BRUXELLES, 8 juin (IPS) – Une malédiction ou une bénédiction? Des diamants, de l'or, du cobalt, du cuivre et plusieurs autres ressources minières précieuses font de la République démocratique du Congo (RDC) l'un des pays potentiellement les plus riches en Afrique. Mais la cupidité en a fait un cimetière de pillages.
Aujourd'hui, une large opération de maintien de paix des Nations Unies est en place pour aider à donner à la nation une meilleure chance à travers la première véritable élection en plus de 40 ans, prévue pour se dérouler à la fin de ce mois.
Moins de la moitié du 'groupe de bataille' de l'Union européenne (UE), fort de 2.000 hommes — quelque 800 hommes — sera en fait au Congo lorsque 25 millions d'électeurs iront aux urnes le 30 juillet. La plupart de ces soldats seront campés à leur 'base-avancée' à l'aéroport de N'Dodo à Kinshasa, la capitale du Congo.
Le principal contingent de l'UE, fort de 1.200 soldats, sera à deux heures de vol à Libreville, la capitale du Gabon. En Europe, il y aura une réserve stratégique de 800 soldats français.
"La visibilité, la crédibilité et la dissuasion' étaient les trois mots précis que le général allemand Karlheinz Viereck a utilisés pour les objectifs de sa mission au Congo, à une conférence de presse à Berlin.
Son but, a-t-il souligné, était d'appuyer une "élection propre et régulière" au Congo. "Nous disposons de forces appropriées, aux bons endroits et au bon moment".
Sur une base militaire située de façon idéale hors de Potsdam, pas trop loin de Berlin, le général montrait son quartier général opérationnel high-tech aux journalistes et à Javier Solana, le haut diplomate de l'UE. En face de trois grandes cartes murales éclairées du Congo, lui et ses hommes assis devant des écrans d'ordinateurs coordonneront la mission lointaine appuyant les 17.000 soldats de maintien de paix de l'ONU dans un pays de la taille de l'Europe occidentale — soit sept fois plus grand que l'Allemagne.
Mais tout le monde n'est pas impressionné. L'opération n'est qu'un simple exercice 'superficiel', a déclaré Timothy Raeymaekers, chercheur au Groupe de recherche sur les conflits à l'Université de Gand en Belgique, et spécialiste de l'Afrique centrale.
"Cela ne va pas régler la situation actuelle — l'une des plus sérieuses dans le monde aujourd'hui. Les gens n'ont toujours pas la sécurité. Au cœur de la crise, se trouve une crise politique".
Pendant ces trois dernières années, les Congolais ont eu un gouvernement de transition, après près de 10 ans de guerre. Le conflit a commencé en 1996 avec un mouvement rebelle conduit par Laurent-Désiré Kaliba qui a renversé le général Mobutu Sese Seko, un despote corrompu.
Un gouvernement de transition comprenant deux mouvements rebelles a été mis en place en 2003 avec le fils de Kabila, Joseph, à sa tête.
"Il y a eu beaucoup de bavardages sur les 'saboteurs de la paix' au Congo", a souligné Raeymaekers. "En réalité, c'est le gouvernement de transition et l'armée qui partageaient avec ces 'saboteurs de la paix' un intérêt à maintenir un climat de peur, pour leur profit économique".
Le pillage provenant de l'exploitation minière illégale par des autorités gouvernementales et des milices irrégulières "se chiffre en milliards par an", a-t-il indiqué. "C'est de l'argent qui doit être utilisé au profit des populations congolaises".
Comme les élections approchaient, la situation sécuritaire s'est en fait détériorée, affirme Raeymaekers. "En termes de victimes directes, la situation pourrait être pire aujourd'hui qu'il y a trois ans lorsque le gouvernement de transition a été formé".
En janvier dernier, le 'International Rescue Committee' (Comité international de secours) estimait que 38.000 personnes mourraient toujours chaque mois de causes liées à la guerre. Près de quatre millions sont mortes depuis le début du conflit.
Des travailleurs humanitaires revenant des provinces troublées de l'est, riches en ressources minières, confirment qu'il y a un conflit qui couve plus que jamais.
