SANTE-AFRIQUE DU SUD: Des jeunes aidant des jeunes

JOHANNESBURG, 15 juil (IPS) – Quand on veut lutter contre la propagation du VIH parmi les jeunes d'Afrique du Sud, l'une des meilleures armes semble être la jeunesse elle-même. Posez simplement la question à Zamani Cele, l'un des 348 étudiants qui ont été formés par le programme SIDA de l'Université du KwaZulu-Natal au cours des deux dernières années.

"Je veux changer quelque chose dans la vie des jeunes gens", a-t-elle déclaré depuis la ville côtière de Durban.

"Nous les exhortons à se faire dépister et à demander à être traités…Plus les gens se feront dépister et demanderont à se faire traiter, plus les gens dévoileront leur statut. Ceci sera bien pour la société".

Les pairs éducateurs, comme on appelle ces jeunes militants, distribuent des prospectus rédigés en anglais et en zulu, les langues couramment parlées dans la province orientale du KwaZulu-Natal. Ils distribuent également des condoms, et organisent des réunions pour informer les étudiants sur la manière de se protéger contre le VIH — et pour les persuader de se faire dépister et de chercher à se faire traiter si nécessaire.

De telles initiatives sont indispensables à un moment où environ 10 pour cent des jeunes en Afrique du Sud sont séropositifs, selon un rapport de 2004 rédigé par l'Unité de recherche sur la santé de la reproduction de l'Université de Witwatersrand et loveLife — toutes deux basées dans la capitale économique – Johannesburg. Lovelife est une organisation non gouvernementale, et la plus grande initiative de prévention du VIH destinée à la jeunesse en Afrique du Sud.

Intitulé 'VIH et comportement sexuel parmi les jeunes Sud-Africains : Une enquête nationale sur les jeunes âgés de 15 à 24 ans', le rapport révèle qu'un grand nombre disproportionné de jeunes gens infectés par le virus du SIDA est de sexe féminin : 77 pour cent.

Par ailleurs, environ deux tiers des jeunes âgés de 15 à 24 ans interrogés pour l'étude ont dit qu'ils avaient eu des relations sexuelles. "Parmi les jeunes ayant de l'expérience sur le plan sexuel, 52 pour cent ont déclaré avoir utilisé un condom aux derniers rapports sexuels", indique le rapport.

Quelque cinq millions de Sud-Africains ont contracté le virus du SIDA, selon le ministère de la Santé.

Toutefois, ce n'est pas une tâche aisée pour les pairs éducateurs à l'Université du KwaZulu-Natal, qui offrent également un traitement gratuit pour des étudiants vivant avec le VIH/SIDA.

"Nous distribuons des condoms féminins (mais) personne ne veut qu'on le voie en train de les prendre", a indiqué Mpho Bakitsha, une étudiante en médecine, depuis Durban. "Les gens associent le SIDA à la promiscuité".

Ntate Chris, qui est en charge du programme SIDA, a indiqué qu'un manque de ressources a également entravé les efforts pour augmenter le nombre de militants sur le campus.

"Nous n'avons pas la capacité de contrôler et de superviser le programme", a-t-il dit à IPS.

Le programme reçoit près de 275.000 dollars de l'université chaque année.

"Si nous pouvons obtenir le double du montant que nous avons actuellement, nous pourrons étendre le programme à 500 pairs éducateurs par an", a ajouté Chris. "Nous espérons avoir des soutiens de donateurs externes".

Quelque 42.000 étudiants fréquentent l'université.

Mais même face aux difficultés, Bakitsha est décidée à persévérer.

"Je ne pense pas que quelqu'un doive abandonner tant que le SIDA restera sans solution. Cela va prendre du temps parce que nous avons toujours des gens qui refusent de l'admettre", a-t-elle souligné.

"Si nous ne nous impliquons pas dans la campagne, ce sera une catastrophe.

Le virus est déjà en train d'infecter et d'affecter tellement de gens", a ajouté Bakitsha, notant qu'elle avait perdu trois de ses parents pour cause du SIDA.

Un programme similaire est en train d'être exécuté à l'Université de Pretoria, dans la capitale sud-africaine.

Lovelife a également vu le potentiel des jeunes inverser le cours du VIH parmi leurs pairs.

"L'appui des pairs et la formation constituent une intervention inestimable, avec des jeunes ayant beaucoup plus de possibilités de répondre à la création de modèle et à l'interaction venant des pairs", note l'organisation sur son site Internet.

Le groupe a mis une place une initiative nationale de volontaires dénommée le 'groundBREAKER Programme' (Programme révolutionnaire) pour donner des cours de leadership d'un an à des jeunes sans emploi âgés de 18 à 25 ans, qui aident à combattre les infections du VIH parmi les adolescents. Les volontaires travaillent également à réduire d'autres infections sexuellement transmissibles (IST), et des grossesses précoces.

"Hors de l'école, les jeunes chômeurs sont extrêmement vulnérables à la transmission des IST et du VIH/SIDA, alors le Programme gB (groundBREAKER) donne aux jeunes un canal positif pour développer la confiance, (une) attitude saine et les doter de capacités pour se prendre en charge dans un avenir plus prometteur", note Lovelife.