrique pour une augmentation de l'énergie, l'aménagement agricole dans le bassin du fleuve, et la pêche.

Le bassin de la Volta héberge déjà des barrages hydroélectriques comme Akossombo au Ghana, Ziga et Kompienga au Burkina Faso. Toutefois, les eaux de ces fleuves diminuent pendant la saison sèche, notamment entre avril et juin, réduisant la production électrique des barrages et impliquant des délestages.

Le barrage d'Akossombo produit 912 mégawatts d'électricité, selon un document de la réunion des ministres qui indique que ceux de Kompienga et de Ziga ont respectivement une capacité de stockage de 2,050 milliards de mètres cubes et 200 millions de mètres cubes d'eau.

Le Togo et le Bénin, associés dans la Communauté électrique du Bénin, basée à Lomé, achètent constamment de l'énergie produite par le barrage d'Akossombo. “Nous saluons cette initiative qui permettra une meilleure gestion des ressources en eau dans la région”, estime Aladjou Agouta, secrétaire général de l'Association togolaise des consommateurs, une organisation non gouvernementale basée à Lomé. “La mise en place de l'autorité favorisera l'optimisation des actions liées à l'eau, notamment le traitement de l'eau potable, l'irrigation pour l'agriculture, la fourniture d'électricité”, ajoute Agouta à IPS.

L'Autorité du bassin de la Volta est basée à Ouagadougou, la capitale Burkina Faso. Sa direction provisoire a été confiée à Charles Biney du Ghana, secondé par Mawussey Yawo Atikpo du Togo. Ils céderont leur place à un directeur exécutif qui sera nommé, en décembre prochain, par la conférence des chefs d'Etat et de gouvernement. Six pays se partagent le bassin de la Volta, mais le Ghana et le Burkina Faso se partagent 85 pour cent de l'espace. La population autour du bassin de la Volta, qui est près de 20 millions d'habitants, connaît une progression rapide avec une croissance annuelle de 2,54 pour cent, selon un document produit par des experts pour la réunion des ministres. Cette population pourrait augmenter de l'ordre de 55 pour cent pour le Burkina et de 57 pour cent pour le Ghana à l'horizon 2025, selon une projection des experts.

La population globale des six pays membres de l'Autorité du bassin de la Volta est d'environ 70 millions d'habitants.

Sola Afolabi, membre du secrétariat exécutif de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'ouest (CEDEA0), salue l'initiative. “Ce problème de manques de ressources en eau a toujours constitué un défi majeur à relever pour la satisfaction des besoins des populations”, reconnaît-il, promettant un appui de la CEDEAO aux actions des pays impliqués dans le projet du bassin. La Facilité africaine de l'eau, une structure créée à l'initiative de la Banque africaine de développement, a appuyé l'établissement institutionnel de l'Autorité du bassin de la Volta par l'octroi d'un don 165.000 euros (environ 200.000 dollars). La France se promet également son soutien financer à la nouvelle structure à hauteur de 1,2 million d'euros (environ 1,5 million de dollars), selon Alain Holeville, ambassadeur de France au Togo.