KINSHASA, 31 mai (IPS) – Des centaines de combattants en République démocratique du Congo (RDC) seraient en train de rejoindre une milice naissante basée dans le nord-est du pays : le Mouvement révolutionnaire congolais (MRC). Ceci intervient quelques semaines seulement avant les premières élections nationales à se tenir en 40 ans, et sape les chances d'une élection réussie.
"La situation ne peut pas rester comme cela; nous ne pouvons pas avoir des élections comme cela. Quelque chose doit être fait", admet le porte-parole militaire des Nations Unies, Djibril Samassa, qui est basé à Bunia, la principale ville du district de l'Ituri, dans le nord-est.
Les combattants viennent des rangs de ceux qui étaient impliqués dans le précédent conflit. Une guerre menée de 1996 à 1997 avait évincé Mobutu Sese Seko, un dirigeant resté longtemps au pouvoir dans ce qui était le Zaïre d'alors. Un deuxième conflit a éclaté en 1998, mettant aux prises le gouvernement congolais, soutenu par le Zimbabwe, la Namibie et l'Angola, face aux rebelles dans l'est, supportés par l'Ouganda et le Rwanda. Le contrôle des énormes ressources naturelles de la RDC était au cœur de la guerre, qui a pris fin avec un accord de paix en Afrique du Sud en 2002.
Près de quatre millions de personnes sont mortes dans la guerre de 1998-2002, aussi bien comme une conséquence directe des combats, qu'en raison de pénuries alimentaires et de maladies.
Malgré l'accord de 2002, des milliers de combattants dans l'est du Congo ont refusé de désarmer — et une grande partie de la région reste instable.
Une mission de maintien de paix de l'ONU, forte de 17.000 hommes, la plus grande au monde, est en RDC pour aider l'armée dans le désarmement et la sécurisation des élections.
Mais les forces gouvernementales mal formées et indisciplinées se démènent pour sévir contre les milices. Et avec seulement un casque bleu pour 250 kilomètres carrés dans ce vaste pays d'Afrique centrale, la force de l'ONU disséminée s'est également battue pour prendre pied dans les zones sous contrôle des milices. Le MRC a été créé en Ituri en décembre, réunissant près d'une douzaine de factions peu structurées qui n'ont pas observé une date limite de juillet 2005 pour déposer leurs armes, affirme Samassa. Il estime qu'environ 1.500 miliciens du MRC écument maintenant les collines et forêts du district — dont au moins 500 ont rejoint le mouvement depuis février.
Des informations indiquent que le MRC a conclu une alliance avec un autre groupe, le Front patriotique de résistance de l'Ituri.
Laurent Nkunda, un ancien rebelle, qui avait rejoint l'armée nationale en tant que général et avait fait défection par la suite, est également en liberté dans la province du Nord-Kivu, dans l'est de la RDC. Des centaines d'hommes issus de l'armée nationale lui sont toujours loyaux, ayant rejoint Nkunda lorsqu'il a attaqué les militaires congolais en janvier.
Les miliciens intégrés dans l'armée nationale reçoivent 110 dollars en échange de leurs armes, et un traitement de 25 dollars par mois pendant une année.
Mais plusieurs mettent en question les avantages d'un tel arrangement lorsqu'ils pourraient faire beaucoup mieux en utilisant leurs armes pour harceler des civils.
Il y a également des indications selon lesquelles certains soldats prennent les salaires en tant que miliciens désarmés, tout en passant secrètement des mois dans le maquis en tant que combattants.
"Ils sont intelligents parce qu'ils gagnent de l'argent auprès du gouvernement et auprès des milices", déclare Pierre Amos, 25 ans, autrefois combattant des Forces nationalistes et intégrationnistes soutenues par l'Ouganda, en Ituri.
Amos range maintenant des briques sous le soleil ardent de Bunia : "Peut-être que bientôt, nous retournerons dans le maquis. Durant la rébellion, nous étions bien. Maintenant, nous ne faisons que souffrir".
Des sources onusiennes estiment que des offensives de l'armée, menées avec le soutien des soldats de maintien de la paix, ont permis aux troupes gouvernementales de reprendre le territoire au MRC — mais que les progrès ont été limités.
Une opération menée en février non loin du village de Tcheyi en Ituri a également tourné à la tragédie lorsque 30 soldats congolais ont ouvert le feu sur des casques bleus qui les appuyaient, a indiqué l'ONU — l'incident mettant en exergue le manque de contrôle exercé sur l'armée de la RDC.
Des responsables de l'ONU affirment qu'il est peu probable que cette situation change de si tôt.
"Peut-être que dans dix ans, l'armée congolaise sera prête à défendre ses frontières effectivement sans aide extérieure", a dit à IPS, le général G.V. Satya, responsable des forces de l'ONU dans la province du Nord-Kivu.
"Mais, même cela est subordonné à une aide consistante et adéquate pour les former et les équiper sur cette période".
Des propos similaires sont venus de 'International Crisis Group', un groupe de réflexion basé à Bruxelles.
"Beaucoup plus devrait être fait pour créer une armée efficace, unifiée avec une chaîne de commandement unique, plutôt que de démobiliser simplement des milices et d'offrir des programmes de compensation aux ex-combattants", a noté le groupe dans un rapport de février.
Un manque apparent de respect pour les droits de l'Homme au sein des troupes congolaises est également une source d'inquiétude.
Un rapport de l'ONU, publié ce mois-ci, souligne une augmentation du nombre de viols et de tueries perpétrés par les forces de sécurité, qui ont commis quelque 1.200 des 1.866 viols ayant fait l'objet d'enquêtes de l'ONU entre avril et décembre 2005. Ceci est sans comparaison avec le chiffre d'environ 800 viols commis par des militaires durant la même période en 2004.
"L'usage systématique de la violence physique contre des civils par des membres des forces de sécurité a été observé partout où l'armée avait été déployée…souvent motivé par le désir de se procurer de l'argent, des biens ou des ressources minières auprès des civils", indique le document.
Sonia Bakar, un haut responsable onusien des droits humains en RDC, ajoute : "L'armée congolaise continue de violer les droits de l'Homme même aujourd'hui, mais leurs crimes restent largement impunis".
A leur décharge, les soldats gouvernementaux reçoivent rarement leurs salaires, leurs rations ou munitions à temps, même durant des opérations militaires. Trop pauvres pour payer les frais de transport, les troupes font souvent du stop sur des camions civils pour rejoindre le champ des opérations militaires — enrôlent ensuite des villageois pour la plupart réticents comme porteurs pour transporter des munitions et armes lourdes.
Flori Kitoko, un responsable de la Commission nationale pour la démobilisation et la réintégration, admet les problèmes de salaires. Mais, soutient-il, cela n'a pas sapé les efforts pour ramener d'anciens rebelles au bercail : "Il y a eu des retards dans nos payements, mais cela n'a pas affecté le programme de désarmement".
Pour sa part, le porte-parole du ministère de la Défense, Delion Kimbu, a une opinion relativement optimiste de la situation.
"Chaque armée a ses problèmes — même les Nations Unies ont été accusées d'abuser des civils. Notre armée n'est pas différente. Nous allons faire de notre mieux", a-t-il déclaré à IPS.
Mais avec la date de l'élection du 30 juillet qui est tout proche, ces mots risquent de tomber dans des oreilles de sourds. Aux yeux de biens des gens, l'armée congolaise ne dispose plus de beaucoup de temps pour mettre de l'ordre dans sa maison.

