LONDRES, 10 juil (IPS) – Alaa Hassan n'est pas resté en vie pour voir la publication du dernier article qu'il avait bouclé. Cela a été bloqué pendant un moment, comme le sont parfois des papiers, dans ce no man's land entre ce qu'un correspondant pourrait raisonnablement obtenir, et ce qu'un éditeur pourrait souhaiter en fait.
Les deux ne convergent souvent pas immédiatement, ou trouvent au moins un terrain d'entente minimal, lorsque quelqu'un doit faire un reportage d'un endroit où sortir simplement de la maison — ou rester enfermé du reste — est un risque à prendre, et où l'accès à l'information 'officielle' est généralement bloquée.
Nos correspondants en Irak ne peuvent parfois plus dire ce qui est 'officiel' — une force d'occupation douteuse, ou un gouvernement incertain avec ses propres résultats de la gestion d'escouades de morts. Aucune école de journalisme au monde n'enseigne comment obtenir un article en Irak. Et pourtant, tout article en provenance d'Irak doit également répondre à des normes standard.
Et ainsi, le bureau du chef service des actualités de IPS en attendait davantage avec avidité dans l'article envoyé par Aaron Glantz travaillant ensemble avec Alaa Hassan, le collaborateur pour les articles de IPS depuis l'Irak, qui a été abattu alors qu'il quittait sa maison à Bagdad le mercredi, 28 juin.
L'article traitait de gens qui étaient contraints de quitter des zones dominées par des compatriotes chiites ou sunnites, en face de la violence sectaire croissante. C'est peut-être cette forme de violence qui a emporté Alaa.
Alaa n'avait pas une longue carrière de journaliste, et c'était sa force..
Il était l'homme alerte, connaissant bien la ville et un excellent partenaire pour Aaron Glantz, qui a écrit en long et en large sur l'Irak pour IPS au cours de ces trois dernières années. L'expérience d'Aaron et sa connaissance approfondie de l'Irak signifiaient qu'il pouvait, et le faisait, guider Alaa à trouver l'information selon des procédés professionnels, juste comme Alaa pouvait être les yeux et les oreilles sur le terrain lorsque Aaron n'était pas en Irak.
Le partenariat a fonctionné admirablement, comme pour d'autres journalistes qui ont fait équipe pour écrire pour IPS. Le correspondant étranger visiteur, disposant de bonnes ressources d'une grande organisation de presse, est maintenant quelque chose de rare en Irak. Ceux qui sont dans les parages arrivent rarement à sortir de la Zone verte à Bagdad où les patrons de l'occupation et les responsables gouvernementaux ont leur siège..
Si l'Irak est couvert tout de même, c'est à travers des initiatives de nouvelles équipes qui tournent autour de la vieille tradition.
Regardez le genre d'information qu'Alaa a fait paraître à travers ses trop brèves recherches d'informations de presse. On pourrait voir des développements s'accumulant contre le gouverneur de Bassorah à travers des sources comme le président du syndicat des travailleurs de pétrole en Irak.
Combien de journalistes connaissent un tel groupe, et peuvent jamais parvenir à entrer en contact avec lui? A travers l'équipe Aaron-Alaa, nous avons entendu Fadil el-Sharaa, porte-parole du leader religieux Moqtada al-Sadr, donnant un point de vue sur la violence de Bassorah. "Ce qui s'est passé à Bassorah est que le représentant de l'ayatollah al-Sistani a parlé de la corruption créée par le gouverneur et son administration, ce qui a amené le gouverneur à dire que les offices religieux étaient responsables de toute la violence à Bassorah et que nous sommes en train de diviser les populations contre elles-mêmes". Ce type de reportages de proximité ouvre le voile sur un certain niveau de différences et de dissensions au sein de la société irakienne. De tels reportages viennent avec des détails locaux qui seuls peuvent donner le ton de l'Irak. Alaa a aidé à asseoir les bases de la couverture d'événements comme les tueries d'Haditha autres que le massacre qui fait la Une des journaux, et l'histoire sur ce que l'élimination du leader présumé d'al-Qaeda en Irak, Abu Musab al-Zarqawi Zarqawi, pourrait signifier.
En tant que quelqu'un qui vivait à côté de deux bases militaires américaines, il connaissait tout de la violence venant des troupes américaines. Et il pouvait parler à des gens dont la voix nous donnait un sens sur la vie en Irak, d'une manière dont les grandes statistiques ne peuvent jamais le faire.
Dans le reportage 'Multipliez Haditha par milliers', nous avons entendu Alaa parler à l'avocat Nezar al-Samarai des tueries perpétrées par les forces d'occupation dans cette ville.
"Nous décrivons ce genre d'incident comme 'normal' parce que cela est survenu à maintes reprises, et non pas parce que c'est normal ou parce que la population irakienne l'accepte. Cela est arrivé plusieurs fois et il n'y a eu, de la part du gouvernement américain, aucune réaction pour arrêter cela. Donc, les gens diront que c'est normal".
Alaa était capable de nous donner un sens sur ce que pourrait signifier l'élimination d'Abu Musab al-Zarqawi, de même que quelques interviews qu'Aaron a pu réaliser à distance.
Fadil el-Sharra, porte-parole du leader religieux chiite Muqtada al-Sadr, aurait déclaré : "Après ceci, le terrorisme sera réduit. Les terroristes savent maintenant ce qu'est leur avenir, et leur avenir est qu'ils seront tués tout comme Zarqawi…le terrorisme prendra fin et nous aurons un Irak sans dictature, sans problèmes et avec stabilité".
Mais est-ce vrai? Et alors, Aaron nous donne également le point de vue de Mathona al-Dari, porte-parole du groupe de leaders religieux sunnites, l'Association des universitaires musulmans. "La question n'est pas la capture de Zarqawi. Ce n'est pas lié à une personne. C'est que l'occupation veut détruire quiconque y résiste — groupe armé tout comme groupes politiques. (Cette élimination) a pour but de cacher le fait que l'occupation n'est pas destinée à aider le peuple irakien".
Mais des citations seules ne racontent pas une histoire, et en particulier pas celle de l'Irak. Alaa nous a rapporté le ton des discussions, le sentiment de la rue. Ensemble avec Aaron, il nous a rapporté la voix des populations d'Irak, et leurs souffrances, comme l'ont fait nos autres équipes de correspondants travaillant en Irak – et comme peut-être aucune organisation de presse n'a pu le faire.
C'est vrai, nous avions l'histoire d'Haditha publiée par 'Time magazine'.
Mais Alaa a beaucoup fait pour rendre possible un reportage sur les nombreuses Haditha non révélées; encore une fois en allant à des endroits et accédant à l'information à laquelle beaucoup de correspondants réguliers n'ont pas pu accéder. Alaa est devenu le journaliste le plus efficace pour n'avoir pas été un journaliste du genre habituel. Combien cela aurait été également meilleur pour le journalisme s'il avait pu continuer ce qu'il avait juste commencé.

