POLITIQUE: ''Une solution pacifique plutôt que militaire'' pour le nord del'Ouganda?

NAIROBI, 19 juil (IPS) – Une appréciation optimiste de l'avenir des discussions visant à mettre fin à la guerre dans le nord de l'Ouganda a été faite par Salva Kiir, vice-président du Soudan et chef de l'autorité régionale au Sud-Soudan, qui est médiateur dans les pourparlers.

Pendant les 19 dernières années, le nord de l'Ouganda a été ravagé par des combats entre le gouvernement et l'Armée de résistance du Seigneur (LRA), un groupe rebelle tristement célèbre pour les violations des droits humains — au nombre desquelles l'enlèvement des enfants pour servir comme enfants soldats et esclaves sexuels. Plus de 20.000 enfants ont été pris de force depuis le début du conflit, selon les Nations Unies.

"Nous avons parlé aux deux parties et elles se sont engagées à négocier la paix. Nous espérons une solution pacifique au conflit d'ici à la fin de la période fixée", a indiqué Kiir aux journalistes dans la capitale kényane – Nairobi – lundi, en référence à la date limite du 12 septembre, fixée par le président ougandais Yoweri Museveni, pour un accord de paix.

"Puisqu'ils (la LRA) ont accepté de négocier…nous espérons qu'ils s'engageront à s'acquitter des responsabilités qu'ils se sont eux-mêmes assignées pour pouvoir parvenir à une solution pacifique plutôt que militaire", a-t-il ajouté.

Les discussions ont démarré vendredi dans la capitale du Sud-Soudan, Juba, et avaient sombré dans des difficultés presque immédiatement lorsque la délégation gouvernementale s'est offusquée d'une déclaration de la LRA qui accuserait Kampala de corruption et d'autres méfaits.

Toutefois, Carlos Rodriguez, qui fait partie d'une équipe de leaders religieux du nord de l'Ouganda observant les pourparlers, a toujours bon espoir par rapport à l'issue des discussions.

"Au moins, pendant ces trois derniers jours, les deux camps se sont rencontrés chaque jour, et ont tenu des discussions face-à-face. S'ils continuent de parler à ce niveau quotidiennement, je crois qu'il y a une sérieuse chance pour la paix", a-t-il dit à IPS.

"Vous ne pouvez pas attendre des gens qui se battent depuis toujours d'être aimables la première fois qu'ils se rencontrent. Oui, il y a une tension, mais les deux camps discutent".

Une autre complication apparaît indistinctement sous la forme d'une amnistie promise par Museveni au leader de la LRA Joseph Kony au début de ce mois, à condition qu'il dépose les armes. L'amnistie est en contradiction avec un mandat d'arrêt lancé contre Kony et plusieurs hauts responsables rebelles l'année dernière par la Cour pénale internationale basée aux Pays-Bas, qui a accusé les membres de la LRA de crimes de guerre.

Alors que le groupe rebelle aurait installé des bases dans le nord-est de la République démocratique du Congo ces derniers mois, il opère également à partir du Sud-Soudan, qui est limitrophe de l'Ouganda.

Kiir a indiqué aux journalistes que c'était un facteur clé dans la décision du Sud-Soudan d'assurer la médiation dans le processus de paix.

"Nous avons été obligés de (faire) ceci parce que ce sont nos populations qui meurent. La guerre dans le nord de l'Ouganda est passée peu à peu au Sud-Soudan, et toutes les atrocités qui étaient commises en Ouganda par la LRA étaient commises (contre) les populations du Sud-Soudan", a-t-il noté.

De précédents efforts pour amener le gouvernement et les rebelles à la table de négociation ont échoué. Alors que la guerre civile traînait en longueur, des dizaines de milliers de personnes ont été tuées, et près de deux millions déplacées, selon des agences humanitaires.

La LRA accuse les autorités de marginaliser les populations du nord de l'Ouganda. Elle veut instaurer, dans ce pays est-africain, un gouvernement basé sur les 10 commandements de la Bible.

Des développements au Darfour ont été également mis en évidence au cours de la conférence de presse donnée par Kiir.

Cette région de l'ouest du Soudan est enlisée dans un conflit depuis le début de 2003, quand l'Armée de libération du Soudan (SLA) et le Mouvement pour la Justice et l'égalité avaient commencé par s'opposer au gouvernement pour protester contre le fait qu'il aurait négligé la région.

Des autorités ont été accusées d'importantes violations de droits dans leur campagne pour mettre en déroute les rebelles, avec des militants arabes connus sous le nom de "janjaweed" — "cavaliers" — en butte à des critiques particulières.

Alors que des soldats de maintien de paix de l'Union africaine ont été déployés au Darfour, il y a des appels en faveur de l'envoi dans la région d'une force de l'ONU disposant de plus de ressources.

Le gouvernement du Soudan avait paru réceptif à une telle force après la signature d'un accord de paix avec la principale faction de la SLA, le plus grand groupe au Darfour, au Nigeria, il y a environ deux mois. Mais, il a plus tard durci sa position.

Le leader du Sud-Soudan a dit que ce changement n'était pas approuvé par tous.

"Notre position est que nous nous asseyions et que nous décidions de la taille de la force, de sa mission et de sa durée, comme cela avait été convenu auparavant. Mais le président (Omar Hassan Ahmed el-Béchir) a rejeté l'arrivée dans le pays de soldats de maintien de paix de l'ONU. Il a déclaré qu'aucune force internationale ne devrait venir au Darfour", a indiqué Kiir, en route pour Washington, où il devrait avoir des discussions avec des responsables américains sur le Darfour, et sur l'accord de paix de janvier 2005 qui a mis fin à une longue guerre civile au Sud-Soudan. David Mozersky, un expert du Soudan à 'International Crisis Group', un groupe de réflexion basé à Bruxelles, croit que l'opposition de Khartoum à une force de l'ONU vient des craintes relartives à la nécessité pour les personnes responsables d'abus de droits de rendre des comptes.

"Le gouvernement craint qu'une puissante force de l'ONU au Darfour ne conduise à l'arrestation des membres du gouvernement qui ont été cités par la Cour pénale internationale comme ayant été impliqués dans des crimes de guerre dans la région", a-il déclaré à IPS le mois dernier.

Quelque 200.000 personnes sont mortes dans la violence au Darfour, tandis que plus de deux millions ont été déplacées, selon des statistiques de l'ONU.