PEINE DE MORT: Pas de mobilisation pour des Nigérians à Singapour

LAGOS, 2 août (IPS) – Quand Uzonna Tochi a décroché le téléphone il y a deux semaines environ, il entendait les mots les plus froids de sa vie. “Je vous prie, faites vite quelque chose pour me sauver la vie; on pourrait m'exécuter à tout moment”, suppliait le grand frère d'Uzonna, Iwuchukwu Amara Tochi, depuis Singapour.

Iwuchukwu Amara Tochi, 19 ans, est assis dans le couloir de la mort à Singapour avec Okele Nelson Malachy, 31 ans, condamnés en mars après s'être rendus coupables de transporter 727,03 grammes d'héroïne à Singapour.

La Loi sur le mauvais usage des drogues à Singapour condamne tout être coupable de transporter plus de 15 grammes d'héroïne à une peine de mort exécutoire. Les deux hommes seront exécutés cette année s'ils n'obtiennent pas la clémence de président de Singapour.

Uzonna et les organisations des droits de l'Homme de par le monde ne désespèrent pas. Cependant, ils affirment qu'il est difficile d'obtenir une mobilisation internationale pour sauver la vie à un pauvre Nigérian.

M. Ravi, avocat des droits humains et membre du parti d'opposition, le Parti démocratique de Singapour, écrit dans un appel sur Internet qu'Iwuchukwu et Malachy, en tant qu'Africains, courent le danger d'être exécutés si rien n'est fait pour sauver leurs vies.

Contrairement à Iwuchukwu, Malachy est classé comme apatride et aucun pays n'a la responsabilité directe de plaider pour lui. Il détient un passeport sud-africain mais des officiels estiment qu'il est nigérian.

“Il y a eu une vague d'exécutions de nationaux africains à travers l'Asie, mais qui est passée inaperçue. L'Australie et ses homologues de l'ouest ont un traitement différent dans les médias”, a écrit Ravi sur le site Internet.

Par exemple, l'Allemande Julia Bohl qui était condamnée pour trafic de drogue en 2002, a échappé à la potence à Singapour quand elle a été relaxée et s'est exilée en 2005.

Cette année, Ravi s'est lancé dans une tournée européenne, donnant conférences de presse et rencontrant des parlementaires dans l'effort de plaider la cause d'Iwuchukwu et Malachy.

Des groupes comme Amnesty International ont également initié des campagnes pour sauver la vie des condamnés. A Lagos, où on compte le plus grand nombre de groupes des droits humains dans le pays, l'Organisation des libertés civiles (CLO) a déclenché une action pour forcer le gouvernement nigérian à intervenir au profit des condamnés.

“Depuis qu'il a perdu l'appel, je crains constamment que l'instant d'après ne soit son dernier jour à vivre”, a déclaré à IPS, Uzonna tout désespéré.

Il a de bonnes raisons de se faire du souci au sujet de son frère qu'il dit être le pourvoyeur de la famille. Autrefois footballeur, Iwuchukwu faisait du commerce avant de quitter le Nigeria pour le Pakistan il y a quatre ans.

C'est au cours d'un voyage de Pakistan à Singapour qu'il a été arrêté à l'aéroport de Changi, le 27 novembre 2004, soupçonné de transporter de l'héroïne à Singapour. Son avocat a indiqué à la cour que son client ne savait que les comprimés à bord du navire contenaient de l'héroïne. Il croyait transporter des médicaments.

L'arrestation et l'inculpation de son frère ont été gardées secrètes vis-à-vis de ses parents, a souligné Uzonna. “Mes pauvres parents vont mourir s'ils apprennent que l'enfant, qui s'est tant défoncé pour les nourrir, a écopé d'une peine de mort”, a-t-il dit.

Uzonna s'est rendu au ministère nigérian des Affaires extérieures deux fois et les officiels ont promis d'envoyer des correspondances pour tirer son frère d'affaire. Mais il a ajouté ne pas savoir si la promesse a été honorée.

