POLITIQUE-COTE D'IVOIRE: L'insécurité règne malgré le pré-regroupement des rebelles

KATIOLA, centre de la Côte d'Ivoire, 26 juil (IPS) – Le pré-regroupement des rebelles dans des casernes a été accueilli favorablement par les populations des villes sous contrôle des Forces nouvelles (ex-rebelles), en Côte d'Ivoire. Toutefois, des attaques à main armée contre des civils sont courantes dans la région.

Il n'est pas aisé aujourd'hui de circuler sur une route dans les zones sous contrôle rebelle à cause des coupeurs de route qui y sévissent de jour comme de nuit. Sous la menace de leurs armes, ils n'hésitent pas à dépouiller les victimes de leurs biens. “Nous avons maintes fois interpellé les autorités locales des Forces nouvelles, mais il n'y a jamais eu d'amélioration”, déplore Drissa Dagnogo, un vendeur d'objets d'art, interrogé par IPS au cours de ce mois au marché de Katiola, une localité du centre de ce pays d'Afrique de l'ouest coupé en deux depuis le 19 septembre 2002 par une rébellion armée.

Mais, en plus des agressions des coupeurs de route, il y a également des attaques à domicile. “Dès que nous avons remarqué que le port du treillis et des armes en bandoulière avait diminué en ville, nous pensions que le retour de la paix n'était plus loin et que les choses allaient vraiment changer”, raconte à IPS, Womiégnon Soro, transporteur à Korhogo, dans le nord de la Côte d'Ivoire. “Mais avec ces attaques répétées dans les quartiers, nous avons des insomnies, surtout que les auteurs sont munis d'armes de guerre”. Il ne se passe pas un jour, sans qu'il ne soit rapporté un cas d'attaque de domicile dans les différentes villes sous contrôle rebelle. Selon un responsable des Forces nouvelles, qui a requis l'anonymat, une cinquante d'attaques à main armée et trois agressions de coupeurs de route ont été enregistrées entre juin et la mi-juillet 2006 dans les zones sous leur contrôle.

Au cours d'une attaque au domicile d'un agent commercial à Korhogo, dans la nuit du 26 juin, des bijoux et des appareils électroménagers d'une valeur de 4.000 dollars environ ont été emportés, a indiqué à IPS, la victime, Benjamin Konan.

Ensuite, sur la route Korhogo-Katiola, cinq commerçants transportant des marchandises pour la capitale économique ivoirienne Abidjan, ont été dépouillés par des malfrats qui leur ont arraché et emporté quelque 20.000 dollars, a expliqué à IPS, l'une des victimes, Nemin Koné.

Parfois, des populations s'opposent vigoureusement aux attaques des domiciles. Récemment, quatre bandits ont été tués tandis que des résidents ont été blessés dans l'attaque d'un quartier de Mankono, dans le nord-ouest du pays. Toutefois, les domiciles privés ne sont pas les seuls visés par les attaques des bandits. Plusieurs agences de la Banque centrale des Etats de l'Afrique de l'ouest (BCEAO) ont été souvent la cible des braqueurs, notamment à Bouaké, dans le centre, Man (ouest), et Korhogo, entre décembre 2005 et juillet 2006. Et d'importantes sommes d'argent ont toujours été volées. Le 5 juillet dernier, l'agence de la BCEAO de Korhogo a subi sa huitième attaque entre 2005 et 2006, dont les auteurs n'ont pas été identifiés. Pourtant, la sécurité de l'édifice était assurée conjointement par les ex-rebelles et le contingent nigérien de l'Opération des Nations Unies en Côte d'Ivoire (ONUCI). L'ONUCI compte environ 10.000 hommes dans le pays, y compris les quelque 4.000 soldats français de l'Opération Licorne.

Après le braquage de la banque à Korhogo, environ 90.000 dollars ont été retrouvés dans des sacs accrochés à l'intérieur et sur la clôture du bâtiment. Selon les Forces nouvelles et le contingent nigérien, les malfrats n'auraient rien emporté. Toutefois, les soldats nigériens et ceux des Forces nouvelles s'accusent mutuellement d'être à l'origine de cette tentative mystérieuse de vol. Une enquête a été ouverte.

En effet, les bandits ne sont pas les seuls à avoir volé l'argent de la BCEAO. Douze militaires français de la force Licorne avaient dévalisé l'agence de Man en 2004 et empoché environ 440.000 dollars. Interpellés et rapatriés en France, ils ont été jugés et condamnés le 21 juin 2005 à des peines allant de deux mois à un an de prison ferme. Et l'argent a été restitué à la BCEAO. Les récentes attaques se déroulent alors que les ex-rebelles ont été regroupés et que leurs armes sont censées être stockées dans des casernes. Le pré-regroupement s'est effectué sur 45 sites dans leurs zones et concerne plus de 30.000 combattants. Et en zone gouvernementale, les milices sont regroupées sur 35 sites pour 12.500 combattants, a indiqué le Premier ministre Charles Konan Banny, ce mois.

“Ce pré-regroupement des ex-rebelles ne nous rassure pas. Nous ne savons pas si les armes sont en casernes ou dehors, mais toujours est-il qu'ils s'en servent pour mener ces opérations d'attaques de domiciles ou encore pour s'installer sur les routes et dépouiller les honnêtes citoyens de leurs biens”, se plaint Womiégnon Soro. “Nous n'avons plus confiance aux Forces nouvelles et aux forces impartiales. Nous entendons prendre notre propre sécurité en main en installant des comités d'auto-défense constitués de chasseurs traditionnels appelés 'dozos' en langue locale (dioula)”, affirme-t-il. La légende locale raconte que ces chasseurs traditionnels seraient invulnérables aux armes à feu. Depuis bientôt quatre ans que la Côte d'Ivoire est divisée en deux, les rebelles occupent la moitié nord, après avoir pris les armes, selon eux, pour lutter contre l'exclusion présumée des populations de cette partie du pays. Les casques bleus de l'ONUCI et les soldats français de Licorne sont déployés dans une zone dite de confiance entre les forces belligérantes pour assurer le respect du cessez-le-feu et la sécurité des populations.

Mais, cette présence militaire étrangère ne dissuade véritablement pas les bandits de grand chemin dans les zones sous contrôle rebelle. Impuissants devant la situation, les responsables des Forces nouvelles ont appelé la population à la rescousse pour une lutte commune.

“Ceux qui nourrissent ces ambitions sales, qu'ils partent ailleurs parce que s'ils sont identifiés, ils seront châtiés”, a promis, aux populations, Martin Fofié Kouakou, commandant de la zone Nord des régions de savanes, le 18 juillet. “Chers parents, les Forces nouvelles vous promettent, au péril de leur vie, de lutter efficacement contre ces fléaux, mais aidez-les aussi”. “Nous sommes en train de tout mettre en œuvre pour le retour et la bonne marche de l'administration. Mais si c'est pour des actes de sabotage tendant à prouver aux uns et aux autres qu'il y a l'insécurité dans notre zone, ceux qui en sont les commanditaires doivent arrêter”, a indiqué Fofié Kouakou.