SANTE-AFRIQUE DU SUD: Une charge qui ne deviendra que plus importante

DURBAN, 29 mai (IPS) – Des chercheurs affirment qu'ils se préparent pour une forte augmentation du coût des soins de santé publics en Afrique du Sud au cours des prochaines années, à cause du VIH/SIDA.

Et, ils préviennent que le ministère de la Santé du pays pourrait ne pas avoir la capacité de faire face à ses responsabilités sans cesse croissantes si le gouvernement n'augmente pas considérablement le budget du ministère.

Un grand nombre de Sud-Africains séropositifs devraient développer des maladies liées au SIDA, puisque les forts taux de prévalence du pays commencent par se manifester par des maladies et la mort, prévoit la 'Health Economics & HIV/AIDS Research Division' (Division recherche sur le VIH/SIDA et aspects financiers de la santé – HEARD) de l'Université du KwaZulu-Natal, dans la ville côtière de Durban.

"Les malades du VIH pourraient représenter bientôt 60 à 70 pour cent des dépenses hospitalières dans des pavillons des hôpitaux", déclare Nina Veenstra, chercheuse à la HEARD. Déjà, environ la moitié de tous les malades admis dans des hôpitaux en Afrique du Sud ont besoin de soins pour des maladies liées au VIH, tandis que le nombre de malades séropositifs dans des pavillons de pédiatrie est beaucoup plus élevé, a-t-elle ajouté. Selon des statistiques publiées sur le site Internet du Programme conjoint des Nations Unies sur le VIH/SIDA, le taux de prévalence du VIH au sein de la population adulte en Afrique du Sud est de 21,5 pour cent.

Au fur et à mesure que le nombre de malades du SIDA augmentera, il y aura une plus forte demande d'agents de santé qualifiés, de médicaments et d'infrastructures hospitalières.

Selon des chercheurs travaillant au 'Human Sciences Research Council' (Conseil pour la recherche en sciences humaines – HSRC), une organisation à but non lucratif financée en partie par le gouvernement, et basée au Cap, les malades du SIDA restent généralement plus longtemps à l'hôpital que d'autres malades parce qu'il leur faut plus de temps pour se remettre des maladies opportunistes.

"Des malades séropositifs restent en moyenne quatre fois plus longtemps à l'hôpital que des malades non séropositifs", explique la présidente du HSRC, Olive Shisana. Une pression plus forte sur les services de santé imposera une charge financière plus élevée sur le secteur de soins de santé publics du pays — alors même que les agents de santé subissent plus de stress à cause d'un surcroît de travail. Ceci va probablement donner lieu à des taux d'absentéisme plus élevés, un personnel au moral bas, et un grand nombre d'agents de santé abandonnant leur emploi.

L'Afrique du Sud souffre déjà d'une pénurie d'agents de santé, due en grande partie aux conditions de travail peu attrayantes. Plusieurs postes réservés aux membres du personnel soignant restent vacants, note une étude menée par une organisation nationale de recherche, 'Health Systems Trust' (HST), basée à Durban. (Cette organisation est financée par un ensemble de donateurs nationaux et internationaux).

Selon le HSRC, ces pressions vont compromettre la qualité des soins offerts pour le VIH/SIDA.

La HST a déjà constaté qu'un certain nombre de sites où les médicaments anti-rétroviraux (ARV) sont administrés ont atteint un niveau de saturation à cause du manque de personnel.

Les chercheurs de la HST estiment que 12 à 13 pour cent seulement de tous les malades ayant besoin de thérapie ARV en reçoivent actuellement. "Une capacité limitée en ressources humaines constitue le plus grand facteur de limitation pour une introduction à grande échelle du programme ARV, et (cela) doit être réglé dès que possible", indiquent les chercheurs Rob Stewart et Marian Loveday, dans la revue annuelle de santé de l'organisation, pour 2005.

Par ailleurs, le nombre déjà limité du personnel médical sera davantage réduit à travers l'infection au VIH. Selon une étude du HSRC, 13 pour cent des agents de santé qui sont décédés entre 1997 et 2001 sont morts de maladies liées au SIDA.

Ces conclusions devraient faire l'objet d'une attention particulière cette semaine, au cours de la dernière des Sessions spéciales de l'Assemblée générale des Nations Unies (UNGASS) sur le VIH/SIDA.

En 2001, l'assemblée a tenu sa première session extraordinaire sur le VIH/SIDA, en reconnaissance du fait que même si certains progrès ont été réalisés dans l'augmentation de l'accès à la prévention du VIH et aux initiatives de traitement, les programmes n'arrivaient toujours pas à atteindre les personnes les plus vulnérables au VIH.

Pendant la première rencontre de l'UNGASS, les participants avaient arrêté des objectifs exposés dans une 'Déclaration d'engagement sur le VIH/SIDA' qui a été adoptée par des dirigeants de 189 pays. La déclaration fixe des objectifs d'arrêt et d'inversion de la propagation de la pandémie d'ici à 2010 à travers des actions du gouvernement et de la société civile.

Conjointement avec d'autres pays, l'Afrique du Sud a promis d'améliorer les conditions des agents de santé ainsi que les systèmes de fourniture et les plans de financement concernant l'accès aux ARV, les centres de dépistage et de soins à partir de 2005.

Des délégations d'Afrique du Sud devront présenter un rapport sur les progrès dans la réalisation de ces objectifs à la rencontre UNGASS+5, qui se déroulera du 31 mai au 2 juin à New York, cinq ans après l'organisation, par l'Assemblée générale, de sa première session extraordinaire sur le VIH/SIDA.

Agir pour améliorer la réponse de l'Afrique du Sud à la pandémie nécessitera, en partie, que les hôpitaux donnent aux membres du personnel soignant une plus grande satisfaction dans le travail à travers des salaires et conditions de travail meilleurs, souligne Elsje Hall, un chercheur à 'Independent Research Services', basé à Pretoria.

Les statistiques de la HST montrent qu'à partir de 2009, quelque 3.200 médecins, 2.400 infirmiers et 765 assistants sociaux supplémentaires seront nécessaires pour gérer les programmes ARV du pays. Ceci se traduira par une augmentation substantielle des charges du personnel.

La fourniture d'ARV et de médicaments pour traiter les infections opportunistes devra également être accrue, ajoute Hall.

Le coût d'un traitement ARV à grande échelle devrait atteindre environ 996 millions de dollars d'ici à 2008/2009, une hausse par rapport aux 179 millions de dollars en 2005/2006, selon la HST.

* Kristin Palitza est la directrice du Programme droits des femmes et projet médias de genre, basé à Durban, en Afrique du Sud.