Approchés par l'équipe de IPS en vue de recueillir des informations sur ce qui est en train d'être fait pour sauver la vie d'Iwuchukwu, les officiels du ministère ne pouvaient pas donner une réponse définitive.

“Le gouvernement nigérian n'a rien fait publiquement pour montrer qu'il veut sauver la vie d'Iwuchukwu”, déclare Princewill Akpakpan, le chef de la réforme pénale à la CLO.

“Le gouvernement se sent à peine concerné parce que, tout comme Singapour, le Nigeria dispose de la peine de mort”, a indiqué Akpakpan à IPS.

Si les deux avaient été inculpés du même chef d'accusation au Nigeria, ils auraient écopé d'une peine plus légère allant de trois ans à la détention à vie, affirme à IPS, Jonah Achema, directeur-adjoint des affaires publiques à l'Agence nigériane chargée de l'application de la loi sur les drogues.

“Cela dépendrait de la discrétion du juge ou d'autres facteurs indiquant si le coupable est un délinquant primaire ou non”, a souligné Achema.

En 1986, une loi nigériane a mis au rebut la peine de mort pour les contrevenants en matière de drogue. "Cela montre à quel point nos lois changent", a ajouté Achema.

Les statistiques de ceux qui avaient été exécutés dans le monde pour des délits de drogue ne sont pas disponibles. Mais Ryan Schlief, qui travaille au bureau de Singapour d'Amnesty International à Londres, a déclaré à IPS que les pays d'Asie et ceux du Moyen Orient, qui appliquent la peine de mort, le font pour sévir contre les drogues. Singapour, en particulier, est spécialement critiqué pour ses lois implacables sur la peine de mort. Plus de 420 personnes y ont été exécutées depuis 1991, la majorité pour trafic de drogue. On pense que Singapour détient le taux d'exécution par tête d'habitant le plus élevé du monde. Des critiques remettent en cause le bien-fondé des exécutions de ces contrevenants en matière de drogue. Ils estiment au contraire que la meilleure manière de décourager le crime est de s'assurer que les contrevenants sont détectés, arrêtés et poursuivis.

"Ceux qui enfreignent à la loi sur la drogue ne devraient normalement pas être obligés de payer de leurs vies", a déclaré Akpakpan.

De plus, aucune étude n'a prouvé que la peine de mort réduit le crime. En Iran, environ 2.000 personnes auraient été exécutées pour délits de drogue entre 1988 et 1999. Un rapport de l'Agence officielle d'information du pays, 'IRNA', a observé qu'en dépit des exécutions, le problème de trafic de drogue n'a pas été résolu. En 1995, 26 gouvernements ont adopté des lois punissant de mort les délits liés à la drogue. Les pays considèrent la peine de mort comme un moyen efficace mais peu coûteux d'extirper de la société les individus sont enclin à la criminalité.

La pression croissante des groupes de la société civile pour une abolition définitive de la peine de mort a forcé le gouvernement nigérian à initier un débat national sur l'applicabilité ou non de la peine capitale.

Singapour n'entend pas faire de même, indiquent les travailleurs des droits de l'Homme.

“Il y a habituellement très peu de débats publics sur la peine de mort à Singapour. Ceci est dû en partie au contrôle sévère que le gouvernement exerce sur la presse et les organisations de la société civile”, estime Amnesty International dans un rapport.

Amnesty International a été victime d'une telle rigueur gouvernementale en avril 2005 lorsque Singapour a refusé d'autoriser l'un de ses membres à s'exprimer à une conférence organisée par des leaders de l'opposition politique et des activistes des droits humains sur la peine de mort.

En plus, le gouvernement de Singapour accorde rarement la clémence aux trafiquants de drogue, soulignent Ravi et Amnesty International, ce qui rend plus urgent le besoin de mobiliser la pression internationale pour sauver les vies de Malachy et Iwuchukwu Tochi.

***** +Singapore Democrat (www.singaporedemocrat.org/articleafricanexecution.html)