"C'est si frustrant. Il y a une initiative locale pour construire quelque chose, et ensuite trois semaines plus tard, des troupes gouvernementales ou des rebelles, arrivent pillant, violant et laissant tout en cendres", déclare Michaela Raab d'Oxfam, après une récente visite dans la province du Sud-kivu, frontalier avec le Burundi.
"Partout où vous allez dans l'est, vous voyez des signes de malnutrition, en particulier parmi les enfants", souligne Raab. "Cela signifie que la résistance aux maladies courantes est faible. Mais la situation des soins de santé du Congo est effroyable et il y a peu de médicaments".
Plus de trois millions sur les 60 millions de Congolais dépendent maintenant de l'aide alimentaire de l'ONU.
L'un des besoins post-électoraux les plus pressants du Congo est pour les agences humanitaires d'avoir le courage de dépenser davantage sur des projets de développement pour reconstruire l'infrastructure du pays et fournir des emplois à sa population jeune, indique Raeymaekers. Mais une fois encore, ceci s'attaque à la question non résolue de la sécurité.
"Aussi longtemps que la sécurité fera défaut, nous ne pourrons offrir que l'aide humanitaire", ajoute Raab.
Malgré l'insécurité, des millions de personnes devraient sortir pour aller voter dans quelque 50.000 bureaux de vote.
"Les gens sont manifestement enthousiastes à l'idée d'y prendre part", affirme Annetta Weber du Réseau œcuménique pour l'Afrique centrale qui a parcouru de long en large le Congo et est en contact avec un vaste réseau d'églises, de groupes civiques et d'organisations de droits humains dans le pays.
"Cette élection est une étape importante.
Actuellement, il manque du temps pour la structure actuelle imposée. Il y a réellement un espoir que les choses vont changer maintenant, que les armes vont finalement être abandonnées".
Mais elle ajoute avec prudence que les espoirs de changement pourraient être anéantis.
"Il y a un intérêt international de profits que l'actuel mécanisme de pillage reste en place. Il y a un nombre important de personnes qui détournent les ressources du Congo. Tout ceci a été exposé dans des rapports que vous pouvez lire sur Internet. Il y a l'élite gouvernementale, toutes sortes de firmes européennes, un grand nombre d'entreprises africaines, et des pays voisins. C'est un vaste réseau qui profite de l'exploitation". Weber, qui travaille avec un réseau de 58 groupes européens faisant pression pour le Congo, croit qu'un acquis positif de l'envoi de troupes européennes sera un intérêt public accru pour le Congo. Ceci pourrait donner lieu à des pressions pour exiger la transparence de la part de sociétés faisant le commerce de ces métaux rares comme le coltan, la 'poudre magique' des appareils électroniques, et le germanium utilisé dans les satellites, les télécommunications et l'équipement militaire.
Le Congo possède 80 pour cent du coltan mondial, une ressource stratégique, sans laquelle le quartier général opérationnel de l'UE à Potsdam ne serait probablement pas opérationnel. "Le consommateur peut dire 'oui', j'aime bien utiliser mon téléphone portable et ma station de jeu, mais je ne veux pas particulièrement être complice de l'utilisation des enfants soldats comme ouvriers esclaves dans des mines dont sont extraits les métaux, et du pillage des ressources d'un pays", souligne Weber.
"Je pense que ceci maintient un lien avec les jeunes gens en Europe. Le changement intervient toujours lorsque des gens s'engagent".
Pour Raeymaekers, les élections offrent une opportunité pour l'émergence de "nouveaux partenaires pour la paix" au Congo.
"Le conflit au Congo peut être assimilé à un ouragan", affirme-t-il. "Cela a transformé toutes les régions. Plutôt que de se focaliser simplement sur le partage du pouvoir au niveau du gouvernement central, nous devrions maintenant être préparés à travailler avec ces populations et organisations qui pourraient réellement apporter la sécurité et être prêts à partager et à redistribuer les riches ressources du Congo".
Ensemble avec de nouvelles pressions pour une plus grande responsabilité, ce changement d'intérêt pourrait finalement mettre un terme à ce qu'il décrit comme la 'malédiction' historique 'des ressources' du Congo.
"Le Congo a un énorme potentiel. Ses ressources pourraient en faire l'un des pays les plus riches du monde. Mais ce sont justement elles qui ont été — jusqu'ici — son principal obstacle à la stabilité et à la démocratie".

